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Vignobles de Bordeaux au coucher de soleil sur la Dordogne

CIVB : Bordeaux s’unit face à la crise — Philippe Tapie et Bernard Farges inaugurent une co-présidence inédite

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CIVB : ce qu’il faut retenir

  • Le 6 juillet 2026, l’assemblée générale du CIVB vote une co-présidence sans prééminence — 40 voix pour, 10 contre.
  • Philippe Tapie (négoce) rejoint Bernard Farges (production) à la tête de l’interprofession bordelaise.
  • Bordeaux a perdu 20 000 ha de vignes en trois campagnes d’arrachage — les 80 000 ha restants cherchent un cap commun.
  • Virage stratégique : indicateurs de prix filière (dispositif « 172 ter »), marketing de terrain plutôt que campagnes de notoriété, recentrage sur les restaurateurs et cavistes bordelais.
  • Aucune nouvelle campagne d’arrachage nationale demandée pour 2026 — une première depuis trois ans.

Quarante voix pour, dix contre. Le 6 juillet 2026, dans la salle de l’assemblée générale du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux (CIVB), le vote est tombé : l’interprofession bordelaise se dote pour la première fois de son histoire d’une co-présidence sans prééminence, partagée entre la production et le négoce. Bernard Farges, viticulteur bio élu président en juillet 2025, est désormais secondé — à égalité — par Philippe Tapie, président de la Fédération des négociants en vin de Bordeaux et Libourne. Une décision que peu auraient imaginée voilà deux ans, quand les deux familles se regardaient en chiens de faïence.

« Nous sommes obligés de nous entendre, qu’on soit amis ou pas »

La phrase de Bernard Farges dit tout de l’ambiance. La crise du vignoble bordelais a beau être documentée en chiffres depuis des années — effondrement des cours du vrac, stocks pléthoriques, débouchés asséchés à l’export — elle n’avait jamais réussi à mettre production et négoce sous la même bannière institutionnelle. L’arrachage a changé la donne : trois campagnes successives ont réduit le vignoble de 20 000 hectares. Il en reste 80 000. Personne ne peut se permettre de continuer à perdre du terrain — au sens propre comme au sens figuré — en restant dans son couloir.

Philippe Tapie a tenu à dissiper immédiatement les suspicions de l’autre camp : « Non, le négoce ne va pas s’accaparer le CIVB ! » La formule est directe, presque défensive. Elle illustre à quel point la méfiance entre vignerons et négociants reste vive, même au moment d’une décision censée symboliser leur réconciliation.

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Deux profils, une même urgence

Coprésident Bernard Farges Philippe Tapie
Secteur Production (vignerons) Négoce (marchands de vin)
Fonction Président CIVB (depuis juillet 2025), viticulteur bio à Mauriac Président Bordeaux Négoce (Fédération des négociants), spécialiste grands crus
Priorité affichée Indicateurs de prix filière, cohésion Recentrage marketing terrain, image Bordeaux
Symbole La production qui réclame de la valeur Le négoce qui cherche des débouchés
Quai des Chartrons à Bordeaux, quartier du négoce vinicole bordelais
Le Quai des Chartrons à Bordeaux, berceau historique du négoce vinicole. © Ardfern / Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)

Jean-Marie Garde, qui quitte la présidence de la Fédération des Grands Vins de Bordeaux, résumait l’enjeu avant même le vote : sans un indicateur de prix de sortie filière partagé par tous, aucun pilotage collectif n’est possible. Le négoce vend, les vignerons produisent — mais personne ne sait vraiment où se situe le prix plancher en dessous duquel la survie d’une exploitation devient impossible. Cette donnée manquante est au cœur de toutes les tensions depuis 2021.

Ce qui change — et ce qui ne change pas encore

La co-présidence ne règle pas tout, mais elle engage plusieurs changements concrets. Premier chantier : l’abandon du dispositif « 210 bis » au profit du « 172 ter », qui permettra de publier des indicateurs de prix sur les vins AOP et IGP de Bordeaux. Une transparence réclamée depuis des années par les vignerons, qui vendent parfois en dessous de leurs coûts de production sans que le marché en soit informé.

Deuxième virage : le marketing. Exit les grandes campagnes de notoriété générale. Le CIVB va recentrer ses budgets sur des actions de terrain — restaurateurs, cavistes, ambassadeurs locaux — et sur une organisation par groupes de territoires (Médoc, Saint-Émilion, Entre-deux-Mers, etc.) plutôt que sur une communication « Bordeaux » monolithique, perçue comme trop abstraite pour des consommateurs qui cherchent d’abord un cépage ou un domaine. Sur ce point, la situation bordelaise rejoint d’ailleurs les difficultés que traversent l’Italie et l’Espagne : trop de vin, pas assez de lisibilité pour le consommateur final.

Troisième signal : le nouveau maire de Bordeaux, Thomas Cazenave (élu en mars 2026), s’affiche comme un allié de la filière. Le CIVB prévoit des actions communes avec la municipalité pour réinvestir la gastronomie locale et les restaurants bordelais — un terrain sur lequel l’appellation avait perdu du terrain ces dernières années, au profit de vins du monde entier.

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L’arrachage en pause — pas la crise

Fait notable : aucune nouvelle campagne d’arrachage nationale n’a été demandée pour 2026. C’est une première depuis trois ans. La contraction du vignoble bordelais atteint désormais 20 000 ha, et l’interprofession considère que la correction est suffisante pour l’heure. Les 80 000 ha restants doivent maintenant produire de la valeur, pas seulement du volume.

Mais la pause ne signifie pas la fin des difficultés. Le vignoble girondin reste fragilisé : une grande partie des vignes arrachées n’a toujours pas trouvé de reconversion, le marché du vrac demeure sous pression, et les grands marchés export — Chine, États-Unis — n’ont pas retrouvé leur niveau d’avant-Covid. La co-présidence Tapie-Farges est un signal institutionnel fort. Il reste à voir si elle débouche sur des décisions concrètes qui remettent du prix dans la filière.

💡 Pour les amateurs

La crise bordelaise a peu d’impact sur les grands millésimes qu’on peut trouver en box de vins — les grandes propriétés restent solides. Elle touche surtout les appellations d’entrée de gamme et les producteurs sans débouchés directs.

Questions fréquentes sur le CIVB et la gouvernance bordelaise

C’est quoi le CIVB ?

Le Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux (CIVB) réunit vignerons et négociants en vin de la région bordelaise. Il gère la promotion des appellations, définit les orientations de la filière et publie les statistiques du marché. Fondé en 1948, il est l’un des organismes interprofessionnels viticoles les plus anciens et les plus influents de France.

Pourquoi une co-présidence maintenant ?

La crise du vignoble bordelais a mis à nu des tensions profondes entre vignerons (qui veulent du prix) et négociants (qui veulent de la fluidité commerciale). Après trois campagnes d’arrachage et 20 000 ha perdus depuis 2023, les deux camps ont accepté que s’unir était la seule option viable. La co-présidence est le symbole institutionnel de cette prise de conscience.

Qu’est-ce que le dispositif « 172 ter » ?

C’est un mécanisme réglementaire qui permet à une interprofession viticole de publier des indicateurs de prix sur les vins AOP et IGP. Contrairement à l’ancien « 210 bis », il n’impose pas de prix — il informe. L’objectif est que vignerons et acheteurs disposent d’une référence de marché partagée, ce qui peut éviter les ventes en dessous du coût de revient.

La crise bordelaise va-t-elle durer ?

Les signaux sont mitigés. L’arrachage a réduit le vignoble de 20 000 ha, ce qui devrait mécaniquement réduire le surplus à terme. Mais la demande mondiale de vin est en baisse structurelle, les marchés export (Chine, États-Unis) restent difficiles, et le désalcoolisé gagne du terrain. La co-présidence CIVB est une étape, pas une solution miracle. Les marchés auront le dernier mot.

Sources : Vitisphere 106983 (6 juillet 2026) · Vitisphere 106984 (7 juillet 2026) · Terre de Vins (7 juillet 2026).

Crédits photos : Featured — Coucher de soleil sur la Dordogne, Bordeaux © Grand Parc / Wikimedia Commons (CC BY 2.0) · Body — Quai des Chartrons, Bordeaux © Ardfern / Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0).

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Jérémy Degryse

À propos de l'auteur

Jérémy Degryse

Grenoblois de 31 ans, passionné de vin depuis que je suis en âge d'en boire (et même un peu avant 🤫), j’adore chiner des pépites en ligne, déguster un bon Bo...

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