Les vignerons AOC face aux restrictions phytosanitaires
- 17 spécialités à base de cuivre interdites par l’ANSES en 2025
- La France était déjà parmi les moins bien équipées en Europe avant ces retraits
- Anthony Brun (CNAOC) alerte : risque d’impasse productive en bio ET en conventionnel
- Filière viticole française : 92 milliards d’euros de chiffre d’affaires en jeu
- Citation choc : « On voudrait tuer la viticulture, on ne s’y prendrait pas autrement »
La sentence est tombée le 26 juin 2026, signée par Anthony Brun, président de la commission durabilité de la CNAOC-Maison des Vignerons. Elle fait l’effet d’un coup de sécateur dans le débat sur l’avenir du vignoble français : « On voudrait tuer la viticulture, on ne s’y prendrait pas autrement. »
Derrière cette formule-choc, un inventaire glacial. L’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) a retiré du marché 17 spécialités à base de cuivre en 2025, laissant les producteurs de vins d’appellation face à une armoire à pharmacie de plus en plus vide — et à un mildiou qui, lui, ne fait pas de régime.

Cuivre, mildiou et désarmement unilatéral
Le cuivre est l’un des derniers outils de lutte fongique autorisés en agriculture biologique. Contre le mildiou (Plasmopara viticola), la maladie de la vigne la plus redoutable sous nos latitudes, il n’existe quasiment aucun substitut homologué à ce jour. Supprimer les préparations cuivrées disponibles, c’est donc priver les vignerons bios d’une bonne partie de leur arsenal.
Mais la restriction ne s’arrête pas aux seuls producteurs en bio. Elle touche aussi les exploitations en agriculture conventionnelle, pour lesquelles le cuivre représente souvent la solution de dernier recours avant un état sanitaire catastrophique. Anthony Brun est catégorique : « À force de rogner sur les outils à disposition du vigneron pour lutter efficacement contre les maladies, on ne pourra plus produire. »
Ce mouvement de fond s’inscrit dans une tendance réglementaire européenne, mais avec une accélération particulièrement marquée en France. Selon la CNAOC, la France était déjà parmi les moins bien pourvues en Europe avant même les dernières restrictions de l’ANSES. Le paradoxe est saisissant : nos voisins italiens et espagnols, qui produisent eux aussi du vin dans des conditions climatiques similaires (et souvent plus humides), disposent d’une boîte à outils phytosanitaire significativement plus fournie.
92 milliards d’euros de filière, un modèle à risque
Derrière les déclarations de la CNAOC, c’est toute une économie qui est potentiellement fragilisée. La filière vigne et vin française pèse 92 milliards d’euros de chiffre d’affaires (UGVC 2026), dont une part significative repose sur les vins d’appellation d’origine contrôlée — précisément ceux défendus par la CNAOC-Maison des Vignerons.
Les AOC représentent le cœur de la réputation du vin français à l’international : Bordeaux, Bourgogne, Champagne, Côtes du Rhône, Alsace, Loire… Ces noms voyagent dans 170 pays et constituent le premier poste excédentaire de la balance commerciale agricole française. Une impasse phytosanitaire ne serait pas un problème de vigneron : ce serait un problème d’État.
La question du soutien institutionnel à la filière n’a jamais été aussi prégnante. Entre les restrictions phytosanitaires, la pression des marchés, les aléas climatiques (canicule, grêle, gel) et la hausse des coûts de production, les vignerons AOC évoluent dans un environnement de plus en plus contraint — sans que les outils réglementaires progressent au même rythme que les enjeux.
Qu’est-ce que ça change dans votre verre ?
À court terme, rien de spectaculaire. Mais à moyen terme, la réduction des outils phytosanitaires disponibles peut avoir des conséquences concrètes :
- Des millésimes plus aléatoires : sans protection efficace contre le mildiou, une saison pluvieuse peut ravager des récoltes entières. Le millésime 2026, déjà sous pression climatique (canicule extrême), aurait à se passer d’une partie des traitements usuels.
- Des prix en hausse : moins de récolte = moins de volume = mécaniquement des prix qui montent sur les cuvées en AOC.
- Un report vers le conventionnel moins contraint : paradoxalement, serrer les vis en bio pourrait décourager certains producteurs de poursuivre la démarche, si l’impasse productive devient trop fréquente.
Un appel à l’harmonisation européenne
La CNAOC ne demande pas un blanc-seing sanitaire : Anthony Brun est vigneron lui-même, en Cognac, et ne plaide pas pour un retour aux pratiques d’avant. Sa revendication est plus précise : que la France cesse d’être plus sévère que les textes européens, et que les distorsions de concurrence avec les producteurs italiens, espagnols ou portugais soient enfin prises en compte dans les arbitrages de l’ANSES.
Un sujet à surveiller de près — surtout si vous aimez vos appellations préférées à des prix raisonnables.
FAQ — Phytosanitaires et vin : les questions fréquentes
Pourquoi le cuivre est-il si important pour la vigne ?
Le cuivre est l’un des seuls fongicides autorisés en agriculture biologique contre le mildiou (Plasmopara viticola), la maladie fongique la plus destructrice de la vigne. Sans produit de substitution homologué, son retrait laisse les vignerons bio — et parfois conventionnels — sans solution efficace lors des printemps et étés humides.
Combien de produits phytosanitaires la France a-t-elle retirés en 2025 ?
L’ANSES a interdit 17 spécialités à base de cuivre en 2025, selon la CNAOC-Maison des Vignerons. La France était déjà parmi les pays européens les moins bien équipés avant ces retraits, ce qui amplifie l’impact de chaque nouvelle décision de l’agence sanitaire.
Les vins AOC français sont-ils menacés par ces restrictions ?
À court terme, non. Mais à moyen terme, une impasse phytosanitaire récurrente peut entraîner des pertes de récolte plus fréquentes, une hausse des prix et un risque sur la compétitivité des vins français face à des producteurs européens mieux équipés. La filière AOC pèse 92 milliards d’euros de chiffre d’affaires.
Quelle est la position de la CNAOC face à l’ANSES ?
La CNAOC-Maison des Vignerons ne demande pas la suppression des contrôles sanitaires, mais une harmonisation avec les standards européens. Elle pointe une distorsion de concurrence : les vignerons français sont soumis à des restrictions plus sévères que leurs homologues italiens ou espagnols, qui produisent dans des conditions climatiques similaires avec des boîtes à outils phytosanitaires plus complètes.
Sources : Vitisphere — Anthony Brun, CNAOC-Maison des Vignerons (26 juin 2026) · UGVC — Chiffres clés filière vigne et vin 2026







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