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Bâtiment Europa du Conseil de l’Union européenne à Bruxelles, drapeaux européens au premier plan

Aides européennes au vin : le texte qui ne laisserait aux vignerons que l’arrachage et la distillation

L'essentiel en 30 secondes

  • La France reçoit chaque année 270 millions d’euros d’aides européennes dédiées au vin (OCM vin) : restructuration du vignoble, investissements en cave, promotion à l’export.
  • Un document de travail de la présidence irlandaise du Conseil de l’UE, diffusé le 16 septembre, rend ce programme obligatoire, mais seulement dans les pays qui reconnaissent des organisations de producteurs dans le vin.
  • Dans sa version actuelle, le texte ne garderait que les mesures de crise : arrachage et distillation. Restructuration, investissement, promotion et œnotourisme disparaîtraient.
  • Les experts des États membres se réunissent ce mercredi 23 septembre pour leur dernière séance technique.
  • Selon un connaisseur des dossiers bruxellois cité par Vitisphere, la France serait isolée face à l’Allemagne et l’Espagne.

Pendant que les vignerons français terminent des vendanges 2026 éprouvantes, une autre bataille se joue loin des vignes, dans les salles de réunion du Conseil de l’Union européenne. Ce mercredi 23 septembre, le groupe d’experts des États membres qui prépare la réforme de la Politique agricole commune (PAC) tient sa dernière réunion technique. Sur la table, selon Vitisphere : l’avenir de l’enveloppe de 270 millions d’euros par an qui finance une bonne partie de la modernisation du vignoble français.

Nous avions raconté en août l’alerte lancée par six sénateurs sur ce même dossier. Depuis, un texte concret est arrivé. Et il inquiète encore davantage.

Vignes de Champagne à Hautvillers avec la vallée de la Marne en contrebas, en automne
Vignoble champenois à Hautvillers. Replantation, matériel de cave, campagnes export : c’est ce que finance l’OCM vin dans toutes les régions. Photo : J. Weber / INRA, CC BY 2.0.

Une victoire pour Paris, avec une condition qui change tout

Le document de travail diffusé le 16 septembre par la présidence irlandaise contient une bonne nouvelle pour la France. Pour la première fois dans ces négociations, un article prévoit que les interventions dans le secteur du vin sont obligatoires pour les États membres. C’est ce que réclamaient les syndicats viticoles français, qui craignaient de voir l’OCM vin devenir facultative et diluée dans le budget agricole général.

Le problème tient à la condition posée juste après. Ce programme obligatoire ne s’appliquerait qu’aux pays qui reconnaissent des organisations de producteurs (OP) dans la filière vin. Or en France, la gestion collective du vin repose surtout sur les interprofessions et les organismes de défense et de gestion des appellations (ODG). La reconnaissance d’OP dans le vin reste un sujet débattu, et la filière ne veut pas qu’elles prennent la main sur les fonds européens. Le sujet a même divisé les syndicats.

Daniela Ida Zandonà, conseillère à Bruxelles pour la Fédération européenne des vins d’origine (EFOW), résume le paradoxe auprès de Vitisphere : le texte constitue « une avancée », mais « l’obligation de mettre en place un programme vitivinicole ne devrait pas dépendre de l’existence ou non d’OP reconnues dans un État membre ». Il existe plusieurs modèles d’organisation de la filière en Europe, et selon elle l’OCM ne devrait pas en favoriser un.

Ce qui resterait : l’arrachage et la distillation

Le texte irlandais introduit aussi des dérogations permettant à un État membre, dans certains cas, de ne pas mettre en œuvre d’interventions. Et il organise la future OCM autour de programmes et de fonds opérationnels, sur le modèle des fruits et légumes. L’EFOW demande que le vin soit explicitement exempté de cette logique.

Le point le plus sensible concerne la liste des mesures. D’après Vitisphere, les propositions feraient disparaître les aides historiques comme les plus récentes. Voici ce que cela donnerait pour un domaine ou une cave coopérative :

Mesure financée par l’OCM vin À quoi elle sert Texte de la présidence irlandaise
Restructuration du vignoble Replanter, changer de cépage face au climat Supprimée
Investissements Cuves, pressoirs, froid, chais Supprimée
Promotion Campagnes à l’export hors UE Supprimée
Œnotourisme, flavescence dorée Mesures récentes : accueil au domaine, prospection d’une maladie de la vigne Supprimées
Arrachage Réduire les surfaces en crise Maintenue
Distillation de crise Écouler les excédents Maintenue

Source : Vitisphere, 23 septembre 2026, d’après le document de travail du 16 septembre. Texte en cours de négociation.

Autrement dit, l’Europe continuerait à payer pour réduire le vignoble, mais plus pour l’adapter ni pour le vendre. « On ferait péter le Plan stratégique national, j’hallucine », lâche un connaisseur des arcanes bruxellois interrogé par Vitisphere. Le sujet rejoint directement celui des distilleries viticoles, dont la filière réclamait hier le sauvetage : la distillation resterait l’un des derniers outils financés, alors que son réseau industriel vacille.

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Une France isolée à Bruxelles

La même source décrit un rapport de force défavorable. La France serait seule à défendre une OCM vin forte. L’Allemagne et l’Espagne préféreraient ne pas la maintenir, pour arbitrer librement entre filières agricoles dans leur budget national. L’Italie n’aurait pas de position arrêtée. En toile de fond, la Commission européenne pousse vers une gestion « horizontale » où le vin serait traité comme n’importe quel autre secteur agricole.

Annie Genevard, ministre de l'Agriculture, serre la main du commissaire européen Olivér Várhelyi en 2026
Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, avec le commissaire européen Olivér Várhelyi en 2026. La filière attend d’elle qu’elle défende l’OCM vin dans le mandat du Conseil. Photo : Nicolas Kovarik / Union européenne, CC BY 4.0.

Maxime Toubart, président du Syndicat général des vignerons de la Champagne, suit ces dossiers pour la Confédération nationale des AOC (CNAOC) et occupe la vice-présidence de l’EFOW. Il ne mâche pas ses mots : « Qui peut imaginer demain une viticulture sans soutien à l’investissement, à la promotion ou encore à la restructuration ? Qui peut imaginer une enveloppe vin, qui est aujourd’hui de 270 millions par an, être renégociée chaque année et redistribuée aux autres filières au bon vouloir de l’arbitrage de l’État français ? »

Pour lui, « l’existence même de la filière viticole telle qu’on la connaît aujourd’hui est suspendue au positionnement de la France au Conseil ». La CNAOC dit avoir mobilisé l’administration et la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, qui avait soutenu cette vision au congrès de la confédération à Reims le 23 avril. Les vignerons lui demandent désormais de l’inscrire dans le mandat de négociation du Conseil.

Rien n’est encore voté

Il faut garder la mesure. Le texte irlandais est un document de travail, pas une décision. La réforme de la PAC suit un circuit long : la Commission propose, puis le Parlement européen et le Conseil définissent chacun leur mandat avant de négocier un compromis. La réunion de ce mercredi ne tranche donc pas tout. Elle fixe en revanche la base technique sur laquelle les ministres travailleront ensuite, et c’est pour ça que la filière se mobilise maintenant.

Pour les régions déjà en difficulté, l’enjeu est concret. Le Roussillon, qui a perdu 47 % de ses ventes, ou les vignobles qui misent sur l’export pour compenser la baisse de la consommation en France, comptent sur ces aides pour investir et se repositionner. Sans elles, le seul levier européen restant serait de produire moins.

Et pour vous, amateur de vin ?

Ces négociations semblent lointaines, mais elles décident en partie du vin que vous boirez dans dix ans. La restructuration finance le passage à des cépages plus résistants à la chaleur. Les investissements en cave paient le matériel de froid qui a tant manqué pendant ces vendanges chaudes. La promotion aide les domaines à trouver des clients hors d’Europe quand le marché français recule. Des régions comme la Champagne s’en servent autant que les vignobles plus fragiles partout en France.

Soutenir directement les vignerons reste le moyen le plus simple de peser, à votre échelle. C’est aussi l’idée de nos box vin, qui mettent en avant des domaines français sélectionnés.

Questions fréquentes sur l’OCM vin

Qu’est-ce que l’OCM vin ?

L’Organisation commune du marché vitivinicole est le volet de la Politique agricole commune réservé au vin. Elle attribue à chaque pays producteur une enveloppe dédiée. En France, elle représente environ 270 millions d’euros par an et finance la restructuration du vignoble, les investissements, la promotion à l’export et des mesures de crise.

Qu’est-ce qu’une organisation de producteurs (OP) ?

C’est une structure reconnue par l’État qui regroupe des producteurs pour organiser la mise en marché, par exemple en concentrant l’offre. Le modèle est courant dans les fruits et légumes. Dans le vin français, ce rôle collectif est surtout tenu par les interprofessions et les ODG d’appellation.

La fin de l’OCM vin est-elle décidée ?

Non. Le texte de la présidence irlandaise est un document de travail. La réforme de la PAC doit encore passer par les mandats du Conseil et du Parlement européen, puis par une négociation avec la Commission. La filière française cherche à peser dès maintenant sur la position du Conseil.

Quelles aides disparaîtraient avec ce texte ?

Selon Vitisphere, la restructuration du vignoble, les aides à l’investissement, la promotion commerciale, ainsi que les mesures plus récentes sur l’œnotourisme et la prospection de la flavescence dorée. Seuls l’arrachage et la distillation de crise seraient conservés.

Source : Vitisphere, article d’Alexandre Abellan, 23 septembre 2026.

À lire aussi sur Vinabox : la FNSEA réclame des aides d’urgence pour les viticulteurs, et 14 millions d’euros d’aide européenne pour la distillation de crise.


Crédits photos. À la une : bâtiment Europa à Bruxelles, Cbliu, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0. Vignoble de Hautvillers : J. Weber / INRA DIST, Wikimedia Commons, CC BY 2.0. Annie Genevard et Olivér Várhelyi : Nicolas Kovarik / Union européenne, 2026, Wikimedia Commons, CC BY 4.0.



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