Affaire Castel : ce qu'il faut retenir
- Romy Castel, 52 ans, fille du fondateur Pierre Castel, a tenté de révoquer le DG Grégory Clerc lors d’une AG à Singapour le 30 juin 2026
- Malgré 97 % des droits de vote revendiqués, les votes n’ont pas été enregistrés — Clerc reste directeur général
- Quatre jours plus tôt, le 26 juin, Romy et Alain Castel avaient déjà été évincés de leurs mandats chez Castel-Vins
- La famille craint une vente du pôle vin : 23 domaines, 6 négoces, dont Château Beychevelle et Baron de Lestac
- Une nouvelle assemblée générale est convoquée pour fin janvier 2027
Jeudi 30 juin 2026, à Singapour, une assemblée générale extraordinaire devait tout changer. Romy Castel, 52 ans, fille du fondateur Pierre Castel, s’y présentait avec ce qu’elle revendique comme 97 % des droits de vote pour révoquer le directeur général Grégory Clerc. Résultat : échec. Selon Bloomberg, les votes de la famille n’ont pas été enregistrés lors de la séance. Clerc reste aux commandes d’un empire à 4,82 milliards d’euros de chiffre d’affaires — et la famille Castel sort de cette journée plus divisée que jamais.
Qui est Romy Castel, l’héritière que l’on méconnaissait ?
Jusqu’à cette semaine, peu de gens connaissaient Romy Castel. La fille de Pierre Castel — fondateur en 1949 du groupe éponyme, premier négociant vitivinicole français — avait toujours évolué dans l’ombre du patriarche, dans une discrétion assumée. La voilà contrainte à la lumière.
Elle a 52 ans, travaille pour le groupe familial depuis des années, et se présente désormais comme « la seule garante des valeurs de son père ». Officiellement, elle était administratrice de Castel-Vins — jusqu’à ce que ce mandat lui soit retiré le 26 juin par DF Holding, la structure de contrôle luxembourgeoise du groupe. Quatre jours à peine avant son coup de force raté à Singapour.
Sa position dans cette guerre de gouvernance : Grégory Clerc, nommé directeur général par Pierre Castel lui-même en octobre 2023, trahirait l’esprit du fondateur en s’arrogeant des pouvoirs qui auraient dû revenir à la famille. « Comment celui qui prétend incarner les valeurs de mon père peut-il en révoquer la fille ? », a-t-elle déclaré à la presse.

Le coup de force raté : 97 % des droits, et pourtant
Le 30 juin 2026, l’Investment Beverage Business Management (IBBM) — société singapourienne qui contrôle une partie des actifs du groupe — tient son assemblée générale extraordinaire. Romy Castel et son allié, Alain Castel (neveu du fondateur, écarté lui aussi de D.F. Holding le 8 décembre 2025), s’y présentent avec ce qu’ils estiment être 97 % des droits de vote.
Leur objectif : obtenir la révocation de Grégory Clerc en bonne et due forme, mettre fin à quatre ans d’un bras de fer juridique et médiatique entre la famille du fondateur et le management professionnel qu’il avait lui-même mis en place.
Résultat : échec. Selon Bloomberg, les votes de la famille n’ont pas été enregistrés lors de la séance. Grégory Clerc demeure directeur général du groupe Castel. Une nouvelle assemblée générale est d’ores et déjà convoquée pour fin janvier 2027.
Comment une famille revendiquant 97 % des droits de vote peut-elle échouer à faire enregistrer ses votes lors d’une AG extraordinaire ? Les procédures singapouriennes, le statut exact de l’IBBM et la légitimité des différents acteurs à voter font l’objet de contentieux en cours. Le dénouement est attendu à la prochaine AG de janvier 2027.
La peur qui motive tout : vendre le pôle vin à la découpe ?
Ce qui anime réellement Romy Castel, c’est une crainte. Dans ses déclarations à la presse (Vitisphere, Paperjam), l’héritière accuse Grégory Clerc de vouloir « à terme, vendre ce pôle vin ». Le pôle en question, c’est un patrimoine considérable :
- 23 domaines viticoles
- 6 maisons de négoce
- 3 distributeurs
- Dont Château Beychevelle (Saint-Julien, 4e Grand Cru Classé), Baron de Lestac (leader des Bordeaux en grande distribution), Barton & Guestier, Maison Nicolas et Patriarche
DF Holding, la structure de contrôle, dément « catégoriquement toute allégation relative à une cession éventuelle du pôle vins ». Mais la dénégation ne suffit pas à convaincre la famille, qui rappelle que la stratégie d’ancrage africain affichée par Clerc (bière, jus de fruits) ne dit rien de l’avenir de l’activité historique en France.
Pour les amateurs de grands vins de Bordeaux, cette incertitude sur l’avenir du pôle vin Castel mérite attention : si une cession devait intervenir, des dizaines de marques présentes dans tous les supermarchés français changeraient d’identité et potentiellement de philosophie de production.
Grégory Clerc, 39 ans : le juriste suisse que Pierre Castel lui-même a nommé
On retient souvent l’image d’une famille contre un dirigeant externe. La réalité est plus complexe. Grégory Clerc, 39 ans, avocat fiscaliste formé à Genève et Zurich, a été nommé directeur général par Pierre Castel lui-même en octobre 2023. Le fondateur l’avait rencontré comme conseiller fiscal et cofondateur d’un cabinet de conseil, avant de lui faire confiance pour piloter le groupe.
Sa stratégie affichée : « CEO de terrain », ancrage renforcé des activités africaines du groupe (qui représentent la majorité du chiffre d’affaires avec bière, jus de fruits et boissons), développement de l’empreinte locale sur le continent. C’est précisément ce que la famille interprète comme un désintérêt pour le patrimoine vitivinicole français.
Le paradoxe de toute l’affaire : Romy Castel s’oppose à un homme que son propre père a nommé, au nom des valeurs de ce même père. Une tension classique dans les successions familiales de grands groupes — et que le secteur du vin connaît bien, entre logique d’héritiers et rationalisation des conglomérats.
Pour resituer la chronologie complète de la crise Castel depuis le 26 juin, lire notre analyse : Castel Vins : Romy et Alain Castel évincés — coup de force chez le numéro un français du vin.
Que va-t-il se passer maintenant ?
L’affaire est loin d’être close. Les parties ont jusqu’à fin janvier 2027 pour trouver un accord ou préparer leur prochain affrontement en assemblée générale. Entre-temps, la bataille se poursuit sur plusieurs fronts :
- Judiciaire : procédures en cours à Singapour sur la légitimité des votes
- Médiatique : Romy Castel sort de sa discrétion, Clerc répond par voie de communiqués
- Actionnarial : DF Holding (Luxembourg) contrôle les mandats ; la famille conteste cette gouvernance
Pour les consommateurs de vin, cette guerre de palais change-t-elle quelque chose à la qualité des vins dans votre cave ? À court terme : non. Les équipes de vignerons des 23 domaines continuent leur travail, le millésime 2026 se fait sous canicule (comme pour tous les vignobles français) et les marques restent en rayon.
À plus long terme, si une cession du pôle vin intervenait, des actifs aussi symboliques que Château Beychevelle ou Baron de Lestac pourraient passer dans d’autres mains — avec toutes les incertitudes que cela implique sur la philosophie de production et les gammes de prix. Une histoire à suivre.
En attendant, si vous souhaitez explorer les grands Bordeaux sans vous perdre dans les batailles d’actionnaires, notre sélection de box vin guidées vous propose les meilleures bouteilles choisies par des passionnés.
Vos questions sur l’affaire Castel
Qui est Romy Castel et quel est son lien avec le groupe Castel ?
Romy Castel, 52 ans, est la fille de Pierre Castel (1918-2021), fondateur en 1949 du premier groupe vitivinicole français. Jusqu’à cette semaine dans la discrétion, elle se présente désormais publiquement comme « la seule garante des valeurs de son père » et cherche à reprendre le contrôle de la gouvernance que lui dispute le directeur général Grégory Clerc, nommé par son propre père en 2023.
Que s’est-il passé à l’assemblée générale de Singapour le 30 juin 2026 ?
L’assemblée générale extraordinaire de l’Investment Beverage Business Management (IBBM), filiale singapourienne du groupe Castel, s’est tenue le 30 juin 2026. Romy et Alain Castel y ont tenté de faire révoquer le DG Grégory Clerc, revendiquant 97 % des droits de vote. Échec : selon Bloomberg, leurs votes n’ont pas été enregistrés. Clerc reste DG et une nouvelle AG est convoquée pour fin janvier 2027.
Pourquoi la famille Castel veut-elle évincer Grégory Clerc ?
La famille craint principalement que Clerc ne vende à terme le pôle vin du groupe (23 domaines, 6 négoces dont Château Beychevelle et Baron de Lestac). DF Holding dément catégoriquement toute intention de cession. Il y a aussi un conflit de pouvoir plus profond : la famille héritière veut des droits décisionnels, pas seulement le statut de bénéficiaires d’une structure de trust gérée par un manager professionnel.
Quels vins et domaines appartiennent au pôle vin Castel ?
Le groupe Castel possède 23 domaines viticoles, 6 maisons de négoce et 3 distributeurs en France. Son portefeuille inclut Château Beychevelle (Saint-Julien, 4e Grand Cru Classé), Baron de Lestac (leader des Bordeaux en grande distribution), Barton & Guestier, Maison Nicolas, Patriarche et Listel, entre autres. C’est ce patrimoine que la famille cherche à protéger d’une éventuelle cession.
Sources : Paperjam (30 juin 2026) ; Vitisphere n°106931 (30 juin 2026) ; Vitisphere n°106927 (26 juin 2026).
Crédits photos : Photo principale — Château Beychevelle (aile) © PA / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0). Photo corps — Vignes et horizon, Médoc © Château Fourcas Hosten / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0).







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