Ce qu'il faut savoir
- Le vin de paille du Jura est produit à partir de raisins séchés 6 semaines minimum sur des claies
- En 2026, la sécheresse a desséché les raisins sur pied, avant même les vendanges
- Plusieurs domaines jurassiens renoncent à la production de vin de paille cette année
- La filière craint une demi-récolte sur l’ensemble du vignoble
- Les quatre cépages emblématiques du Jura sont concernés : Savagnin, Chardonnay, Poulsard, Trousseau
Le vin de paille est l’un des rares vins au monde qu’on fabrique en faisant exprès de laisser les raisins se ratatiner. On les cueille à maturité, on les étale sur des nattes pendant six semaines au minimum, et on attend que l’eau s’évapore. Quand le jus restant est assez concentré en sucres, on presse. Il faut environ un kilo de raisins pour obtenir 100 millilitres de vin.
En 2026, la sécheresse s’est chargée du séchage, mais pas de la bonne manière. « Les raisins manquent de jus », résument les producteurs jurassiens interrogés par Actu.fr ce 19 août. Ce n’est pas un problème de concentration : c’est un problème de matière première. Les baies sont petites, dures, presque vidées avant même d’être cueillies. Presser des raisins déjà secs sur pied ne donne quasiment rien. Plusieurs domaines du département ont annoncé qu’ils renonceraient à produire du vin de paille cette année.
Concentrer et assécher, ce n’est pas la même chose
Dans une bonne année pour le vin de paille, la chaleur aide à mûrir les raisins, les sucres s’accumulent dans les baies, et le séchage sur claies concentre encore davantage. Le résultat peut dépasser 300 grammes de sucre par litre, avec des arômes d’abricot confit, de miel d’acacia et de noisette torréfiée.
En 2026, les raisins n’ont pas manqué de chaleur. Ils ont manqué d’eau dès le printemps. Comme on l’a documenté dans notre analyse du stress hydrique du millésime 2026 en Europe, les réserves souterraines étaient basses depuis l’hiver dans de nombreuses régions françaises. Dans le Jura, les baies ont grossi peu et mûri vite. Certaines ont commencé à se dessécher sur la vigne avant la date habituelle des vendanges.

Pour le vin de paille, ce scénario est problématique à la racine. On a besoin de raisins qui ont du jus, en quantité suffisante, même concentré. Là, il n’y a plus assez de matière au départ. Certains domaines ont préféré ne pas tenter le coup plutôt que de mettre en bouteille quelque chose d’insatisfaisant.
Une demi-récolte annoncée pour tout le vignoble
Le vin de paille n’est que la partie visible du problème. Selon la filière jurassienne, c’est l’ensemble du millésime qui sera maigre. « Nous ne sommes pas sereins », indique un représentant de la profession (Actu.fr, 19 août 2026). Les volumes attendus pourraient atteindre à peine la moitié d’une récolte normale.
Le vignoble du Jura couvre environ 2 000 hectares entre Arbois, Côtes du Jura, L’Étoile et Château-Chalon. Les quatre cépages emblématiques de l’appellation sont tous concernés : le Savagnin, pilier du vin jaune et du vin de paille, le Chardonnay, et côté rouge le Poulsard (ou Ploussard) ainsi que le Trousseau.
Les vendanges 2026 s’annoncent parmi les plus précoces que la région ait connues. Le rythme général visible sur le calendrier des vendanges 2026 en France montre des dates avancées de deux à trois semaines partout dans l’Hexagone. Dans le Jura, la précocité s’accompagne d’une contraction des volumes qui inquiète les caves coopératives comme les domaines indépendants.
Pour les amateurs de vin de paille, que faire ?
Les vins de paille sont produits en quantité limitée même les bonnes années. Les prix démarrent autour de 30 euros la demi-bouteille (37,5 cL) et montent à 80-100 euros pour les cuvées les plus recherchées. Ils se conservent très bien : plusieurs décennies pour les meilleurs millésimes, et le Coravin leur convient parfaitement si vous voulez goûter avant de finir la bouteille.
Si vous avez des bouteilles en cave, chérissez-les. Les millésimes 2023 et 2024 ont produit des vins de paille corrects à bons selon les producteurs. En 2026, la production sera réduite et les prix risquent de grimper l’an prochain sur les millésimes disponibles. Les amateurs avisés font bien de sécuriser leurs achats maintenant.
Pour les autres vins du Jura, il est encore trop tôt pour statuer sur la qualité. Les vendanges précoces peuvent donner des vins d’une grande finesse quand la chaleur a été régulière. La vigilance sur la fraîcheur et l’acidité sera le défi des vignerons cet automne dans le département.
Questions fréquentes sur le vin de paille du Jura
Le vin de paille du Jura peut-il se garder longtemps ?
Oui, c’est l’un de ses atouts majeurs. Un vin de paille bien conservé peut vieillir 30 à 50 ans en cave. Sa concentration en sucres et son acidité naturelle en font un vin de garde exceptionnel. Des millésimes des années 1980 et 1990 circulent encore chez les collectionneurs.
Quel est le prix d’un vin de paille du Jura ?
Les tarifs démarrent autour de 25 à 35 euros la demi-bouteille pour les entrées de gamme, et montent facilement à 60-100 euros pour des domaines comme Tissot, Rolet ou Château d’Arlay. C’est un vin de dessert et de fête, quasi systématiquement vendu en format 37,5 cL.
Quel cépage entre dans la composition du vin de paille du Jura ?
L’appellation autorise trois cépages : le Savagnin, le Chardonnay et le Poulsard pour les versions rosées. En pratique, la majorité des vins de paille sont produits à partir de Savagnin et/ou de Chardonnay, parfois en assemblage.
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