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Cuves inox de fermentation dans un chai de vinification, technique vinification millésime 2026

Co-inoculation, pressurages en fractions : dans les chais de 2026, la technique invente comment récupérer l’acidité que la chaleur a prise

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Ce qu'il faut retenir

  • En Provence, Julien Kennel (38 ha, Pierrefeu-du-Var) a commencé sa vendange le 6 août, deux semaines avant son calendrier habituel, pour sauver l’acidité avant les pics de chaleur.
  • L’oenologue Bruno Tringali recommande des pressurages en plusieurs fractions : l’acidité et le pH chutent si vite en 2026 qu’une seule pression est devenue risquée.
  • La co-inoculation (ajout de bactéries lactiques en même temps que les levures) produit des vins plus frais, plus fruités, avec une acidité mieux marquée que la fermentation séquentielle.
  • Un essai Lamothe-Abiet sur Merlot des Graves (13,4° potentiel) confirme : co-inoculation = vins plus floraux et vifs ; fermentation séquentielle = vins plus ronds, plus riches, plus tanniques.
  • Le paradoxe de 2026 : les économies réalisées sur la protection du vignoble sont en partie rattrapées par des coûts de vinification plus élevés (Eric Pastorino, CIVP).

La vendange 2026 ne se termine pas au vignoble. Elle recommence dans les chais. Cette année, sous l’effet d’un millésime record de précocité et de chaleur, vignerons et oenologues ont dû repenser leurs pratiques de vinification de fond en comble : pressurages en fractions, co-inoculation précoce, thermorigulation renforcée. Le but est toujours le même : récupérer ce que la canicule a pris.

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Dès le 6 août dans les vignes du Var : vendanger tôt ou perdre l’acidité

Julien Kennel, vigneron à Pierrefeu-du-Var sur 38 hectares, a pris sa décision début août sans hésiter. « J’ai démarré dès le 6 août pour aller chercher l’acidité avant que les fortes chaleurs ne la fassent décrocher », explique-t-il à Vitisphere le 27 août 2026. Il a commencé sa récolte plus de deux semaines avant sa date habituelle en 22 ans de métier, laissant volontairement les baies se rééquilibrer après les pluies de mi-août (45 mm le 20 août, 40 mm la semaine précédente, 27 mm supplémentaires lundi). Résultat : trois semaines après le coup d’envoi, seulement la moitié de ses 38 hectares est rentrée.

Cette maturité hétérogène est le trait commun du millésime 2026 : les raisins n’avancent pas tous au même rythme d’une parcelle à l’autre, d’un cépage à l’autre. Comme en Grenache, qui supporte mieux la chaleur, ou dans certains secteurs de Provence, qui ont reçu des pluies irrégulières, les vignerons doivent faire des allers-retours constants dans les rangs pour ne cueillir que ce qui est mûr au bon moment.

Le pH qui dégringole : quand une seule pression ne suffit plus

Dans les chais, le problème se pose dès le pressoir. Bruno Tringali, oenologue indépendant qui accompagne plusieurs domaines provençaux, l’observe à chaque vendange depuis une semaine : « L’acidité et le pH chutent très vite. » Sa réponse est le pressurage en plusieurs fractions : on arrête la pression, on analyse, on reprend ou on s’arrête selon ce que disent les chiffres. Une étape supplémentaire qui ralentit la chaîne mais préserve la structure acide du futur vin.

La logique est simple. Dans un millésime chaud, les raisins arrivent au pressoir avec des pH déjà élevés et des niveaux d’acide malique bas. Toute pression trop forte risque d’extraire des jus de pépin ou de rafle qui déséquilibrent encore davantage le rapport acidité/pH. Presser en fractions, c’est choisir ses jus comme on choisit ses parcelles : uniquement les meilleures.

La co-inoculation : le secret de chai qui fait des vins frais dans la chaleur

L’autre levier qui monte en puissance cette année, c’est la co-inoculation. La technique consiste à ajouter les bactéries lactiques en même temps que les levures au début de la fermentation alcoolique, plutôt que d’attendre la fin de cette fermentation (ce qu’on appelle l’inoculation séquentielle). L’effet sur le profil du vin est réel et documenté.

Anne Buchet, directrice viticulture-oenologie à la chambre d’agriculture de Loir-et-Cher, est directe : « L’effet de la co-inoculation sur le profil des vins est vrai à 100 %. Elle produit des vins plus frais, plus fruités, avec des arômes plus définis parce que tout se passe très vite. » Lamothe-Abiet a conduit un essai comparatif sur du Merlot des Graves 2024 avec un potentiel alcoolique de 13,4°, en testant deux souches bactériennes (OEno 1 et OEno 2) dans chaque mode. Les résultats parlent d’eux-mêmes.

Dans le verre, une vraie différence : frais contre rond

Justine Laboyrie, responsable produit chez Lamothe-Abiet, résume ainsi la différence : la co-inoculation donne « des vins plus frais, fruités, floraux, végétatifs, avec une acidité plus marquée », tandis que la fermentation séquentielle produit « des notes confituées, pâtissières, caramel, avec plus de volume et d’astringence ». Eric Deletage, oenologue consultant pour Enosens à Coutras, confirme le mécanisme : « La co-inoculation crée des effets plus serrés grâce à une exposition minimale à l’oxygène. La fermentation séquentielle laisse l’oxygène développer des arômes plus mûrs et des tanins plus prononcés. »

En termes de couleur, les essais montrent également une différence visible : les vins co-inoculés sont plus rouges et plus brillants ; ceux issus de la fermentation séquentielle sont plus sombres. Pour les amateurs qui s’interrogent sur ce que sera le millésime 2026 dans leur verre, ces deux orientations coexisteront probablement selon les choix de chaque vigneron.

Fabrice Maubert, oenologue consultant en Languedoc-Hérault, rappelle que la fermentation séquentielle n’est pas perdante pour autant : elle permet de « structurer le vin grâce à la micro-oxydation pendant les périodes de latence ». Tout dépend du style visé. Dans un millésime comme 2026, où l’acidité naturelle est déjà sous pression, les domaines qui cherchent la fraîcheur se tournent davantage vers la co-inoculation.

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Le paradoxe de 2026 : moins de traitements, mais plus de travail au chai

Eric Pastorino, qui préside l’AOC Côte de Provence et le CIVP (Conseil Interprofessionnel des Vins de Provence), pointe un paradoxe comptable de ce millésime. Les conditions sanitaires exceptionnelles ont limité les traitements fongicides (quasi pas de mildiou ni d’oïdium dans certains secteurs), ce qui a réduit les coûts de protection du vignoble. Mais ces économies sont en partie absorbées par des coûts de vinification plus élevés : thermorigulation renforcée, pressurages en fractions, gestion de la décantation sur des jus hétérogènes, suivi analytique renforcé.

Autre contrainte opérationnelle : les cuves de décantation sont saturées dans plusieurs coopératives. La précipitation des vendanges a déclenché les réceptions de raisins de façon simultanée sur des zones qui, en temps normal, s’échelonnent sur plusieurs semaines. L’infrastructure existante n’était pas dimensionnée pour ce scénario. Résultat : certains vignerons, comme Julien Kennel, font des allers-retours entre le vignoble et le chai, alternant vendange et vinification selon ce que les cuves peuvent absorber.

Ce que 2026 est en train de prouver, c’est que la résilience d’un domaine ne se joue plus seulement dans les vignes. Elle se joue aussi dans le choix des levures, dans le timing du pressurage, dans la décision de co-inoculer ou non. Des choix techniques qui, in fine, feront la différence dans les bouteilles que vous déboucherez dans les mois qui viennent.

Questions fréquentes sur la vinification en millésime chaud

C’est quoi la co-inoculation et pourquoi c’est important en 2026 ?

La co-inoculation consiste à ajouter les bactéries lactiques en même temps que les levures au début de la fermentation alcoolique. Dans un millésime chaud comme 2026, où l’acidité naturelle est déjà faible, cette technique permet de mieux préserver la fraîcheur et le fruit du vin. En inoculation séquentielle classique (bactéries ajoutées après la FA), le vin développe des arômes plus mûrs et des tanins plus présents, ce qui peut encore alourdir un vin déjà riche en alcool.

Pourquoi presser le raisin en plusieurs fractions en 2026 ?

Dans un millésime chaud, l’acidité et le pH du jus chutent très rapidement au pressoir. Si on presse d’un seul tenant et trop fort, on risque d’extraire des jus de rafle ou de pépin qui déséquilibrent encore plus le vin. En découpant le pressurage en plusieurs fractions et en analysant entre chaque, le vigneron choisit uniquement les jus les mieux équilibrés, quitte à écarter le reste. C’est plus long et plus coûteux, mais c’est la garantie d’une meilleure matière première pour la vinification.

Est-ce que ces choix de vinification changent vraiment le goût du vin dans mon verre ?

Oui, de façon mesurable. La co-inoculation donne des vins plus frais, floraux, avec une acidité plus nette et une couleur plus brillante. La fermentation séquentielle produit des vins plus ronds, avec des notes confituées ou caramel, plus de volume et des tanins plus présents. Pour un millésime 2026 déjà riche en sucres et potentiellement élevé en alcool, ces choix techniques font la différence entre un vin qui semble « lourd » et un vin qui reste digeste et plaisant.

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Jérémy Degryse

À propos de l'auteur

Jérémy Degryse

Grenoblois de 31 ans, passionné de vin depuis que je suis en âge d'en boire (et même un peu avant 🤫), j’adore chiner des pépites en ligne, déguster un bon Bo...

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