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Vignes du Languedoc, Hérault - vignoble au pied du Pic de Vissou

7 jeunes Gen Z pour remplacer 1 buveur de 65 ans : pourquoi les IGP misent tout sur le vin sans alcool

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📌 En bref

  • Il faudrait 7 jeunes consommateurs de la Gen Z pour compenser la consommation d’un seul buveur de vin de 65 ans
  • La Fédération IGP Hérault a déposé un nouveau cahier des charges début 2026 pour intégrer les vins désalcoolisés dans les IGP
  • Le marché du vin désalcoolisé en France croît de +15 à 20 % par an (NielsenIQ/Kantar France)
  • Au Domaine de l’Arjolle (IGP Côtes de Thongue), 1 bouteille sur 3 est désalcoolisée
  • La désalcoolisation est autorisée pour les IGP depuis 2014 — mais le cadre réglementaire reste à déverrouiller

Les chiffres font froid dans le dos. Selon la Confédération nationale des IGP, il faudrait sept jeunes de la génération Z pour compenser, en volume, la consommation de vin d’une seule personne de 65 ans. Dit autrement : quand un consommateur traditionnel cesse de boire du vin, il n’en faut pas un pour le remplacer. Il en faut sept. Et encore, en partant du principe que ces sept jeunes décident un jour d’en boire — ce qui est loin d’être acquis.

Face à cette arithmétique brutale, une partie de la filière viticole a décidé de ne pas attendre. Les indications géographiques protégées (IGP), qui représentent plus d’un tiers de la production viticole française, ont trouvé leur réponse : parier sur le vin désalcoolisé pour toucher des consommateurs qui, autrement, passeraient leur chemin devant le rayon vin.

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La démographie du vin, une bombe à retardement

La consommation de vin en France recule depuis des décennies. Les plus de 60 ans boivent régulièrement, souvent quotidiennement — un verre ou deux avec le repas, par habitude culturelle ancrée. La Gen Z, elle, consomme de façon occasionnelle et beaucoup plus modérée, quand elle consomme. Le fossé entre ces deux profils n’est pas juste générationnel : il est structurel.

Gérard Bancillon, président de la Confédération nationale des IGP, ne mâche pas ses mots : « Nous ne pouvons pas continuer à compter uniquement sur des consommateurs qui vieillissent. » La filière doit aller chercher de nouveaux buveurs là où ils sont — et en 2026, une fraction croissante de cette cible potentielle s’intéresse au no/low alcool non par principe anti-vin, mais par choix de vie.

Ce n’est pas un phénomène franco-français. Le marché mondial du no/low alcool croît de +7 % par an selon l’IWSR. En France, la croissance est encore plus marquée pour le vin spécifiquement : +15 à 20 % par an (NielsenIQ/Kantar France). Ces chiffres auraient semblé improbables il y a dix ans. Ils sont désormais la réalité commerciale.

L’exemple qui inspire : l’Arjolle et sa bouteille sur trois

François Teisserenc, du Domaine de l’Arjolle (IGP Côtes de Thongue, Hérault), est l’un des pionniers. Son domaine produit aujourd’hui 300 000 bouteilles de vin désalcoolisé par an. La stat qui résume tout : une bouteille sur trois qu’il expédie est désalcoolisée. Pas low-alcool, pas « light » : véritablement désalcoolisée.

Ce qui retient l’attention, c’est la façon dont il décrit ses nouveaux clients. Ils n’abandonnent pas le vin traditionnel — ils achètent en plus. Les vins désalcoolisés ouvrent un accès à des occasions de consommation jusque-là vides : le déjeuner pro, la soirée en voiture, la grossesse, le sport. « Ce ne sont pas des vins de substitution, ce sont des vins d’addition », résume-t-il.

Sur le plan économique, la désalcoolisation coûte environ 1 € de plus par bouteille — un surcoût absorbable en positionnant le produit correctement. Et nutritionnellement, un vin désalcoolisé contient 2,5 fois moins de sucre qu’une canette de soda. Un argument marketing pas inintéressant.

Les IGP veulent changer les règles du jeu

La désalcoolisation des vins IGP est légalement autorisée en France depuis 2014 — mais dans un cadre réglementaire qui n’a pas suivi l’évolution du marché. Pierre Calmel, président de la Fédération IGP Hérault, a déposé début 2026 un nouveau cahier des charges visant à intégrer officiellement les vins désalcoolisés et effervescents dans les IGP régionales. Une démarche qui devra passer devant le comité de l’INAO, présidé par Éric Paul.

La subtilité réglementaire est importante : la désalcoolisation est autorisée jusqu’à 6 % d’alcool résiduel pour les IGP — ce qui permet un vrai vin « modéré en alcool » mais pas forcément un « sans alcool » au sens strict (généralement < 0,5 % vol). L’enjeu du nouveau cahier des charges est précisément d’élargir ce plafond et de clarifier le statut commercial de ces produits sous l’identité géographique.

La France a par ailleurs choisi de ne pas demander la désalcoolisation totale dans le wine package européen prévu pour septembre 2027 — un positionnement politique prudent, qui laisse ouvertes des marges d’évolution nationales.

Gamme de vins sans alcool du Domaine de l'Arjolle - cuvées Équilibre blanc, rosé, rouge et mousseux Zero, IGP Côtes de Thongue
La gamme de vins sans alcool du Domaine de l’Arjolle (IGP Côtes de Thongue) : cuvées Équilibre et mousseux Zéro. 1 bouteille sur 3 expédiée par le domaine est désalcoolisée. © Domaine de l’Arjolle

Les vins effervescents, rois du sans-alcool

Une tendance ressort clairement des données commerciales : les vins désalcoolisés effervescents performent mieux que les tranquilles. Les bulles masquent les défauts sensoriels liés à la désalcoolisation (légère oxydation, perte d’arômes) et s’inscrivent dans des occasions festives où l’alternative principale était jusqu’ici le jus de raisin ou la limonade. Le créneau de l’apéritif sans alcool — coquetel, fête, soirée — est immense et peu concurrencé par des vins de qualité.

C’est aussi pour ça que le cahier des charges soumis par la Fédération IGP Hérault intègre explicitement les effervescents dans son périmètre. Un crémant ou un pétillant IGP désalcoolisé, c’est un produit qui peut s’asseoir à une table de réveillon ou de mariage sans faire tache. Et pour l’amateur de vin qui est désigné conducteur, c’est une vraie bouée de sauvetage sociale.

À retenir : Le vin désalcoolisé ne cannibalise pas les ventes de vin traditionnel. Les données terrain (Domaine de l’Arjolle notamment) montrent que les deux segments coexistent et se complètent. Les occasions de consommation ne sont pas les mêmes.

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Ce que ça change pour les amateurs

Pour toi, en tant qu’amateur de vin, cette évolution est une bonne nouvelle à double titre. D’abord, la filière innove pour se maintenir — ce qui, à terme, profite à la diversité des produits disponibles. Ensuite, les vins désalcoolisés de qualité sont encore rares mais en progression constante. Les IGP du Languedoc sont en avance sur ce créneau — à surveiller si tu cherches une alternative sérieuse pour des occasions spécifiques.

À noter aussi que la crise viticole générale — +32 % de faillites en 2026 rien qu’à Bordeaux — pousse les vignerons à explorer tous les leviers. Le désalcoolisé en est un. L’arrachage de 27 926 hectares de vignes, validé par Bruxelles, en est un autre — mais irréversible. Le désalcoolisé, lui, peut coexister avec une production traditionnelle.

Si tu t’intéresses à la révolution du vin sans alcool en France, cette évolution réglementaire des IGP est l’une des plus structurantes. Elle déterminera si les vins désalcoolisés pourront un jour porter fièrement le nom de leur terroir — ou resteront des produits génériques.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’un vin IGP désalcoolisé ?

Un vin IGP désalcoolisé est un vin produit selon un cahier des charges géographique (Indication Géographique Protégée), dont l’alcool a ensuite été partiellement ou totalement retiré par procédé technologique (distillation sous vide, osmose inverse, évaporation par contact). En France, la désalcoolisation est autorisée depuis 2014 pour les IGP jusqu’à 6 % d’alcool résiduel. Le cahier des charges proposé en 2026 vise à élargir ce cadre.

Le vin désalcoolisé a-t-il bon goût ?

La qualité des vins désalcoolisés a considérablement progressé depuis 2020. Les défauts classiques (légère oxydation, perte d’arômes volatils) persistent, mais les procédés modernes, notamment l’évaporation par contact, préservent mieux la structure aromatique. Les versions effervescentes (pétillants, crémants) sont généralement plus réussies que les tranquilles, car les bulles masquent ces légers défauts sensoriels. À titre indicatif, François Teisserenc (Arjolle) écoule 1 bouteille sur 3 en désalcoolisé — ce qui suppose une vraie satisfaction consommateur.

Quel est le prix d’un vin IGP désalcoolisé ?

Le surcoût de la désalcoolisation est d’environ 1 € par bouteille selon les opérateurs. En pratique, un vin IGP désalcoolisé de qualité se vend entre 8 et 18 € en circuit spécialisé, soit un positionnement légèrement supérieur à son équivalent alcoolisé. Ce surcoût est généralement bien accepté par les consommateurs, qui recherchent un produit à occasion spécifique (conduite, grossesse, régime, contexte pro) et qui valorisent le côté premium.

Crédits photos — Image à la une : Vignoble du Languedoc au pied du Pic de Vissou, Hérault, © Christian Ferrer, Wikimedia Commons, CC BY 4.0 — recadrée. Image corps : © Domaine de l’Arjolle (usage éditorial, arjolle.com).



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Jérémy Degryse

À propos de l'auteur

Jérémy Degryse

Grenoblois de 31 ans, passionné de vin depuis que je suis en âge d'en boire (et même un peu avant 🤫), j’adore chiner des pépites en ligne, déguster un bon Bo...

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