Ce qu'il faut retenir
- Le Domaine Rouge Garance, co-fondé avec l’acteur Jean-Louis Trintignant en 1996, ferme ses portes en 2026
- 28 hectares de Côtes-du-Rhône bio aux pieds du Pont du Gard (Saint-Hilaire-d’Ozilhan, Gard)
- Bertrand et Claudie Cortellini partent à la retraite sans avoir trouvé de successeur
- Les vignes seront vendues ou louées à des vignerons locaux, les bâtiments reconvertis en résidences et ateliers d’artistes
- La salle de dégustation a fermé le 4 juillet 2026 — dernier jour d’une aventure de trente ans
Il y avait quelque chose d’intime dans la naissance de ce domaine. En 1996, Bertrand et Claudie Cortellini plantent leurs premiers pieds de vigne dans le Gard, non loin du Pont du Gard, avec le soutien de Jean-Louis Trintignant — acteur mythique, natif de Piolenc, voisin de pays et ami. Trente ans plus tard, le rideau tombe. Faute de repreneur, le Domaine Rouge Garance cessera son activité en fin d’année 2026. Une histoire belle et amère, qui dit beaucoup de l’état du vignoble français.
Une naissance sous le signe du Pont du Gard
Saint-Hilaire-d’Ozilhan et Castillon, Gard. C’est dans ce coin de Provence intérieure, à deux pas de l’aqueduc romain, que les Cortellini ont posé leurs racines vigneronnes. Le choix n’est pas anodin : la zone est un terrain de jeu naturel pour les cépages du Sud, Grenache en tête, que l’on retrouve dans toutes les grandes cuvées de la Vallée du Rhône méridionale.
Jean-Louis Trintignant ne se contentait pas d’être un nom au générique. Vigneron dans l’âme, natif de Piolenc (Vaucluse), il participait activement à l’aventure du domaine — celui qui avait incarné tant de personnages complexes au cinéma retrouvait dans la vigne une forme de vérité brute. La région Rhône avait ce caractère qui lui ressemblait.
Résultat : 28 hectares certifiés bio, des cuvées en Côtes-du-Rhône, Côtes-du-Rhône Villages et Vin de France, une philosophie de vins vivants, sans artifices. Rouge Garance (la plante tinctoriale au rouge sang, symbole parfait) devient vite une référence discrète dans le cercle des amateurs de vins nature.

Trente ans de bio avant que ce soit tendance
En 1996, la viticulture biologique est encore une curiosité. Les Cortellini choisissent pourtant cette voie dès le début — pas par mode, mais par conviction. Grenache, Syrah, Mourvèdre : des cépages robustes, taillés pour résister à la chaleur du Gard et du Vaucluse.
Pendant trois décennies, le domaine forge sa réputation sans chercher les projecteurs. Les cuvées — « La Garance », « Clos des Grillons », « Clos Mireille » — récoltent une clientèle fidèle, attirée autant par la qualité du vin que par l’histoire humaine derrière l’étiquette.
La crise du vin bio en France — qui a vu 12 675 hectares sortir de la certification en 2025 (-8%) — ne les a pas fait reculer. Ils sont restés en bio. Jusqu’au bout.
« On a largement dépassé l’âge de la retraite »
« Nous avons largement dépassé l’âge de la retraite, et n’avons plus trop l’énergie pour continuer », confie Claudie Cortellini, 67 ans, au micro de Vitisphere (4 juillet 2026). Son mari Bertrand, 71 ans, partage ce constat sans amertume, mais avec une lucidité qui serre le cœur.
Des repreneurs potentiels, il y en a eu. Plusieurs candidats ont manifesté de l’intérêt au fil des années. Mais à chaque fois, quelque chose achoppe : problèmes sanitaires, refus bancaire de financer l’investissement. Et depuis 2020, le contexte n’aide pas : « Depuis le Covid, la guerre en Ukraine et autres conflits, la situation économique n’est pas favorable au commerce du vin. »
Jean-Louis Trintignant, lui, est décédé le 17 juin 2022, à 91 ans. Il n’aura pas vu la fermeture du domaine qu’il avait soutenu de ses deniers et de son affection. C’est peut-être aussi un peu de lui qui s’en va avec Rouge Garance.
| Frein à la transmission | Impact concret |
|---|---|
| Prix du foncier viticole | Financement difficile pour les jeunes vignerons sans apport familial |
| Frilosité bancaire post-2020 | Les banques financent moins facilement les projets vitivinicoles depuis la crise Covid |
| Déconsommation structurelle | Rentabilité incertaine décourage les investisseurs extérieurs à la filière |
| Épuisement des cédants | Un domaine sans repreneur se dégrade progressivement, fragilisant sa valeur |
Un destin partagé par des centaines de domaines
Rouge Garance n’est pas un cas isolé. La France compte environ 85 000 exploitations viticoles. Une fraction significative devra changer de mains dans les dix prochaines années — et pour une partie d’entre elles, le repreneur ne viendra pas. La crise de transmission est l’un des angles morts du débat public sur le vin : on parle de surproduction, de dérèglement climatique, de l’effondrement des volumes à Bordeaux. On parle moins de ces domaines qui disparaissent simplement parce que personne n’a les moyens de les reprendre.
« Le vin existera toujours, mais cela demandera beaucoup d’adaptations et de courage aux jeunes qui souhaiteront s’engager », résume Claudie Cortellini — une boutade lucide, presque testamentaire.
Que vont devenir les vignes ?
La bonne nouvelle : les 28 hectares ne seront pas arrachés. Les vignes seront vendues ou louées à plusieurs vignerons locaux qui sauront en prendre soin. Les bâtiments du domaine seront transformés en résidences et en ateliers d’artistes — une reconversion qui rappelle, involontairement, la part culturelle de ce lieu.
La salle de dégustation a fermé le 4 juillet 2026, dernier jour d’ouverture. Une page se tourne aux pieds du Pont du Gard.
Questions fréquentes sur le Domaine Rouge Garance
Qui était Jean-Louis Trintignant dans le domaine ?
Jean-Louis Trintignant (1930-2022), acteur français célèbre, natif de Piolenc (Vaucluse), a participé à la création du Domaine Rouge Garance en 1996 aux côtés de Bertrand et Claudie Cortellini. Passionné de vigne, il était à la fois soutien financier et figure emblématique du projet.
Pourquoi le Domaine Rouge Garance ferme-t-il ?
Les fondateurs, Bertrand (71 ans) et Claudie Cortellini (67 ans), souhaitent prendre leur retraite. Plusieurs candidats à la reprise ont été envisagés, mais les obstacles financiers (refus bancaires, montage complexe) et la conjoncture difficile depuis 2020 ont empêché toute transmission aboutie.
Que va devenir le vignoble après la fermeture ?
Les 28 hectares de vignes certifiées bio seront vendus ou loués à plusieurs vignerons de la région, qui poursuivront leur exploitation. Les bâtiments du domaine seront transformés en résidences et ateliers d’artistes.
Quelles appellations produisait le domaine ?
Le Domaine Rouge Garance produisait des vins en Côtes-du-Rhône, Côtes-du-Rhône Villages et Vin de France. La gamme s’articulait autour des cépages Grenache, Syrah et Mourvèdre, en agriculture biologique certifiée depuis les débuts.
Crédit photo : Pont du Gard © John Samuel / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0) · Jean-Louis Trintignant © Alain Elorza / Wikimedia Commons (CC BY 2.0) — à titre d’illustration éditoriale







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