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Vendange de raisins Chardonnay mûrs en vignoble

Mildiou, oïdium : un Chardonnay capable de résister aux deux maladies vient d’être créé en laboratoire

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Ce qu'il faut retenir

  • Novatech (groupe Mercier, Vendée) a créé un prototype de Chardonnay résistant au mildiou et à l’oïdium via les NGT (Nouvelles Techniques Génomiques)
  • La modification cible deux familles de gènes : MLO (sensibilité à l’oïdium) et DMR6 (sensibilité au mildiou)
  • Premier test en plein champ prévu pour 2028, commercialisation attendue entre 2030 et 2035
  • Pas un OGM : aucun gène étranger n’est inséré dans le génome de la plante

En 2026, les vendanges se déroulent sous pression climatique et sanitaire. Si la sécheresse et la canicule font la une, le mildiou et l’oïdium restent les ennemis chroniques du vigneron : présents chaque année, coûteux en traitements, difficiles à éradiquer même en biologie. Dans ce contexte, un laboratoire vendéen vient de franchir une étape décisive : créer un prototype de Chardonnay clone 96 résistant aux deux maladies fongiques les plus répandues dans le vignoble, sans croisement avec des variétés exotiques ni introduction de gènes étrangers.

La technologie qui rend cela possible s’appelle les NGT, Nouvelles Techniques Génomiques. La vigne de 2035 est déjà en train de se préparer dans les serres de Novatech.

Les NGT : des ciseaux moléculaires pour modifier la vigne de l’intérieur

Les NGT regroupent un ensemble d’outils de modification génomique ciblée, dont le plus connu est CRISPR-Cas9. Contrairement aux OGM classiques, qui introduisent du matériel génétique étranger dans la plante, les NGT agissent directement sur les gènes existants : on inactive un gène, on le modifie légèrement, sans rien ajouter qui ne soit pas déjà dans le génome de l’espèce.

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En juin 2024, l’Union européenne a ouvert la voie à leur utilisation agricole sous conditions. Pour la vigne, les chercheurs ont identifié deux familles de gènes cibles. Les gènes MLO (Mildew Locus O) sont impliqués dans la sensibilité à l’oïdium : les inactiver rend la plante naturellement résistante au champignon. Les gènes DMR6 (Downy Mildew Resistance 6) jouent le même rôle pour le mildiou. La difficulté technique : modifier les deux simultanément, sur un cépage classique reconnu en appellation.

Le Chardonnay clone 96 de Novatech : une première en éprouvette

C’est exactement ce qu’a réalisé Novatech, filiale du groupe Mercier, pépiniériste viticole basé à Vix en Vendée. Après dix ans de programme de recherche, le laboratoire a validé in vitro un prototype de Chardonnay clone 96 portant les deux modifications. Les gènes MLO et DMR6 ont été édités avec succès, et la résistance aux deux maladies a été confirmée en conditions de laboratoire.

Mercier est déjà connu de la filière pour ses travaux sur les cépages résistants. Mais avec le Chardonnay NGT, l’approche est radicalement différente : on ne crée pas une nouvelle variété par sélection et croisement, on modifie le Chardonnay lui-même, en conservant son profil génétique, ses arômes, son aptitude à exprimer le terroir de Bourgogne ou de Champagne.

Pourquoi le Chardonnay est-il la cible idéale ?

Le Chardonnay est l’un des cépages blancs les plus cultivés au monde et l’un des plus sensibles aux deux grandes maladies cryptogamiques. En Bourgogne, en Champagne, en Languedoc, les viticulteurs réalisent en moyenne 8 à 12 traitements par saison. Le coût économique et environnemental est considérable. Dans un millésime 2026 marqué par le stress hydrique et des vendanges précoces qui fragilisent les vins blancs, la pression sanitaire est encore plus forte.

Un Chardonnay résistant permettrait de réduire drastiquement les intrants, d’abaisser les coûts de production et de répondre aux attentes de consommateurs de plus en plus sensibles à la viticulture durable. Pour les domaines en conversion biologique, qui voient souvent leur Chardonnay souffrir faute de produits de synthèse, ce serait une révolution.

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Le calendrier : essais en plein champ en 2028, marché en 2030-2035

Pour l’instant, le prototype reste en serre. Les plants modifiés ont été validés in vitro, mais ils n’ont pas encore affronté les conditions réelles du vignoble : UV, stress hydrique, complexité microbienne du sol, pression parasitaire naturelle. Novatech espère démarrer les essais en plein champ à partir de 2028, sous réserve de l’évolution du cadre réglementaire européen. La commercialisation des premières plantes NGT n’est pas envisagée avant 2030-2035.

Il faudra aussi valider que la modification génomique n’affecte pas les qualités organoleptiques du cépage. Des tests de dégustation en aveugle seront nécessaires pour confirmer que le Chardonnay NGT exprime bien son terroir comme son homologue classique. L’enjeu est de taille : les appellations comme Chablis ou Mâcon ne peuvent pas se permettre d’homologuer un cépage modifié qui ne livrerait plus les mêmes vins.

Questions fréquentes sur le Chardonnay NGT

Un Chardonnay NGT est-il un OGM ?

Non, au sens réglementaire européen. Un OGM classique introduit du matériel génétique provenant d’une autre espèce dans la plante. Les NGT modifient uniquement les gènes déjà présents dans le génome du Chardonnay, sans rien ajouter d’étranger. La réglementation européenne de 2024 distingue ces deux catégories. Le résultat aurait pu être obtenu par mutation naturelle ou sélection conventionnelle : c’est l’argument central des partisans de la technologie.

Le Chardonnay NGT sera-t-il accepté dans les AOC ?

C’est la grande inconnue. Les cahiers des charges des appellations (Chablis, Mâcon, Champagne) listent les variétés autorisées, sans préciser le profil génomique exact de chaque clone. La question est de savoir si un Chardonnay clone 96 modifié par NGT reste du Chardonnay au sens de l’appellation. L’INAO devra trancher, probablement au cas par cas. Certains observateurs estiment que si les caractéristiques aromatiques et agronomiques du cépage sont conservées, le statut AOC pourrait être maintenu.

Quels autres cépages pourraient bénéficier des NGT ?

Novatech envisage d’étendre ses travaux à d’autres variétés. La résistance au stress hydrique et aux virus (court-noué, enroulement) est également dans la feuille de route. Côté rouge, le Cabernet Sauvignon et le Merlot sont des candidats naturels, très demandés par les producteurs bordelais. Mais chaque modification doit être validée individuellement, ce qui rend le calendrier industriel encore incertain.

La preuve de concept est là : modifier génomiquement le Chardonnay pour le rendre résistant au mildiou et à l’oïdium, sans en changer l’identité, est techniquement faisable. Pour une filière qui cherche des solutions durables à ses contraintes sanitaires croissantes, c’est une bonne nouvelle à retenir de ce millésime 2026 difficile.

En attendant 2035, découvrez notre guide complet du Chardonnay pour tout savoir sur ce cépage blanc incontournable, ou explorez nos sélections en box pour trouver votre prochaine bouteille.

Crédit photo : Kayakam, CC0, via Wikimedia Commons — Récolte de Chardonnay, Lorenzo Vineyard, 2020.

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Jérémy Degryse

À propos de l'auteur

Jérémy Degryse

Grenoblois de 31 ans, passionné de vin depuis que je suis en âge d'en boire (et même un peu avant 🤫), j’adore chiner des pépites en ligne, déguster un bon Bo...

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