Pauillac, 30 avril 2026. Le Château Pontet-Canet a donné mercredi le coup d’envoi de la campagne des primeurs 2025 avec un prix de sortie négociant fixé à 58 € HT la bouteille, soit 2 € de moins que le millésime 2024. Une baisse modeste mais hautement symbolique : c’est le retour aux tarifs de 2019 pour ce 5e grand cru classé de Pauillac, dans un marché de la place de Bordeaux qui peine à retrouver ses acheteurs internationaux.
📌 En bref
- Prix de sortie négociant : 58 € HT (vs 60 € pour le 2024, soit -3,3 %)
- Prix de marché estimé : 72 € HT (légère hausse vs 70 € pour le 2024)
- Date de lancement : 30 avril 2026, premier des 5es Crus Classés à se déclarer
- Notes critiques : 100 Robert Parker, 98 James Suckling, 98 Vinous, 97 Decanter
- Livraison : attendue au 1er semestre 2028
Un retour aux tarifs de 2019, jugé « symboliquement significatif »
La baisse de 2 € paraît anecdotique sur le papier. Elle ne l’est pas dans le contexte actuel. Pontet-Canet, qui ouvre traditionnellement la campagne des primeurs depuis plusieurs années, donne le ton à toute la place de Bordeaux. Et le ton, cette année, est celui de la prudence : « c’est un lancement propre, mais pas gagné du tout », confie un négociant bordelais cité par Vitisphere.
Le château accepte volontairement une réduction de marge sur un millésime pourtant qualitativement très solide, afin de préserver celle des distributeurs et de redonner de l’oxygène au système des primeurs. Le prix de sortie de 58 € correspond exactement au tarif pratiqué pour le millésime 2019 — un point d’ancrage psychologique fort pour les acheteurs internationaux qui ont parfois reculé devant les hausses des deux derniers exercices.

Un marché des primeurs sous pression géopolitique et chinoise
Le contexte n’est plus celui de 2019. Selon les analyses de la presse spécialisée, plusieurs facteurs grippent la machine : conflit au Moyen-Orient qui freine les achats de la clientèle locale, prudence des grands réseaux américains qui stockent au compte-gouttes, et surtout désintérêt persistant de l’Asie pour les nouveautés bordelaises sans rabais d’au moins 15 à 20 % sous les millésimes récents déjà disponibles.
Plusieurs observateurs estiment qu’une baisse de l’ordre de 20 % aurait été nécessaire entre 2024 et 2025 pour véritablement relancer la dynamique de demande. À -3,3 %, Pontet-Canet envoie un signal mais ne déclenche pas le ressort. La suite du calendrier — où sont attendus dans les jours qui viennent les autres grands crus du Médoc, Saint-Émilion et Pessac-Léognan — dira si ce premier prix sert d’ancre vers le bas ou s’érode déjà.
💡 À retenir pour les amateurs
Acheter en primeurs reste un pari : vous bloquez un prix aujourd’hui sur un vin que vous recevrez en 2028. L’avantage tient à deux conditions cumulatives — un prix de sortie réellement attractif et un grand millésime. Le 2025 coche la deuxième case (notes critiques exceptionnelles), mais la première reste à confirmer sur l’ensemble des appellations dans les semaines qui viennent. Mieux vaut attendre la moitié de la campagne pour se positionner en connaissance de cause.
Pourquoi le 2025 fait l’unanimité de la critique
Sur le plan qualitatif, le 2025 de Pontet-Canet (assemblage 56 % cabernet sauvignon, 39 % merlot, 4 % cabernet franc, 1 % petit verdot) collectionne les notes hautes : 100/100 chez Robert Parker, 98 chez James Suckling et chez Vinous (Antonio Galloni), 97 chez Decanter. Jane Anson, longtemps voix critique de référence sur Bordeaux, lui accorde 96. Les dégustateurs notent un fruit pur (cassis, mûre sauvage, prune), une texture veloutée, et une signature aromatique très précise sur la violette et les épices douces. Le « millésime en 5 », comme on l’appelle déjà dans le Médoc, semble tenir ses promesses.
Pour situer Pontet-Canet dans son écosystème : c’est un cru atypique, l’un des rares 5es Grands Crus Classés certifié en biodynamie depuis 2010 (Demeter), avec une vinification en partie en amphores. Le prix de marché se positionne désormais entre les classés du Médoc et le bas de l’échelle des seconds crus, ce qui en fait l’un des rapports qualité-prix les plus surveillés de la rive gauche.

Trois signaux à surveiller dans les jours qui viennent
1. Les Premiers Crus suivront-ils ?
L’attention se porte désormais sur les sorties à venir de Margaux, Lafite, Latour, Mouton, Haut-Brion. Si elles s’alignent sur des baisses similaires (-3 à -5 %), la campagne sera tiède. Si elles vont plus loin (-10 % et plus), le marché redémarre.
2. La réaction américaine
Les grands réseaux US (Wine.com, K&L, Total Wine) sont en première ligne. Leurs achats de Pontet-Canet 2025 dans les 7 jours diront si le signal a été entendu — ou si la baisse est jugée insuffisante.
3. Le retour de l’Asie ?
Hong Kong et Singapour, longtemps moteurs de la spéculation primeurs, sont absents depuis trois campagnes. Une reprise des achats sur 2025 — même limitée — serait un signal fort. À ce stade, peu d’indices.
Ce que ça change pour vous, amateur en France
Concrètement, à 58 € HT (soit environ 70-75 € TTC départ négociant en France), le Pontet-Canet 2025 reste un placement plus qu’une bouteille de tous les jours. Pour découvrir Pauillac et le cabernet sauvignon bordelais à un budget plus accessible, mieux vaut explorer les seconds vins (Les Hauts de Pontet-Canet, Pagodes de Cos, Carruades de Lafite) ou les crus bourgeois exceptionnels du Médoc, qui offrent une lecture fidèle du millésime à des tarifs entre 20 et 40 €.
Pour aller plus loin, on peut consulter notre analyse du « millésime en 5 » de Bordeaux 2025, notre guide des millésimes par région, ou encore la fiche du cabernet sauvignon, cépage roi de Pauillac et colonne vertébrale de Pontet-Canet. Pour ceux qui préfèrent découvrir Bordeaux par étapes plutôt que par investissement, la box vin Vinabox propose chaque mois une sélection commentée de pépites accessibles.
Vos questions sur les primeurs Bordeaux 2025
Qu’est-ce que les primeurs Bordeaux concrètement ?
C’est un système de vente où l’on achète un vin encore en barrique, environ 18 à 24 mois avant sa mise en bouteille et sa livraison. Le millésime 2025 vendu en primeurs aujourd’hui sera livré au 1er semestre 2028. L’avantage théorique : un prix d’entrée plus bas que le tarif final en boutique. L’inconvénient : on engage du capital sur 2 à 3 ans sans pouvoir goûter le produit fini.
Pourquoi Pontet-Canet ouvre-t-il toujours la campagne ?
Le château a fait du « premier à sortir » sa signature stratégique depuis plusieurs millésimes. L’idée : donner un repère de prix à toute la place, capter l’attention médiatique, et engager l’écoulement avant que les acheteurs ne dispersent leur budget sur les Premiers Crus. C’est aussi une façon de cadrer le débat — un Pontet-Canet à -2 € invite mécaniquement les autres châteaux à ne pas augmenter.
Le 2025 est-il un grand millésime à Bordeaux ?
Sur la qualité, oui — la critique internationale (Decanter, Vinous, Robert Parker, Suckling, Anson) est unanimement enthousiaste, avec des notes situées entre 95 et 100/100 sur les meilleurs crus. Le millésime se distingue par une concentration élevée, une fraîcheur préservée et des tanins fins. Sur la quantité, en revanche, les volumes sont plus serrés que la moyenne décennale, ce qui complique l’équation prix/disponibilité.
Faut-il acheter Pontet-Canet 2025 maintenant ou attendre ?
Pour un amateur, attendre 2 à 3 semaines après la sortie permet de comparer avec les autres crus du Médoc et d’éviter les achats impulsifs. Pour un investisseur, le calcul est différent : Pontet-Canet 2025 noté 100 Parker à 58 € HT est mécaniquement bien positionné face aux 2018, 2019 et 2020 du même château, qui se négocient au-delà de 100 € la bouteille sur le marché secondaire.
Quelle différence avec le second vin Les Hauts de Pontet-Canet ?
Les Hauts de Pontet-Canet est issu des jeunes vignes (en général moins de 25 ans) et de parcelles qui n’entrent pas dans l’assemblage du grand vin. Il représente une porte d’entrée beaucoup plus accessible (entre 25 et 40 € selon les millésimes) et offre une vraie lecture du style maison : fruit pur, texture veloutée, signature biodynamique. C’est notre recommandation pour découvrir l’univers Pontet-Canet sans engager 60 € sur trois ans.
Quels sont les autres châteaux à surveiller dans les prochains jours ?
Les sorties les plus attendues : Cos d’Estournel et Montrose à Saint-Estèphe, Lynch-Bages et Pichon-Comtesse à Pauillac, Léoville-Las-Cases à Saint-Julien, Palmer à Margaux, et bien sûr les Premiers Crus (Lafite, Latour, Margaux, Mouton, Haut-Brion). Côté rive droite, Cheval Blanc, Ausone et Pétrus piloteront le calendrier de Saint-Émilion et Pomerol.
Découvrir Bordeaux autrement, sans investir 60 € sur 3 ans
La box vin Vinabox sélectionne chaque mois des pépites de Bordeaux et d’ailleurs, dégustées et commentées par notre équipe. Une vraie alternative aux primeurs pour explorer les terroirs sans s’engager sur 3 ans.
Découvrir la box →Sources principales : Vitisphere — Pontet-Canet ouvre les primeurs 2025 (30 avril 2026) · The Drinks Business — Pontet Canet kicks off en primeur 2025 (29 avril 2026) · Meilleurs Vins Bio (29 avril 2026) · Wein.plus — Bordeaux 2025 price reductions. Notes critiques : Robert Parker, Vinous, Decanter, James Suckling, Jane Anson.






