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Vignobles de Moulis-en-Médoc, Gironde — crise viticole Bordeaux

Bordeaux sous les 3 millions d’hectolitres : la crise de commercialisation s’installe

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Bordeaux en crise : ce qu'il faut savoir

  • 2,992 millions d’hectolitres vendus en 2025-2026 : sous la barre historique des 3 millions pour la première fois depuis des décennies
  • Le volume a chuté de 11 % sur les 12 derniers mois (à fin avril 2026)
  • L’AOC Bordeaux Rouge perd 17 % en un an ; son volume a été divisé par deux en 10 ans
  • La filière stocke encore 20,8 mois de commercialisation, soit le double du niveau normal
  • Nouveau leadership à l’ODG Bordeaux : Bernard Farges revient pour piloter la sortie de crise, Jacquin battu

Ce chiffre était redouté depuis des mois. La filière vins de Bordeaux a officiellement franchi, en 2025-2026, une barre que personne n’avait vu tomber depuis l’ère moderne : moins de 3 millions d’hectolitres vendus sur douze mois. Les données arrêtées à fin avril 2026 par le CIVB (Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux) confirment un niveau de 2,992 millions d’hectolitres, en recul de 11 % sur un an. Et pour ceux qui espéraient une embellie imminente, la directrice Stéphanie Sinoquet est sans détour : « Il n’y a aucun signe de reprise dans les chiffres de commercialisation. »

Le même jour, une élection à la tête de l’ODG (Organisme de Défense et de Gestion) des vins AOC Bordeaux venait confirmer le souhait de la filière de tourner une page : le camp de Bernard Farges a largement défait celui de Michel-Éric Jacquin lors du scrutin du 26 juin 2026. Un signal politique fort dans une région qui cherche ses repères.

2,992 millions d’hectolitres : un seuil symbolique franchi dans le mauvais sens

Pour mesurer l’ampleur de la chute, il faut remettre les chiffres en perspective. En 1998, au pic de la notoriété mondiale des vins de Bordeaux, la filière écoulait 6,4 millions d’hectolitres par an. En 2025-2026, ce volume est inférieur de 53 % à ce sommet. Même comparé au niveau post-gel de 1991 (4,8 millions d’hl), le recul est massif. La comparaison est brutale, mais elle traduit une réalité structurelle : la consommation de vin rouge, et de Bordeaux en particulier, décroche partout dans le monde.

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Les statistiques publiées par le CIVB révèlent en détail :

  • AOC Bordeaux Rouge : 884 000 hl sur la campagne, soit −17 % en un an. Sur dix ans, le volume a été divisé par deux.
  • Coefficient de stockage : 20,8 mois fin de campagne 2025-2026, contre 10 mois en 2017-2018. La filière stocke encore l’équivalent de presque deux ans de commercialisation.
  • Prix du vrac : autour de 900 € la barrique, stable sur un an, mais à des niveaux historiquement bas. Michel-Éric Jacquin évoque lui-même des prix « très, très bas ».
  • Stock prévisionnel fin campagne : environ 1,5 million d’hectolitres.

La conjonction de ces trois indicateurs dessine un tableau préoccupant : la filière produit moins (arrachages, distillation de crise, petites récoltes) mais les stocks restent élevés parce que les ventes ne repartent pas. C’est la double peine. Vous pouvez retrouver notre analyse de l’effondrement du foncier bordelais — vignes descendues à 6 500 €/ha — pour comprendre à quel point la pression touche l’ensemble de la chaîne de valeur.

Le rouge bordelais, victime d’un effondrement structurel

Derrière les chiffres bruts, trois mécanismes se superposent pour expliquer cette hémorragie :

1. Le déclin tendanciel de la consommation de vin rouge. Ce n’est pas spécifique à Bordeaux : dans toute l’Europe et aux États-Unis, la génération des 25-40 ans boit moins de rouge et se tourne vers les vins blancs, les vins effervescents, ou les boissons alternatives. Or, Bordeaux représente du rouge pour 80 % de ses volumes.

2. Les incertitudes géopolitiques. Les marchés d’exportation — Chine, États-Unis, Royaume-Uni — sont soit fermés, soit instables. Les droits de douane américains (15 % maintenus depuis l’accord Turnberry de mai 2026, duquel le vin avait été exclu) pèsent sur les expéditions outre-Atlantique. La Chine, qui avait été le grand espoir des années 2010, a drastiquement réduit ses importations de vins français.

3. Le pouvoir d’achat des consommateurs. Les vins de Bordeaux, même entrée de gamme, souffrent d’une image-prix parfois inadaptée à une période où les consommateurs arbitrent chaque dépense. Paradoxe : les prix de gros sont à la cave — mais ce signal ne se retrouve pas toujours en rayon.

Pour 2026, la filière a maintenu les restrictions de rendement de 2025, gelé les cotisations professionnelles (1,2 million d’euros prévus, soit −18 % par rapport à 2025), et interdit toute nouvelle autorisation de plantation. La sobriété s’impose comme seule stratégie disponible. Retrouvez aussi notre analyse du millésime 2025 à Bordeaux — paradoxalement, une petite récolte aux jolis vins frais qui mérite d’être découverte.

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Élection à l’ODG Bordeaux : Bernard Farges reprend la main

Le 26 juin 2026, les producteurs de l’appellation AOC Bordeaux étaient appelés à voter pour renouveler leur bureau. Trente candidats briguaient 18 postes. Résultat sans appel : l’équipe de Bernard Farges a défait celle de Michel-Éric Jacquin, président sortant depuis un an, qui a lui-même échoué à se faire réélire.

Cette victoire de Farges — ancien président de l’ODG (2006-2013, puis 2016-2019) et actuel président du CIVB — envoie un signal clair : la filière préfère un profil de gestionnaire expérimenté à un novateur controversé. Jacquin avait tenté d’imposer des idées radicales pendant son mandat : création d’une IGP Bordeaux, appellations par cépage (Chardonnay, Syrah), relèvement du taux de sucre résiduel. Des propositions perçues comme déstabilisatrices dans un contexte déjà très fragile.

Le retour de Farges, accompagné d’Hervé Grandeau et Stéphane Gabard, incarne une volonté de stabiliser l’interprofession avant d’envisager toute reconversion. Reste à savoir si la stabilité sera suffisante face à une crise aussi profonde. Rappelons que la Bordeaux Fête le Vin 2026 avait déjà été annulée — un autre signe des temps pour la capitale du vin mondial.

💡 Ce que ça change pour vous, amateurs de vin
La crise commerciale bordelaise a un envers : les prix en caviste et en grande surface ont rarement été aussi compétitifs sur les appellations d’entrée et milieu de gamme (Bordeaux, Bordeaux Supérieur, Blaye, Bourg). C’est le moment idéal pour découvrir — ou redécouvrir — des étiquettes solides à moins de 10 €. Une box de vins vous permet de recevoir des sélections rigoureuses en profitant de ces prix bas.

Questions fréquentes sur la crise des vins de Bordeaux

Pourquoi les vins de Bordeaux se vendent-ils moins bien ?

Plusieurs facteurs structurels s’additionnent : déclin général de la consommation de vin rouge (notamment chez les jeunes générations), marchés d’exportation instables (Chine, États-Unis), pouvoir d’achat des consommateurs en berne, et image-prix parfois inadaptée. Ce n’est pas une crise passagère mais une transformation durable du marché. La filière n’a pas encore trouvé de modèle alternatif crédible.

Que signifie le coefficient de stockage de 20,8 mois ?

C’est le nombre de mois nécessaires pour écouler le stock actuel au rythme des ventes. En 2017-2018, ce coefficient était de 10 mois — un niveau sain. À 20,8 mois, la filière stocke deux fois plus que la normale, ce qui maintient des pressions à la baisse sur les prix de gros et décourage tout investissement dans la région.

Qui est Bernard Farges et pourquoi son retour est-il important ?

Bernard Farges est une figure historique du vignoble bordelais, ancien président de l’ODG (2006-2013, 2016-2019) et actuel président du CIVB. Son retour à la tête de l’ODG Bordeaux AOC signale que la filière préfère stabiliser l’organisation plutôt que la réformer en profondeur dans l’immédiat. Un choix de prudence face à la tempête économique.

Sources : Vitisphere n°106933 et Vitisphere n°106932 (27 juin 2026) — données CIVB campagne 2025-2026 (à fin avril 2026). Photo : Medocpleinsud / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0).

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Jérémy Degryse

À propos de l'auteur

Jérémy Degryse

Grenoblois de 31 ans, passionné de vin depuis que je suis en âge d'en boire (et même un peu avant 🤫), j’adore chiner des pépites en ligne, déguster un bon Bo...

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