- En 2025, la bière a dépassé le vin en France : 22,1 Mhl contre 22,0 Mhl — une première dans l’histoire enregistrée.
- Le vin a perdu 37 % de sa consommation en 30 ans (37 Mhl en 1995 → 22 Mhl en 2025).
- La cause principale n’est pas la bière qui monte, c’est le vin qui descend : moins de repas à table, prix plus élevés, générations qui changent.
- Les amateurs de vin, eux, ne lâchent pas — la qualité moyenne dans le verre n’a jamais été aussi haute.
C’est un chiffre qu’on n’avait jamais vu. En 2025, pour la première fois depuis que des statistiques sont tenues, la bière a dépassé le vin en consommation en France. Vingt-deux virgule un millions d’hectolitres de bière, contre vingt-deux millions de vin. Un écart de 100 000 hectolitres à peine — mais un symbole énorme pour un pays où le vin est, depuis des siècles, culturellement dominant.
L’OIV (Organisation internationale de la vigne et du vin) et les Brasseurs de France ont confirmé les chiffres. La presse internationale — Euronews, The Local, Connexion France — s’est emparée du sujet à partir du 13 mai 2026. En France, la nouvelle est passée presque discrètement, noyée dans les actualités d’une filière viticole déjà sous pression. Ce serait dommage de la laisser passer sans l’analyser vraiment.
22,1 contre 22,0 : les chiffres qui font l’histoire
Les données sont celles de 2025. Elles compilent la consommation domestique en France, toutes occasions confondues : restaurants, domicile, événements. La bière atteint 22,1 millions d’hectolitres, le vin plafonne à 22,0 millions. L’écart est infime, mais le seuil symbolique est franchi.
Pour mesurer le chemin parcouru, il faut remonter à 1995. Cette année-là, les Français consommaient encore 37 millions d’hectolitres de vin par an. Trente ans plus tard, il en reste 22. C’est une baisse de 37 % en trois décennies — soit un recul de plus d’un tiers. La bière, elle, a progressé, mais modérément. Ce qui a basculé cette bascule historique, c’est d’abord et avant tout le déclin du vin.
| Année | Vin (Mhl) | Bière (Mhl) |
|---|---|---|
| 1995 | 37,0 | ~15,5 |
| 2010 | 28,5 | ~18,0 |
| 2020 | 24,8 | ~20,5 |
| 2025 | 22,0 | 22,1 ← franchissement |
Sources : OIV (mai 2026), Brasseurs de France. Chiffres arrondis pour l’illustration.
Pourquoi le vin recule : les trois vraies raisons
1. On mange moins à table. La citation d’un maître de conférences de Sciences Po (rapportée par Les Échos) dit tout : « Le vin et sa bouteille de 75 cl sont encore associés au repas à table. Or, les Français mangent moins souvent à table. » Fast-food, livraison, lunch rapide au bureau — le contexte de consommation du vin s’est rétréci. La bière, elle, est présente partout : terrasses, apéritifs debout, festivals, matchs.

2. Le prix a creusé l’écart. Une bouteille d’entrée de gamme correcte coûte entre 5 et 8 euros. Une canette ou une pinte de bière tourne à 1,50-3 €. Dans un contexte inflationniste, l’arbitrage se fait vite. L’OIV note d’ailleurs que le recul est plus marqué sur les vins d’entrée de gamme que sur les appellations premium — ce qui confirme que l’amateur de vin sérieux ne lâche pas sa passion, mais que le buveur occasionnel se tourne vers d’autres options.
3. Les nouvelles générations cherchent autre chose. Le baromètre SOWINE-Dynata 2026 l’a montré : les moins de 35 ans consomment moins d’alcool en général, et quand ils boivent, ils privilégient des expériences — craft beer, cocktails, boissons naturelles. Le vin reste valorisé, mais il doit se réinventer dans ses occasions de consommation.
L’OIV a publié en mai 2026 son rapport mondial : 208 millions d’hectolitres consommés globalement en 2025, au plus bas depuis 1957. La France n’est que le miroir amplifié d’un mouvement mondial. Notre analyse complète du rapport OIV ici →
La bière a-t-elle vraiment « gagné » ?
Formuler la chose comme une victoire de la bière serait trompeur. Les Brasseurs de France ne crient pas victoire — ils savent que leur progression est modeste. Ce qui s’est passé ressemble davantage à un abandon progressif du vin quotidien que d’une conquête brassicole.
Le vin « de table » des générations précédentes — la piquette à 3 euros qu’on buvait par habitude au déjeuner — a quasiment disparu. Et c’est peut-être une bonne nouvelle, au fond. Ce déclin de volume cache une réalité qualitative inverse : les Français qui boivent du vin en 2025 en boivent moins, mais ils boivent mieux. Appellations, millésimes, cépages — le consommateur actif est plus informé que jamais.
Ce que ça révèle sur nos modes de vie
Le vin est lié à un rituel — la table, le repas, le temps suspendu. Dans une société qui grignote plus qu’elle ne dîne, qui commande plus qu’elle ne cuisine, qui consomme davantage en mobilité qu’en salle à manger, ce rituel s’est raréfié. Ce n’est pas un jugement, c’est une observation sociologique.

La montée en puissance de la bière artisanale (craft beer) joue aussi son rôle. En 10 ans, le nombre de brasseries en France est passé de quelques centaines à plus de 2 500. La bière a copié le playbook du vin : terroir, cépages houblonnés, élevage, complexité. Elle a gagné en crédibilité auprès d’un public jeune et curieux.
Le vin résiste là où il compte le plus
Ce serait une erreur de lire ces chiffres comme un arrêt de mort. Le vin garde des forteresses inexpugnables : les grandes occasions, les repas gastronomiques, les accords mets-vins, la culture du cadeau, les ventes aux enchères. Le marché du vin premium ne souffre pas — il progresse. Les cépages nobles, les grands millésimes, les domaines d’exception continuent d’attirer des passionnés prêts à investir.
La France exporte toujours 10,5 milliards d’euros de vins par an (chiffres FEVS 2025). Le Champagne résiste, Bordeaux 2025 a affiché des primeurs de qualité exceptionnelle, la Bourgogne est valorisée comme jamais. Le vin français n’a pas perdu sa réputation mondiale — il a perdu une consommation de masse domestique qui n’était de toute façon pas son avenir.
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