- Bucher Vaslin, leader mondial des équipements de vinification (presses, égrappoirs, centrifugeuses), ferme son site de Rivesaltes d’ici mi-juin 2026
- 32 emplois sur 36 supprimés (88% des effectifs), soit la quasi-totalité du site pyrénéen
- En tout, 89 postes disparaissent en France (57 au siège de Chalonnes-sur-Loire + 32 à Rivesaltes)
- La maison mère suisse Bucher Industries réalise pourtant 3,1 milliards € de CA et verse 120M€ de dividendes
- Signal fort : la crise viticole, qui ravageait vignerons et négoces, dévore désormais tout l’écosystème industriel
- Les salariés de Rivesaltes ont signé un communiqué poignant : « Nous ne voulons pas mourir en silence »
Il y a des crises qu’on voit de loin. Et d’autres qui arrivent par ricochet, silencieusement, dans des ateliers qu’on n’imaginait pas touchés. Bucher Vaslin — ce nom ne vous dit peut-être rien, mais si vous avez déjà vu une presse pneumatique dans un chai, ou un égrappoir-fouloir dans une cave coopérative, vous avez croisé leurs machines. Le groupe suisse est le leader mondial des équipements de vinification. Et il est en train de fermer Rivesaltes.
32 familles. 36 postes. Une fermeture programmée à la mi-juin 2026. Un PSE (Plan de Sauvegarde de l’Emploi) annoncé début mars, quasiment en silence. Et en toile de fond, une question que tout le monde commence à se poser dans la filière : jusqu’où va aller la vague ?
Bucher Vaslin : le géant discret des équipements de vinification
Avant de parler de la fermeture, un peu de contexte. Bucher Vaslin est fondée en 1831 (sous le nom Vaslin) en Indre-et-Loire. Elle devient l’une des premières entreprises mondiales à concevoir des presses pneumatiques pour le vin — ces énormes cylindres qui extraient le jus des raisins en douceur, sans abîmer les peaux. Rachetée par le groupe suisse Bucher Industries, elle intègre la division Bucher Specials, dédiée à l’industrie agroalimentaire.
Son catalogue : presses pneumatiques, égrappoirs-fouloirs, centrifugeuses, filtres tangentiels, équipements de distillation. Des machines qu’on retrouve dans presque toutes les grandes coopératives et domaines d’appellation. L’entreprise emploie environ 238 personnes à Chalonnes-sur-Loire (Maine-et-Loire), son siège historique depuis que Vaslin s’y est installé. Et depuis quelques années, elle avait ouvert un site de production secondaire à Rivesaltes, dans les Pyrénées-Orientales, en plein cœur du vignoble roussillonnais.
Ce site de Rivesaltes, c’est 36 salariés, un outil de production dédié au marché local et aux marchés méditerranéens. C’est aussi ce site qui vient d’apprendre qu’il disparaîtra dans quelques semaines.
89 suppressions d’emplois, dont 32 à Rivesaltes — fermeture prévue mi-juin
Le Plan de Sauvegarde de l’Emploi a été officialisé début mars 2026. Les chiffres sont lourds :
- 57 postes supprimés au siège de Chalonnes-sur-Loire
- 32 postes supprimés à Rivesaltes (sur 36 au total, soit 88%)
- 4 salariés maintenus à Rivesaltes — le bureau d’études uniquement
- Fermeture industrielle du site de Rivesaltes prévue à la mi-juin 2026
Les machines et équipements sont progressivement démontés et acheminés vers Chalonnes-sur-Loire. Depuis mai 2025, le site était déjà en chômage partiel. Depuis avril 2026, la réalité du PSE s’est imposée : le transfert d’activité est acté.
La raison officielle du groupe : « faiblesse des prises de commandes et faible taux d’utilisation des capacités de production ». La division Bucher Specials a vu son chiffre d’affaires reculer de 10% en 2025, à 351 millions d’euros. Quand les vignerons n’investissent plus dans de nouvelles presses, Bucher Vaslin ne vend plus de presses. CQFD.

« Nous ne voulons pas mourir en silence » : la colère des salariés de Rivesaltes
Le 5 mai 2026, 27 des 36 salariés de Rivesaltes signaient un communiqué commun. Le titre : « Nous ne voulons pas mourir en silence. »
Gilles Marck, technicien méthode avec 3 ans d’ancienneté, résumait l’ambiance : « Il y a clairement une colère qui couve. » Dans leur communiqué, les employés interpellent directement les pouvoirs publics pour qu’ils « s’emparent du sujet » et qu’une solution de reprise soit trouvée — que Bucher Industries trouve un repreneur plutôt que de laisser simplement le site mourir.
Car c’est là que le bât blesse. La maison mère suisse ne souffre pas. Elle prospère. En 2025, Bucher Industries a enregistré :
Pendant que Rivesaltes perd 32 emplois, la maison mère suisse affichait en 2025 :
• 3,1 milliards € de chiffre d’affaires global
• 251 millions € de bénéfice net
• 120 millions € de dividendes versés aux actionnaires
Ce n’est pas une entreprise en faillite qui ferme Rivesaltes. C’est un groupe rentable qui optimise.
C’est ce contraste que les salariés ont du mal à digérer. Le site de Rivesaltes n’est pas fermé parce que Bucher Industries coule. Il est fermé parce que, dans une logique de rationalisation industrielle, maintenir un second site de production en Occitanie n’est plus jugé rentable. L’activité migre vers la Loire. Les emplois, eux, ne migrent pas.
Quand la crise des vignerons devient la crise des équipementiers
La chaîne de transmission est assez mécanique. Depuis 2023, la filière viticole française traverse une tempête structurelle : chute de la consommation mondiale, distillation de crise à 33 €/hl, liquidation d’H&A Location (leader de la location de barriques), plans d’arrachage à grande échelle. Quand les vignerons saignent, ils n’investissent plus.
Et quand les vignerons n’investissent plus, les équipementiers dépriment. Les caves coopératives repoussent le renouvellement de leurs presses. Les domaines annulent les commandes de centrifugeuses. Les projets d’extension de chais sont mis en attente. Pour Bucher Vaslin, cela se traduit directement par un carnet de commandes qui se vide — et des lignes de production sous-utilisées.

Bucher Vaslin n’est pas seul dans ce cas. Toute la chaîne amont est touchée : verreries, bouchonneries, imprimeurs d’étiquettes, logisticiens viticoles, laboratoires d’analyses. La crise que l’on croyait cantonnée aux viticulteurs et aux négociants commence à mordre sur des secteurs industriels entiers.
Bucher Vaslin à Rivesaltes, c’est un signal d’alarme sur l’ampleur systémique de la crise. Tant que la filière viticole ne retrouve pas un équilibre (consommation, prix, volumes), les équipementiers vont continuer de souffrir — et des fermetures comme Rivesaltes risquent de se multiplier. L’arrachage de 28 000 hectares en cours réduit mécaniquement les besoins en équipements pour les années à venir.
La filière en cascade : d’autres équipementiers déjà fragilisés ?
La question n’est pas anodine. Si Bucher Vaslin — le numéro un mondial — restructure, on peut légitimement s’interroger sur l’état de ses concurrents moins bien capitalisés. Les PME régionales de l’équipement œnologique, qui n’ont pas les reins solides d’un groupe suisse à 3 milliards de CA, sont-elles en train de tenir par la seule inertie des carnets de commandes anciens ?
C’est un angle que la filière commence à surveiller. Et qui mérite une attention particulière dans les prochains mois, au moment où les résultats des vendanges 2026 — dont les saints de glace ont déjà impacté la Champagne — vont dicter les investissements de l’année à venir.
Pour les amateurs de vin, tout ceci peut sembler lointain. C’est pourtant dans ces ateliers que sont fabriquées les machines qui pressent vos raisins préférés, qui clarifient le jus, qui permettent à votre Côtes-du-Roussillon ou votre Champagne d’exister sous cette forme. Derrière chaque bouteille, il y a une filière. Et cette filière est, en ce moment, profondément malmenée.
Qu’est-ce que Bucher Vaslin exactement ?
Bucher Vaslin est le leader mondial des équipements de vinification. Fondée en 1831 sous le nom Vaslin, elle conçoit presses pneumatiques, égrappoirs-fouloirs, centrifugeuses, filtres et équipements de distillation. Elle appartient au groupe suisse Bucher Industries (3,1 Mds€ de CA) et emploie environ 238 personnes à son siège de Chalonnes-sur-Loire (Maine-et-Loire).
Pourquoi Bucher Vaslin ferme-t-elle le site de Rivesaltes ?
La raison officielle est la faiblesse des prises de commandes : quand les vignerons n’investissent plus dans de nouveaux équipements (conséquence de la crise viticole), les carnets de commandes de Bucher Vaslin se vident. La division Bucher Specials a vu son CA chuter de 10% en 2025. Le groupe a décidé de concentrer la production à Chalonnes-sur-Loire plutôt que de maintenir deux sites.
Combien d’emplois sont supprimés en tout ?
89 emplois au total en France : 57 à Chalonnes-sur-Loire (siège) et 32 à Rivesaltes (sur 36 postes existants, soit 88% du site). Seul le bureau d’études de Rivesaltes (4 personnes) sera maintenu. La fermeture industrielle du site est prévue pour la mi-juin 2026.
Quelle est la réaction des salariés de Rivesaltes ?
27 des 36 salariés ont signé un communiqué commun intitulé « Nous ne voulons pas mourir en silence ». Ils demandent aux pouvoirs publics d’intervenir et réclament que la maison mère Bucher Industries trouve un repreneur pour le site plutôt que de simplement le fermer. Gilles Marck, technicien méthode, évoque « une colère qui couve ».
La maison mère Bucher Industries est-elle elle-même en difficulté ?
Non. En 2025, Bucher Industries a réalisé 3,1 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 251 millions d’euros de bénéfice net et versé 120 millions d’euros de dividendes à ses actionnaires. C’est une logique de rationalisation industrielle, pas une fermeture de survie.
Est-ce que d’autres équipementiers du vin sont touchés par la crise ?
C’est la question que tout le monde se pose. Bucher Vaslin est le signe le plus visible, mais l’ensemble de la chaîne amont (verreries, bouchonneries, laboratoires d’analyses, logisticiens) subit les effets de la baisse d’investissement des vignerons. Les PME régionales, moins bien capitalisées, sont potentiellement encore plus fragiles.
La filière vin évolue vite — restez au courant.
Une box vin bien choisie, c’est aussi soutenir des vignerons qui résistent à la crise.







Connexion rapide pour commenter :