Ce qu'il faut retenir
- Genevard annonce le 4 septembre une réforme de l’assurance récolte : la période de référence pour le calcul des indemnités passe de 5 à 8 ans, effective à partir de 2027.
- Pour les vignerons, cette avancée ne suffit pas : quand les catastrophes climatiques frappent 5 ou 6 années de suite, même 8 ans de référence finissent par intégrer plusieurs saisons dévastées.
- La FNSEA et les syndicats viticoles demandent une refonte plus profonde : période de 10 à 15 ans, ou mécanismes de soutien structurels qui ne dépendent pas d’une production de référence en chute libre.
- Depuis 2021, le vignoble français a subi gel, mildiou, sécheresse, canicule et incendies chaque année. Le modèle assurantiel n’a pas été conçu pour une répétition aussi rapprochée des sinistres.
Le plan CASI et sa partie assurance
Le 4 septembre 2026, Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, annonçait le plan CASI : un milliard d’euros d’aides d’urgence réparti en quatre volets (cotisations sociales MSA, foncier agricole, carburant GNR, et accompagnement climatique). Nous avions détaillé ce plan dès le lendemain.
Parmi les annonces, un volet assurantiel est passé presque inaperçu. La ministre s’est engagée à modifier, à partir de 2027, la méthode de calcul des indemnités versées aux agriculteurs après un aléa climatique. Concrètement : la production de référence servant de base au calcul ne sera plus celle des 5 dernières années, mais celle des 8 dernières années.
Pour Genevard, la mesure est une grande avancée : « Un agriculteur assuré est indemnisé pour la quasi-totalité des pertes. »
Pour les syndicats viticoles, c’est un début, mais largement insuffisant.
Pourquoi le modèle actuel se grippe
Le système d’assurance récolte Multi-Risques Climatiques (MRC), instauré en 2023, fonctionne selon un principe simple : l’État subventionne 70 % de la prime pour les viticulteurs qui s’assurent. En échange, les assureurs couvrent les pertes dépassant un seuil de 20 % par rapport à la production habituelle.
Ce mécanisme est logique dans un monde où les catastrophes climatiques restent rares et espacées. Le problème est que ce monde a disparu.
Depuis 2021, le vignoble français encaisse : gel exceptionnel de 2021, mildiou de 2021 et 2022, sécheresse et canicule de 2022, 2023 et 2024, incendies de 2021 à 2026, grêle récurrente, et désormais les vendanges abandonnées pour cause de goût de fumée en 2026 dans le Var, les Pyrénées-Orientales ou le Languedoc. Certains vignerons du Var l’avaient dit dès juillet : le goût de fumée ne serait pas couvert par les assurances.
La logique du « production de référence » craque quand les mauvaises années deviennent la majorité. Si un vigneron a produit 60, 40, 55, 38, 42 et 35 hectolitres à l’hectare sur ses 6 dernières campagnes (toutes marquées par un sinistre), sa production de référence sera bien inférieure à ce qu’elle était avant 2021. Et l’indemnisation sera calculée sur cette base dégradée.
En d’autres termes : plus les années passent et plus la production de référence s’effondre, réduisant mécaniquement les indemnités futures. C’est un cercle vicieux que ni 5 ni 8 ans de référence ne suffisent à rompre si toutes ces années sont mauvaises.
Un système assurantiel est conçu pour absorber des aléas rares. Quand l’aléa devient la norme, le système redistribue de la pauvreté plus qu’il ne protège. C’est précisément ce que vivent des milliers de vignerons français depuis 2021.
Ce que les vignerons réclament
La réaction de la filière au volet assurantiel du plan CASI a été rapide. « Allonger la période de référence est nécessaire, mais pas suffisant », résume Alexandre Abellan sur Vitisphere, qui reprend les positions des syndicats (07/09/2026). Le vignoble « fait face à une trop forte succession de dégâts pour que le modèle assurantiel reste opérationnel en l’état. »
Les demandes des représentants de la filière portent sur plusieurs axes :
- Une période de référence plus longue : 10 à 15 ans, voire une référence historique longue durée qui « lisserait » les effets de séries de sinistres consécutifs.
- Un plafond garanti : la production de référence ne pourrait pas descendre en dessous d’un plancher défini par une moyenne historique sur 15 ou 20 ans, indépendamment des résultats récents.
- Une protection contre les pertes cumulées : le système actuel calcule les pertes année par année. Mais un vigneron qui perd 25 % chaque année pendant 6 ans n’est jamais « sous le seuil » mais accumule une perte réelle de plus de 75 % sur la décennie.
- Des outils de prévention couverts : filets paragrêle, aspersion antigel, sondes hydriques. La protection physique, que les petites exploitations ne peuvent pas financer seules, reste largement exclue des dispositifs actuels.
Un plan bancaire attendu, une réforme assurantielle en retard
La réaction des vignerons au plan CASI a été claire dès le 4 septembre : le milliard est « un acompte », comme nous le détaillions. Ce que la filière réclame en priorité, c’est un plan bancaire : rééchelonnement des prêts pour les exploitations endettées après plusieurs mauvaises campagnes, accès à des prêts bonifiés pour la trésorerie, et moratoires sur les remboursements d’emprunts fonciers.
L’assurance récolte ne résout pas ce problème. Elle peut compenser les pertes de production d’une campagne donnée, mais elle ne reconstituera pas les fonds propres d’un domaine qui a emprunté pour investir avant 2021 et qui, depuis, accumule les sinistres.
La FNSEA réclamait en août des aides d’urgence spécifiques pour les vignerons au bord de l’arrêt définitif : des dizaines de domaines ont présenté des dossiers de cessation en 2025 et 2026, en partie parce qu’ils ne voyaient aucune sortie financière.
Quel vignoble dans 10 ans ?
La question n’est pas anodine. La réforme assurantielle de 2027 sera une amélioration marginale dans un contexte de transformation structurelle du vignoble français. Les arrachages massifs de 2026 (28 000 hectares, selon Vitisphere de mars), les relocalisations vers des zones plus fraîches (Bretagne, Normandie, Corrèze, altitude), et les reconversions partielles en chanvre ou autres cultures dans certains bassins bordelais signalent une filière en mutation forcée, pas seulement en crise passagère.
L’assurance récolte, aussi réformée soit-elle, ne peut pas à elle seule financer cette transition. Elle peut amortir les chocs à court terme, pas orienter l’adaptation à moyen terme. C’est là que les vignerons et les syndicats attendent un signal politique plus fort que la modification d’un calcul de référence.
Qu’est-ce que l’assurance MRC et qui est concerné ?
La Multi-Risques Climatiques (MRC) est le dispositif d’assurance récolte instauré par la réforme de 2023. Elle remplace les anciens dispositifs épars (assurance grêle, assurance gel) par une couverture globale des aléas climatiques. L’État subventionne 70 % de la prime pour les exploitations qui souscrivent. L’assurance couvre les pertes dépassant 20 % par rapport à la production de référence. En 2026, environ 35 à 40 % du vignoble français est assuré en MRC, un taux encore insuffisant selon la filière.
La réforme des 8 ans change-t-elle quelque chose concrètement ?
En théorie, oui. Sur 8 ans au lieu de 5, la production de référence intègre davantage d’années « normales » antérieures à la série de sinistres depuis 2021. Cela réduit l’effet de dégradation progressive de la référence. Mais si les 8 années comprennent 5 ou 6 campagnes mauvaises, l’effet reste limité. Les années 2021 à 2026 représentent 6 millésimes consécutifs difficiles, ce qui signifie qu’une période de 8 ans à partir de 2027 continuera à intégrer la plupart de ces mauvaises années.
Pourquoi les vignerons sont-ils plus touchés que d’autres agriculteurs ?
Les cultures annuelles (blé, maïs, tournesol) permettent à un agriculteur de changer de pratique, d’itinéraire cultural ou de variété d’une campagne à l’autre. Le vigneron est lié à ses vignes : un cep planté vit 40 à 70 ans. Diversifier rapidement ou réorienter la production est infiniment plus long et coûteux. De plus, les investissements de départ (plantation, infrastructure de cave, équipements) sont élevés et financés sur des décennies. Une succession de sinistres frappe donc à la fois les revenus courants et la capacité de remboursement des emprunts.
La saison 2026 n’est pas encore terminée. Les vendanges se poursuivent en ce moment dans la plupart des vignobles français, et les bilans définitifs de récolte ne seront pas connus avant octobre. Mais les dossiers d’assurance, eux, commencent à s’accumuler dans les bureaux des courtiers et des mutuelles agricoles. La réforme de 2027 les attendra.
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Sources : Vitisphere, Alexandre Abellan, 07/09/2026 (art. 107289) — Annie Genevard, conférence de presse plan CASI, 04/09/2026 — Vitisphere, 23/03/2026 (arrachages 28 000 ha) — Données MRC : ministère de l’Agriculture. Image : à titre d’illustration.







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