En bref : le scarabée japonais menace les vignes françaises
- La Popillia japonica (scarabée japonais) a été détectée pour la première fois en Bourgogne-Franche-Comté le 22 juin 2026 (Écot, Doubs).
- Ce coléoptère dévore les feuilles de vigne, provoquant des pertes de rendement et de qualité — déjà observées en Suisse et en Italie.
- Il est présent en Alsace depuis l’été 2025 (Mulhouse, Strasbourg, Saint-Hippolyte) — à quelques dizaines de kilomètres des grands vignobles alsaciens.
- Organisme de quarantaine prioritaire en Europe : peu de méthodes de lutte efficaces à ce jour.
- Vignerons et amateurs de vin peuvent contribuer en signalant toute observation à la DRAAF de leur région.
Un coléoptère de la taille d’une pièce de 1 centime. Des couleurs presque belles — corps vert métallique, élytres brun cuivré, petites touffes de soie blanche sur les flancs. Et une capacité de destruction qui a mis en émoi les vignobles américains pendant plus d’un siècle. Le scarabée japonais (Popillia japonica) vient de franchir un nouveau seuil : il a été détecté pour la première fois en Bourgogne-Franche-Comté, à Écot dans le Doubs, le 16 juin 2026. L’ANSES a confirmé son identification le 22 juin. Un insecte sous surveillance qui s’approche à pas feutrés des vignobles qui font la réputation du vin français.
Qui est vraiment ce ravageur ?

Originaire du Japon, où il est naturellement régulé par des prédateurs indigènes, la Popillia japonica est devenue un fléau agricole dès son introduction accidentelle aux États-Unis au début du XXe siècle. Elle y dévore aujourd’hui plus de 300 espèces végétales différentes — dont la vigne, les rosiers, les pommiers, les cerisiers et le maïs. L’adulte est actif de juin à septembre. Il grignote le tissu foliaire entre les nervures, ne laissant qu’un squelette végétal translucide à la place des feuilles. Le résultat ? Des feuilles déchiquetées incapables d’assurer la photosynthèse, un affaiblissement progressif du pied de vigne, et une mise en danger directe de la grappe.
Sa larve, blanche et arquée, passe l’hiver dans le sol où elle ronge les racines des graminées — causant d’importants dégâts sur les surfaces herbagères et les couverts végétaux que de nombreux vignerons en bio favorisent précisément pour leurs bénéfices agronomiques.
En Suisse, où l’insecte est présent depuis 2017 dans le Tessin, puis dans les Grisons et le Valais, les premiers dommages économiques significatifs sur la vigne ont été confirmés : pertes de rendement, dégradation de la qualité. En Italie, détecté dès 2014 dans le Piémont et la Lombardie, il a progressé vers l’Émilie-Romagne en 2020 malgré des dispositifs de piégeage intensifs.
La progression vers la France : un front qui avance
La France a longtemps regardé cette menace de l’autre côté de la frontière suisse. Mais l’été 2025 a marqué un premier tournant : cinq spécimens adultes ont été capturés dans des pièges du Haut-Rhin et du Bas-Rhin, notamment aux abords des gares de Mulhouse et de Strasbourg, et à Saint-Hippolyte. Le mode de dispersion est connu — ce sont principalement les transports humains (trains, voitures, marchandises) qui assurent la propagation longue distance de l’insecte, naturellement limité à quelques kilomètres de vol.
Ces détections alsaciennes ne constituaient pas encore un foyer établi. Mais la confirmation du 22 juin 2026 à Écot (Doubs) marque une étape différente : le scarabée est maintenant signalé dans une zone qui touche à la fois à l’Alsace viticole (à une centaine de kilomètres des grands crus), à la Côte d’Or bourguignonne (Gevrey-Chambertin, Chambolle-Musigny, Vosne-Romanée), et aux vignobles du Jura (Arbois, Château-Chalon, Crémant du Jura).
Ces appellations comptent parmi les plus valorisées du patrimoine viticole français — et parmi les plus vulnérables à un ravageur capable de défolier rapidement un pied de vigne exposé.
Si vous souhaitez explorer ces régions à travers leurs vins, notre guide des cépages vous emmène des rieslings alsaciens aux pinots noirs bourguignons. Pour comprendre comment les millésimes se construisent année après année dans ces vignobles, notre espace millésimes donne une perspective sur des terroirs désormais sous surveillance.

Le défi de la lutte : un insecte difficile à contenir
C’est là que le tableau devient vraiment préoccupant pour les vignerons. Tous les pays qui ont vu s’installer la Popillia japonica ont très vite compris qu’une fois implantée, la bête ne repartait pas. Les méthodes de lutte disponibles restent d’une efficacité limitée, et les organismes phytosanitaires le reconnaissent eux-mêmes.
Le piégeage de masse (attractifs phéromonaux, panneaux englués) permet de monitorer les populations et de ralentir légèrement la progression. Certains insecticides de contact sont autorisés, mais leur usage dans les vignobles — notamment en agriculture biologique — soulève des questions de compatibilité avec les pratiques œnologiques et réglementaires. L’ANSES conduit une étude pluriannuelle pour évaluer les solutions de biocontrôle (nématodes, guêpes parasitoïdes), mais aucun résultat opérationnel n’est encore disponible pour la filière.
Dans ce contexte, la surveillance et le signalement précoce constituent la première ligne de défense. La DRAAF Grand Est et la DRAAF Bourgogne-Franche-Comté coordonnent les remontées de terrain : tout vigneron, promeneur ou particulier observant un insecte correspondant à la description peut le signaler aux DRAAF-SRAL (Services Régionaux de l’Alimentation) de sa région. Des restrictions de mouvements de végétaux et de terres autour des zones délimitées (de juin à fin septembre) font partie des premières mesures pour limiter la dissémination involontaire.
Pour un tableau plus large des défis phytosanitaires qui pèsent sur la filière, notre article sur l’impasse phytosanitaire qui préoccupe les vignerons AOC donne un aperçu des tensions réglementaires en cours. Et si la crise qui secoue Bordeaux vous intéresse, retrouvez notre dossier sur la filière viticole française.
Ce que les amateurs de vin peuvent faire
La lutte contre la Popillia japonica ne concerne pas que les professionnels. Contrairement à d’autres ravageurs invisibles à l’œil nu, le scarabée japonais adulte est parfaitement identifiable — et c’est l’une des rares raisons d’être optimiste. Son corps vert métallique brillant et ses petites touffes de soie blanches sur l’abdomen le distinguent clairement des autres coléoptères de nos vignobles.
Si vous traversez les vignobles alsaciens, bourguignons ou jurassiens cet été, et que vous observez des feuilles de vigne présentant une défoliation caractéristique (tissu foliaire grignoté entre les nervures, aspect « squelettique ») ou repérez l’insecte lui-même, signalez-le sans attendre à la DRAAF de votre région.
C’est aussi une raison de plus pour valoriser ces vins encore préservés. Nos box de vins sélectionnées vous permettent de découvrir les appellations d’Alsace, de Bourgogne et du Jura avec des cuvées triées sur le volet — choisies auprès de vignerons qui se battent pour leurs terroirs.
Foire aux questions
Le scarabée japonais représente-t-il une menace immédiate pour les grands crus de Bourgogne ?
À ce stade, la détection du 22 juin 2026 à Écot (Doubs) signale la présence d’un premier spécimen en Bourgogne-Franche-Comté, sans foyer établi confirmé. La menace est réelle à moyen terme si l’insecte s’implante et se reproduit, mais les grands crus de la Côte de Nuits et de la Côte de Beaune ne sont pas encore directement exposés. La surveillance est renforcée dans toute la région.
Comment reconnaître le scarabée japonais sur une vigne ?
L’adulte mesure 8 à 10 mm. Son thorax est vert métallique brillant, ses élytres sont brun cuivré, et il présente des touffes de poils blancs bien visibles sur les côtés et à l’arrière de l’abdomen. Il se nourrit en groupe sur les feuilles, laissant une dentelle végétale caractéristique (squelettisation du feuillage). En cas de doute, photographiez l’insecte et contactez la DRAAF de votre région.
Quelle différence avec le hanneton ou d’autres coléoptères courants ?
Le hanneton commun (Melolontha melolontha) est beaucoup plus grand (25-30 mm) et brun clair sans reflet métallique. La Popillia japonica se distingue par sa couleur vert métallique éclatante, sa petite taille (moins de 1 cm) et ses touffes de soie blanches latérales — caractéristique unique parmi les coléoptères présents en France.
Les vins produits dans des vignobles touchés sont-ils affectés en qualité ?
La Popillia japonica n’affecte pas la qualité sanitaire du vin. Son impact se fait sur la vigueur de la vigne (perte de feuilles = photosynthèse réduite = maturité des raisins compromise) et sur les rendements. Dans les zones très infestées comme certains secteurs suisses, des pertes de rendement et des baisses de qualité organoleptique ont été observées. Les vins actuellement en vente ne sont pas concernés.
Crédits photos : Vignoble de Kaysersberg © JLPC / Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0) · Popillia japonica © Bruce Marlin / Wikimedia Commons (CC BY 3.0) · Vignoble alsacien © Jef132 / Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)
Sources : Vitisphere (n°106930, 26 juin 2026) · DRAAF Grand Est · ANSES · Institut Français de la Vigne et du Vin (IFV) · L’Indépendant de l’Yonne (22 juin 2026)







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