L'essentiel en 30 secondes
- Lalou Bize-Leroy reçoit le Hall of Fame 2026 de Decanter, annoncé le 2 octobre 2026 : la plus haute distinction du magazine britannique, décernée chaque année depuis 1984.
- Née Marcelle Leroy à Paris en 1932, elle a dirigé la Maison Leroy dès 1955, codirigé le Domaine de la Romanée-Conti de 1974 à 1992, puis fondé le Domaine Leroy et le Domaine d’Auvenay.
- Decanter salue surtout sa conversion à la biodynamie dès 1988, parmi les premières de Bourgogne, et des rendements de 15 à 16 hl/ha les bonnes années.
- Le prix Rising Star 2026 va aux Espagnols Ramiro Ibáñez et Willy Pérez, artisans du renouveau des vins de Jerez.
Il fallait bien que ça arrive un jour. Ce vendredi 2 octobre 2026, le magazine britannique Decanter a annoncé que Lalou Bize-Leroy entre dans son Hall of Fame, la récompense qui distingue chaque année depuis 1984 une figure ayant marqué le monde du vin. Après Nicolas Joly, pape de la biodynamie dans la Loire, en 2025, c’est donc une autre pionnière de cette viticulture qui est consacrée. Et pas n’importe laquelle : la femme dont les bouteilles du Domaine Leroy et du Domaine d’Auvenay comptent parmi les plus recherchées de la planète.
« Peu de vignerons ont eu un impact aussi durable sur la Bourgogne et, plus largement, sur le monde du vin », écrit Charles Curtis MW, correspondant de Decanter pour la Bourgogne, dans le long portrait publié dans le numéro d’octobre du magazine (citation traduite de l’anglais).
De la Maison Leroy à la Romanée-Conti, soixante-dix ans au sommet
Née Marcelle Leroy à Paris en 1932, « Lalou » n’a jamais voulu faire autre chose que travailler aux côtés de son père, Henri Leroy. La Maison Leroy, négociant fondé en 1868 par François Leroy, lui est confiée en 1955 : elle a 23 ans et achète déjà les vins de la maison. Son palais devient vite une légende, et les Leroy des années 1960 et 1970 (La Romanée 1962, Grands Échezeaux 1966, Corton 1971 cités par Decanter) restent des souvenirs marquants pour les collectionneurs.
L’histoire familiale croise celle de la Romanée-Conti. En 1942, Henri Leroy rachète la moitié du domaine, et la famille en détient toujours 50 % aujourd’hui. En 1974, à la retraite de son père, Lalou Bize-Leroy devient codirectrice du DRC aux côtés d’Aubert de Villaine. Elle quitte ce poste en 1992 pour se consacrer à ses propres domaines, et c’est sa fille, Perrine Fenal, qui lui succède à la codirection.

1988, l’année où tout bascule
Le vrai tournant date de 1988. Avec l’appui de partenaires japonais, Lalou Bize-Leroy rachète le Domaine Charles Noëllat à Vosne-Romanée et le Domaine Philippe Rémy à Gevrey-Chambertin. Les deux réunis forment le noyau du Domaine Leroy, consacré au rouge. La même année, elle rachète à sa sœur Pauline sa part des vignes héritées de leurs parents et les regroupe dans le Domaine d’Auvenay, sa propriété personnelle sur les hauteurs de Saint-Romain, d’abord tournée vers les blancs.
Elle aime la précision : le Domaine Leroy couvre, dit-elle, « 22 hectares, 19 ares et 85 centiares ». On y trouve huit villages, huit premiers crus et surtout neuf grands crus, dont Musigny, Richebourg, Romanée-Saint-Vivant, Clos de Vougeot et Chambertin. D’Auvenay aligne de son côté Chevalier-Montrachet, Bâtard-Montrachet et Criots-Bâtard-Montrachet. Pour situer ces noms sur la carte, notre guide des vins de Bourgogne remet chaque appellation à sa place.
Lalou Bize-Leroy en six dates
1932 : naissance à Paris
1955 : prend en main les achats de la Maison Leroy, à 23 ans
1974 : codirectrice du Domaine de la Romanée-Conti
1988 : fondation du Domaine Leroy et conversion à la biodynamie
1992 : quitte le DRC, sa fille Perrine Fenal prend le relais
2026 : entre au Hall of Fame de Decanter
Biodynamie, tressage et rendements minuscules
Ce que Decanter récompense d’abord, c’est une méthode. Ses domaines comptent parmi les premiers de Bourgogne à passer en biodynamie, dès 1988, bien avant Leflaive (certifié en 1997) ou la Romanée-Conti elle-même (2016). Les vignes reçoivent des tisanes et des décoctions de plantes adaptées à la saison, et la mise en bouteille suit les « jours fruits » du calendrier lunaire.
Autre signature : le tressage. Plutôt que de rogner les rameaux, on les replie et on les tresse sur eux-mêmes, pour ne pas blesser l’extrémité de la vigne, « la force qui tire la vigne hors du sol » selon elle. Le feuillage n’est pas taillé non plus, car, comme elle le résume en français dans le texte : « Le soleil grille, les feuilles nourrissent. » Les pieds morts sont remplacés un par un, par sélection massale, ce qui garde des vignes très âgées.
Résultat : des rendements de 15 à 16 hectolitres par hectare les bonnes années, 10 ou moins quand l’année se complique, là où les grands crus de Bourgogne en autorisent plus du double. Les grappes de pinot noir sont triées aux ciseaux, parfois grain par grain, puis foulées au pied. Les chardonnays d’Auvenay restent en grappes entières jusqu’au pressoir. Decanter note que cette approche, très admirée, a rarement été imitée jusqu’au bout, car peu de domaines peuvent vendre leurs vins assez cher pour l’amortir.
Des vins hors de portée, une influence à la portée de tous
C’est le paradoxe de cette consécration. Les cuvées Leroy et d’Auvenay atteignent des prix stratosphériques, et ce n’est pas un hasard si les grands bourgognes sont devenus des valeurs refuges, comme le montrait le pari de Michael Burry sur Pétrus et la Romanée-Conti. Mais l’héritage de Lalou Bize-Leroy dépasse ses propres bouteilles : des générations de vignerons ont adopté tout ou partie de sa biodynamie, de ses rendements bas ou de son tressage, de Charles Lachaux à Jean-Yves Bizot. Ses idées infusent aussi le mouvement des vins vivants, même si elle-même « ne s’intéresse pas au vin nature », comme le précise son responsable commercial Gilles Desprez. Pour faire la part des choses, notre guide du vin naturel explique ce qui distingue bio, biodynamie et nature.
Le prix tombe d’ailleurs dans une année difficile pour la Bourgogne, dont la récolte 2026 recule de 30 % après les canicules. Une piqûre de rappel : la rigueur au vignoble que prône Lalou Bize-Leroy depuis près de quarante ans n’a jamais été aussi d’actualité.
Rising Star 2026 : le renouveau de Jerez récompensé
Decanter a associé à ce Hall of Fame son prix Rising Star, attribué cette année à deux Andalous, Ramiro Ibáñez et Willy Pérez. Leur travail d’archives sur l’histoire des vignobles de Jerez a fait renaître la marque historique De la Riva et remis au goût du jour les vinos de pasto, des blancs non mutés issus du palomino. « Ces nouveaux vins doivent rester reliés à tout ce qui est venu avant. Tout cela, c’est Jerez », explique Willy Pérez (citation traduite de l’anglais).

Un grand bourgogne Leroy reste un rêve pour la plupart d’entre nous. Pour goûter la Bourgogne et d’autres régions sans casser sa tirelire, une box de dégustation permet de comparer plusieurs vins, verre après verre, et de se faire son propre palais.
Questions fréquentes
Qui est Lalou Bize-Leroy ?
Née Marcelle Leroy à Paris en 1932, elle a dirigé la Maison Leroy à partir de 1955, codirigé le Domaine de la Romanée-Conti de 1974 à 1992, puis fondé en 1988 le Domaine Leroy et le Domaine d’Auvenay, en Bourgogne.
Qu’est-ce que le Hall of Fame de Decanter ?
Une distinction remise chaque année depuis 1984 par le magazine britannique Decanter à une personnalité ayant marqué durablement le monde du vin. Le lauréat 2025 était Nicolas Joly, celui de 2026 est Lalou Bize-Leroy.
Depuis quand le Domaine Leroy est-il en biodynamie ?
Depuis 1988, l’année de sa création. C’est l’une des toutes premières conversions de Bourgogne, bien avant Leflaive (certifié en 1997) et la Romanée-Conti (2016).
Qui a reçu le prix Rising Star 2026 de Decanter ?
Ramiro Ibáñez et Willy Pérez, deux producteurs de Jerez, pour leur travail sur l’histoire des vignobles andalous, la renaissance de la marque De la Riva et le retour des vinos de pasto.
Sources : Decanter, « Decanter Hall of Fame and Rising Star 2026 winners revealed », Chris Mercer, 2 octobre 2026 ; Decanter, « Lalou Bize-Leroy: Decanter Hall of Fame 2026 », Charles Curtis MW, 2 octobre 2026. Crédits photos : image à la une, Lalou Bize-Leroy en 2020, photo Tim Atkin MW pour Decanter ; vignoble de la Romanée-Conti par Michal Osmenda, Wikimedia Commons, CC BY 2.0 ; bodega de Jerez de la Frontera par Michimaya, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.
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