En bref
- À Saint-Pierre-du-Vauvray (Eure), le Vignoble du Vieux Rouen commercialise ses premières bouteilles sous la marque Auturae : 600 rosés (Pinot Meunier) et 1 200 blancs (Chenin)
- L’Association des Vignerons de Normandie a déposé son dossier IGP auprès de l’INAO en juillet 2025 — une reconnaissance qui ferait de la Normandie une région viticole officielle
- La filière normande compte aujourd’hui 65 hectares de vignes dans 5 départements (Manche, Calvados, Seine-Maritime, Eure, Orne)
- Des cépages résistants aux maladies (Floréal, Souvignier Gris) permettent de cultiver la vigne malgré le climat atlantique humide
- Le réchauffement climatique allonge la saison végétative et rend la viticulture viable là où elle était impossible il y a 30 ans
- La Normandie avait une longue tradition viticole aux XIIᵉ et XIIIᵉ siècles — un héritage que les nouveaux vignerons revendiquent
Un vigneron plante ses premières rangées dans l’Eure, au cœur du bocage normand. Son voisin ne comprend pas. Ses amis non plus. Et pourtant, deux ans plus tard, les premières bouteilles de la maison Auturae se retrouvent sur les tables des restaurateurs locaux. C’est le début d’une histoire : celle du premier IGP viticole de Normandie, une appellation en cours d’homologation qui pourrait rebattre les cartes de la viticulture française.
Loin des clichés cidre-calvados-camembert, la Normandie se découvre une nouvelle vocation. Et elle la revendique avec une ambition décomplexée, portée par une soixantaine de vignerons pionniers qui n’ont pas peur de parier contre l’évidence.
Auturae : 1 800 bouteilles qui prouvent que le vin normand existe vraiment
À Saint-Pierre-du-Vauvray, sur les hauteurs de Louviers dans l’Eure, Xavier Gandon et Claude Met ont planté leur vignoble en 2023. Quatre virgule cinq hectares arrachés à la conviction que le nord de la Loire pouvait, lui aussi, produire du vin de qualité. Ils ont baptisé leur marque Auturae — le nom gallo-romain de l’Eure. Un clin d’œil à une histoire ancienne que la région a oubliée.
En 2026, ils commercialisent leurs premières cuvées : 600 bouteilles de rosé vinifié à partir de Pinot Meunier, le cépage des grandes cuvées champenoises, et 1 200 bouteilles de blanc élaborées avec du Chenin — le cépage phare de la Loire voisine. Vendues directement aux restaurateurs et cavistes de l’Eure, ces premières bouteilles constituent bien plus qu’un défi personnel : elles ouvrent la voie à toute une filière.
Saviez-vous ?
« Auturae » est le nom donné à la rivière Eure par les Gallo-Romains. En choisissant ce nom, Xavier Gandon et Claude Met signent un manifeste : le vin normand ne copie pas les grandes régions du Sud, il revendique sa propre identité géographique et historique millénaire.

Un dossier IGP soumis à l’INAO : la Normandie sur le point d’avoir sa carte viticole officielle
Derrière le Vignoble du Vieux Rouen, il y a une structure plus large : l’Association des Vignerons de Normandie, présidée par Édouard Capron, qui fédère aujourd’hui 70 membres dont 50 % de professionnels. La mission : obtenir une Indication Géographique Protégée (IGP) qui officialiserait l’existence d’un vin normand reconnu par l’État.
Le cahier des charges a été finalisé le 2 juillet 2025, puis soumis à l’INAO (Institut national de l’origine et de la qualité) la semaine du 7 juillet. Le dossier est en cours d’instruction. Sa particularité : l’IGP ne concernera que les vins tranquilles (pas d’effervescents), et autorise explicitement des cépages résistants aux maladies — mieux adaptés au climat atlantique normand.
Si la reconnaissance aboutit, la Normandie rejoindra la cinquantaine d’IGP viticoles françaises et offrira à ses vignerons une protection d’origine et une visibilité commerciale aujourd’hui impossibles. Dans un contexte où la filière viticole française cherche de nouveaux relais de croissance, la dynamique normande fait figure d’exemple stimulant.
Le changement climatique, complice inattendu du vin normand

Pourquoi maintenant ? La réponse tient en deux mots : réchauffement climatique. Les étés normands ont significativement changé ces vingt dernières années. Les températures moyennes estivales ont progressé de 1,5 à 2 °C dans la région, allongeant la saison végétative et permettant la maturation de cépages qui auraient donné des vins verts et acides dans les années 1990.
Les vignerons normands sont des pragmatiques. Ils ne se réfèrent pas au terroir bourguignon ni au modèle ligérien. Leur argument : si les conditions changent, pourquoi ne pas en profiter ? Édouard Capron, président de l’association, résume la philosophie collective avec une formule directe : « Il ne faut pas s’arrêter à ce qui se fait. Sinon pourquoi faire la Clio quand on a la R5 ? »
À retenir — les cépages résistants
Le vignoble normand mise sur des variétés hybrides comme le Floréal (blanc) et le Souvignier Gris (rosé/blanc), autorisées en IGP. Résistantes au mildiou et à l’oïdium, elles permettent de réduire drastiquement les traitements — un avantage crucial dans une région où la pression fongique reste forte malgré le réchauffement.
65 hectares, 5 départements : une filière en construction accélérée
Maxime Gazeau, animateur du syndicat viticole normand, dresse le tableau en mai 2026 : « environ 65 hectares de vignes exploités, une trentaine de membres actifs ». Le vignoble s’étend sur les cinq départements normands — Manche, Calvados, Seine-Maritime, Eure et Orne — avec une concentration sur les versants bien exposés, à l’abri des vents dominants d’ouest.
Ce n’est pas une révolution, c’est une construction patiente. Chaque hectare planté est un investissement à long terme, un pari sur des vendanges futures. Mais l’IGP attendue devrait accélérer les choses : dès son obtention, de nouveaux producteurs pourront étiqueter leurs vins avec une indication géographique reconnue, ce qui change tout pour la commercialisation. Et pour découvrir comment le terroir influence les vins d’une région, les grands millésimes viticoles révèlent souvent la vraie nature d’un vignoble naissant.
Un vin de Normandie dans votre verre ? Moins incongru qu’il n’y paraît
Les grandes régions viticoles d’aujourd’hui ont toutes eu leur époque pionnière. La Champagne faisait sourire avant de devenir le symbole mondial de la fête. L’Alsace a dû se battre pendant des décennies pour imposer ses blancs secs. La Normandie est en train d’entamer ce chemin, avec ses propres atouts : une identité forte, des cépages adaptés, et des consommateurs de plus en plus curieux d’explorer des vins de proximité.
Les premières bouteilles d’Auturae ne prétendent pas concurrencer un Meursault ou un Sancerre. Elles revendiquent une identité propre — un vin de bocage, de terroir crayeux et de climat tempéré. Un vin qui parle d’un territoire que l’on croyait réservé au poiré et au calvados. Et franchement ? Ça mérite qu’on y goûte.
FAQ — Tout savoir sur le vin de Normandie et l’IGP
Qu’est-ce que l’IGP Normandie vin et quand sera-t-elle officiellement reconnue ?
L’IGP (Indication Géographique Protégée) Normandie vin est une appellation en cours d’instruction auprès de l’INAO. Le dossier a été soumis en juillet 2025 par l’Association des Vignerons de Normandie. La reconnaissance pourrait intervenir courant 2026, mais aucune date officielle n’a encore été communiquée. Elle concernera uniquement les vins tranquilles (pas d’effervescents).
Où peut-on acheter les premières bouteilles de vin normand comme Auturae ?
Les bouteilles Auturae du Vignoble du Vieux Rouen (Saint-Pierre-du-Vauvray, Eure) sont pour l’instant distribuées directement auprès des restaurateurs et cavistes locaux de l’Eure. Compte tenu du volume limité (1 800 bouteilles en 2026), la distribution reste régionale et de proximité.
Quels cépages cultive-t-on en Normandie ?
Les vignerons normands privilégient des cépages résistants aux maladies comme le Floréal et le Souvignier Gris. Le Vignoble du Vieux Rouen utilise lui du Pinot Meunier (pour le rosé) et du Chenin (pour le blanc), deux cépages à débourrement tardif mieux adaptés aux risques de gel printanier normand.
La Normandie a-t-elle déjà eu une tradition viticole ?
Oui. Aux XIIᵉ et XIIIᵉ siècles, la Normandie était une région viticole reconnue en Europe, notamment grâce aux moines qui cultivaient la vigne autour des abbayes. Le vignoble normand a progressivement décliné avec le développement du commerce maritime qui rendait les vins du Midi plus accessibles, et avec le refroidissement climatique du Petit Âge Glaciaire (XVᵉ-XIXᵉ siècle).
Combien y a-t-il de vignerons en Normandie aujourd’hui ?
L’Association des Vignerons de Normandie compte environ 70 membres dont 50 % de professionnels, pour un total d’environ 65 hectares de vignes exploités en 2026. La filière progresse régulièrement, portée par le réchauffement climatique et l’engouement croissant pour les vins de terroirs atypiques.
Quelles régions de Normandie produisent du vin ?
Le vignoble normand s’étend sur les cinq départements : Manche, Calvados, Seine-Maritime, Eure et Orne. Les zones les mieux représentées se trouvent sur les versants exposés au sud, à l’abri des vents atlantiques dominants. L’Eure, notamment les hauteurs de Louviers (Saint-Pierre-du-Vauvray), figure parmi les sites pionniers.
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