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Château Beychevelle à Saint-Julien, propriété emblématique du groupe Castel Vins, numéro un français du vin

Castel Vins : Romy et Alain Castel évincés — coup de force chez le numéro un français du vin

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L'essentiel sur la crise Castel Vins

  • Romy et Alain Castel révoqués de leur mandat d’administrateur ce vendredi 26 juin 2026
  • Castel Vins = 350 millions de bouteilles/an, 680 M€ de CA, 23 châteaux — numéro un français
  • Marques touchées : Beychevelle, Maison Nicolas, Listel, Barton & Guestier, Patriarche
  • Grégory Clerc reste directeur général du groupe ; Alain Castel conserve son poste de DG de Castel Vins
  • DF Holding (Luxembourg) invoque une « rupture de confiance irréversible » — crise depuis décembre 2025

Vendredi 26 juin 2026, une assemblée d’actionnaires a voté la révocation de Romy Castel (51 ans, fille du fondateur) et d’Alain Castel (65 ans, son cousin) de leur mandat d’administrateur de Castel Vins. Derrière cet acronyme corporate se cache l’un des colosses discrets du vin français — celui qui embouteille 350 millions de bouteilles par an, possède le Château Beychevelle, distribue dans 165 pays et dont les marques trônent dans vos supermarchés depuis des décennies. Voici ce qui se passe dans les coulisses.

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Castel : le géant discret qui met du vin dans votre cave

Fondée en 1949 à Bordeaux par Pierre Castel — 99 ans au compteur —, la Maison Castel est le numéro un européen du vin. Les chiffres donnent le vertige : 350 millions de bouteilles vendues chaque année, un chiffre d’affaires de 680 millions d’euros pour la seule division vins, 23 châteaux et domaines, 6 maisons de négoce, 43 000 employés dans le groupe global.

Derrière ces chiffres, des noms que vous connaissez peut-être sans le savoir : Château Beychevelle (Saint-Julien, Médoc), Patriarche (Bourgogne), Barton & Guestier (le plus vieux négociant bordelais encore actif), Listel (le rosé du Languedoc), Tannico (la cave en ligne italienne) — et surtout Maison Nicolas, l’enseigne qui depuis octobre 2025 a rebaptisé son réseau de 500 cavistes en France.

Le siège de Castel Vins se trouve à Blanquefort, en Gironde, avec un détail qui dit tout sur la démesure du groupe : son chai souterrain est le plus grand d’Europe — 8 800 m², soit la surface de la basilique Saint-Pierre de Rome, avec 40 000 barriques de chêne américain et l’équivalent de dix millions de litres de Malesan et Baron de Lestac.

Bouteilles de Bordeaux en caisse dans un magasin de vins — les marques Castel Vins présentes dans des milliers de points de vente
Les vins du groupe Castel sont présents dans des milliers de points de vente en France et à l’international. © Berndt Fernow / domaine public

Le 26 juin 2026 : ce qui s’est passé exactement

Ce vendredi, l’assemblée d’actionnaires de Castel Vins s’est réunie sur convocation de DF Holding SA, la société luxembourgeoise qui détient 99,99 % du capital. L’ordre du jour était sans appel : révoquer Romy et Alain Castel de leurs mandats d’administrateurs, et les remplacer par DF Holding SA et Jean-Charles Morisseau.

La holding a justifié cette décision par des « actions incompatibles avec les intérêts du groupe et une bonne gouvernance », invoquant une « rupture de confiance irréversible » et « plusieurs difficultés affectant la division vins, couvrant des enjeux stratégiques, financiers, industriels et commerciaux ». Selon Bloomberg, qui a rapporté l’information le 26 juin, Philippe et Sylvie Castel ont voté contre les révocations — sans succès.

Un point important souvent mal compris : Alain Castel conserve son poste de directeur général de Castel Vins. C’est uniquement son mandat d’administrateur au conseil qui est révoqué. Romy Castel, elle, perd son siège au conseil d’administration.

Grégory Clerc versus la famille Castel : la vraie histoire

Pour comprendre ce vote du 26 juin, il faut remonter à l’automne 2025. Le 9 décembre 2025, Alain Castel est démis de ses mandats au sein du groupe, sans explication officielle. En réaction, Romy et Alain forment un front familial contre Grégory Clerc — le directeur général du groupe depuis plusieurs années, 41 ans, qui a progressivement concentré 31 mandats au sein des différentes entités du groupe.

Le 8 janvier 2026, une assemblée extraordinaire est convoquée pour voter la révocation de Clerc. Résultat : il survit. Dans une interview à Vitisphère, il qualifie alors le conflit de « crise de gouvernance » au niveau de la holding, sans lien avec les opérations viticoles. Les désaccords portent sur des « orientations stratégiques privilégiant une logique financière au détriment du développement industriel » selon la famille — et aussi sur la cession de parts dans Sosucam, la filiale sucrière camerounaise du groupe.

Six mois plus tard, le rapport de force a basculé : c’est la famille qui est évincée du conseil, pas Clerc.

Et vos bouteilles dans tout ça ?

La question que se posent naturellement les amateurs — et les professionnels de la filière : ce séisme interne va-t-il impacter la qualité des vins, l’approvisionnement, les prix ?

La réponse, au moins à court terme, est non. Grégory Clerc a été clair : les opérations viticoles ne sont pas touchées. Le Château Beychevelle continue sa vinification, Patriarche ses cuvées de Bourgogne, Maison Nicolas ses 500 points de vente. Alain Castel, rappelons-le, reste directeur général de Castel Vins et conserve la supervision de 1 400 hectares de vignes, 40 lignes d’embouteillage et 2 500 vignerons partenaires.

Mais nuançons. Une guerre familiale au sommet d’un groupe qui pèse des centaines de millions d’euros génère une incertitude stratégique réelle. En 2026, Bordeaux traverse une crise foncière historique — prix des vignobles en chute de 25 à 43 % selon les appellations — et Castel y possède des actifs considérables. L’instabilité au sommet ne facilite pas les décisions d’investissement, les négociations commerciales, ni l’attraction des talents.

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Une filière déjà sous pression de tous côtés

Cette crise de gouvernance n’arrive pas dans le calme plat. La filière vin française enchaîne les chocs en 2026 :

  • Millésime 2026 perturbé par une canicule exceptionnelle, avec des vendanges qui s’annoncent parmi les plus précoces jamais enregistrées
  • Bordeaux en contraction avec des plans d’arrachage massifs (−35 % de vignes à terme) et un surstock de 30 mois de vin invendu
  • Restrictions phytosanitaires (cuivre, fongicides ANSES) qui plongent les vignerons AOC dans l’impasse productive
  • Champagne dont les volumes reculent pour la troisième année consécutive, pendant que le Crémant poursuit sa percée

Dans ce contexte, voir le numéro un français se déchirer en interne est un signal qui dépasse le corporate drama. C’est peut-être aussi le signe que même les géants du vin ne sont plus à l’abri des turbulences structurelles. Le millésime 2026 s’annonce comme un grand cru malgré tout — mais les hommes qui décideront d’en tirer parti ne sont, ce soir, plus les mêmes.

Sources : Vitisphère (26 juin 2026, actualité n°106927), Bloomberg (26 juin 2026, « Castel Empire Is Roiled by Heirs’ Ouster from Historic Wine Unit »), Vitisphère (article n°105799, « Une crise de gouvernance secoue le groupe Castel »). Photos : Château Beychevelle — PA / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0) ; Bouteilles de Bordeaux — Berndt Fernow / domaine public.

Questions fréquentes sur la crise Castel Vins

Castel Vins est-il en difficulté financière ?

Il ne faut pas confondre crise de gouvernance et difficulté financière. DF Holding, qui contrôle Castel Vins, évoque des « difficultés strategiques, financières, industrielles et commerciales » pour justifier la révocation des Castel du conseil — mais sans chiffres publiés ni procédure de restructuration. Le groupe reste le numéro un européen du vin par volumes (350 millions de bouteilles/an) et opère dans 165 pays.

Que va devenir la Maison Nicolas ?

Maison Nicolas (rebaptisée en octobre 2025, ex-caviste Nicolas) est une filiale de Castel Vins opérationnelle indépendamment des décisions du conseil d’administration. Ses 500 points de vente en France continuent de fonctionner normalement. La crise de gouvernance porte sur le niveau holding, pas sur les entités commerciales.

Qui est Grégory Clerc, l’homme qui garde les commandes ?

Grégory Clerc, 41 ans, est le directeur général du Groupe Castel. Il a progressivement concentré 31 mandats au sein des différentes entités du groupe, ce qui lui a valu les critiques de la famille Castel. Après avoir survécu à la tentative de révocation de janvier 2026, il sort renforcé de ce nouveau vote du 26 juin. Il reste également directeur général de Castel Vins, coiffant ainsi à la fois la holding et la division vins.

Qu’est-ce que DF Holding, l’entité qui a voté la révocation ?

DF Holding SA est la société luxembourgeoise qui détient 99,99 % du capital de Castel Vins. C’est la structure de tête du Groupe Castel, qui chapeaute également les activités de bières et boissons en Afrique. Grégory Clerc en est le directeur général. La famille Castel (Pierre, Romy, Alain, Philippe, Sylvie) ne contrôle plus directement les décisions au niveau de cette holding — raison pour laquelle le vote du 26 juin a pu passer contre leur gré.

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Jérémy Degryse

À propos de l'auteur

Jérémy Degryse

Grenoblois de 31 ans, passionné de vin depuis que je suis en âge d'en boire (et même un peu avant 🤫), j’adore chiner des pépites en ligne, déguster un bon Bo...

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