📌 En bref
Les vendanges 2026 démarrent en Charente avec des parcelles en bon état sanitaire, après un été contrasté. La filière Cognac, qui sortait d’un cycle difficile côté exports, espère une récolte de qualité qui lui permette de reconstituer ses stocks. Les grands négociants restent sur leurs gardes : la demande mondiale ne repart pas encore franchement.
La Charente entre en mode vendanges. Depuis la première semaine de septembre, les équipes de cueillette se déploient progressivement dans les vignobles de Grande et Petite Champagne, les deux crus les plus recherchés pour la production de cognac. Cette année encore, l’ugni blanc — cépage quasi-exclusif de l’appellation, planté sur plus de 95 % du vignoble — est arrivé à maturité avec un léger décalage par rapport aux années chaudes de la décennie précédente, signe d’un millésime plus frais.
Le Bureau National Interprofessionnel du Cognac (BNIC), qui pilote les 80 000 hectares répartis entre les six crus charentais, a confirmé début août un état végétatif globalement satisfaisant. Les épisodes de gel du printemps, qui avaient frappé certaines parcelles en Fins Bois, ont eu un impact limité par rapport aux années précédentes. Le mildiou, en revanche, a nécessité une pression phytosanitaire soutenue chez les producteurs en conventionnel, et plusieurs exploitations en bio ont déclaré des pertes localisées.
Qualité d’abord, volumes ensuite
Dans les caves de Hennessy, Rémy Martin, Martell et Courvoisier — les quatre grandes maisons qui pèsent à elles seules l’essentiel des exportations mondiales de cognac — le mot d’ordre est identique : miser sur la qualité plutôt que sur le volume brut. Depuis plusieurs années, la filière reconstruit ses stocks d’eaux-de-vie vieillissantes après une décennie de demande forte, portée notamment par la Chine et les États-Unis.
La menace persistante de droits de douane américains reste un sujet sensible. En 2025, les eaux-de-vie et spiritueux français avaient failli être ciblés par une nouvelle vague de taxes, avant un accord de dernière minute. En 2026, les maisons ont préféré constituer des stocks aux États-Unis à l’avance, ce qui a temporairement dopé les chiffres d’export, mais fragilise les prévisions pour l’année suivante.
Le marché chinois : reprise timide, attentes prudentes
La grande question de cette récolte 2026, c’est évidemment la Chine. Après trois années de contraction — crise immobilière, ralentissement de la consommation de luxe, pression réglementaire sur les cadeaux en entreprise — les signaux se veulent légèrement plus positifs. Les ventes de cognac en Chine ont progressé d’environ 8 % au premier semestre 2026 par rapport à la même période de 2025, selon des sources sectorielles, mais on reste très loin des niveaux de 2019-2021.
Pour les viticulteurs charentais, cette reprise partielle est une bonne nouvelle, mais elle ne justifie pas de relancer la production à tout prix. La vraie richesse du cognac, c’est son vieillissement : un litre d’eau-de-vie mis en fût aujourd’hui ne deviendra un cognac XO commercialisable que dans six ans minimum. Ce que les maisons cherchent à produire en 2026, c’est de la qualité pour 2030 et au-delà.
À titre de comparaison, le mouvement pour une « année blanche » réclamée par certains vignerons en début d’année illustrait bien les tensions latentes dans la filière : entre des opérateurs qui veulent stabiliser les prix et des producteurs qui cherchent à maintenir leurs revenus à court terme.
Ugni blanc sous les projecteurs
On l’oublie parfois, mais l’ugni blanc est l’un des cépages blancs les plus plantés au monde, et pratiquement invisible dans les guides de dégustation, parce qu’il se boit rarement en vin de table. Sa vocation est d’être distillé. Ce cépage d’origine italienne (le Trebbiano en Toscane) produit des vins naturellement très acides, peu alcoolisés, parfaits pour la double distillation en alambic charentais.
En 2026, les premières analyses de maturité publiées par les techniciens du BNIC indiquent des niveaux d’acidité corrects et des degrés alcooliques légèrement inférieurs à 2024, ce qui est plutôt favorable pour la distillation. Les millésimes très chauds, qui poussent le degré à la hausse, donnent des eaux-de-vie moins fines, avec moins de fraîcheur aromatique. Sur ce critère, 2026 s’annonce mieux que 2024.
Pour aller plus loin sur les cépages et leur influence sur les vins, consulte notre guide des cépages de A à Z ou notre article sur les stratégies de rendement dans d’autres régions françaises.
Ce que ça change pour le consommateur
Concrètement, la récolte 2026 n’aura d’impact direct sur les bouteilles en rayon que dans plusieurs années. À court terme, ce qui compte, c’est la gestion des stocks actuels : les prix du cognac d’entrée de gamme (VS) restent stables en grande distribution, tandis que les XO et Extra voient leurs prix se maintenir à des niveaux élevés, portés par la rareté des vieux millésimes.
Le cognac n’est pas le seul spiritueux français à traverser une période de repositionnement : l’armagnac, l’autre grande eau-de-vie du Sud-Ouest, connaît une dynamique similaire, avec une montée en gamme portée par les amateurs de whiskies tourbés qui cherchent des alternatives françaises. La tendance à la « premiumisation » des spiritueux, accélérée pendant le Covid, résiste globalement, même si les volumes sont en repli.

Les dates de vendanges 2026 en Charente
En règle générale, les vendanges cognaçaises démarrent dans les premiers jours de septembre pour les parcelles les plus précoces, et s’étalent jusqu’à mi-octobre pour les vignes les plus tardives, notamment en Grande Champagne. La décision de date de début revient à chaque exploitation, après les préconisations du BNIC et des analyses de maturité réalisées parcelle par parcelle.
Pour les années difficiles comme 2021 ou 2024, les maisons avaient conseillé de patienter pour laisser les raisins accumuler plus d’arômes. En 2026, les conseils vont plutôt dans le sens d’une récolte rapide sur les parcelles exposées au risque botrytis (pourriture grise) : les conditions humides de la fin août dans certaines zones de Fins Bois ont créé un risque localisé, et il vaut mieux vendanger un peu tôt que perdre de la matière.
📚 Pour aller plus loin
Questions fréquentes sur les vendanges Cognac 2026
Quand démarrent les vendanges du cognac en 2026 ?
Les premières coupes en Charente ont lieu début septembre 2026, avec un pic d’activité attendu entre le 15 septembre et le 10 octobre selon les crus. La Grande Champagne vendange généralement en dernier.
Quel cépage est utilisé pour produire le cognac ?
L’ugni blanc (Trebbiano en Italie) représente plus de 95 % du vignoble cognaçais. Son acidité naturelle élevée et son faible degré alcoolique en font le cépage idéal pour la double distillation en alambic charentais.
La récolte 2026 sera-t-elle bonne pour le cognac ?
Les premières analyses indiquent une récolte de qualité correcte, avec des niveaux d’acidité favorables et des degrés plus modérés qu’en 2024. L’état sanitaire est globalement satisfaisant, sauf sur quelques parcelles humides en Fins Bois.
Pourquoi le marché du cognac est-il compliqué en 2026 ?
La Chine, premier marché export du cognac, sort d’une période de contraction de trois ans. Les États-Unis, second marché, restent sous la menace de droits de douane. Les maisons reconstituent leurs stocks tout en attendant une reprise plus franche de la demande internationale.
Combien de temps faut-il pour qu’un cognac soit commercialisable ?
Un VS (Very Special) doit vieillir au minimum 2 ans en fût. Un VSOP requiert 4 ans minimum. Un XO (Extra Old) nécessite au moins 10 ans de vieillissement, ce qui explique la logique d’anticipation des grandes maisons sur plusieurs années.







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