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Vignoble du Monferrato à Montegrosso d'Asti, dans le Piémont, terre du Barbera d'Asti

Vendanges 2026 en Italie : un millésime « cinq étoiles » mais des caves déjà pleines

L'essentiel en 30 secondes

  • En Italie, premier producteur mondial de vin, la vendange 2026 est jugée exceptionnelle dans plusieurs régions : « une vendange cinq étoiles », résume le président du Consorzio Barbera d’Asti.
  • Problème : les caves débordent déjà. Fin juillet, les stocks atteignaient l’équivalent de plus de 5,6 milliards de bouteilles, en hausse de 6,9 % sur un an, soit presque une année de production.
  • Au premier semestre, les prix du vin italien ont reculé d’environ 10 % sur un an, selon l’Union italienne des vins (UIV).
  • Réponse de la filière : baisser les rendements (de 90 à 85 quintaux par hectare en Barbera d’Asti), freiner les plantations, et pour la première fois parler ouvertement d’arrachage.
  • Pour l’amateur français, c’est plutôt une bonne nouvelle : des rouges italiens sous pression sur les prix, et un millésime 2026 prometteur à guetter.

De ce côté des Alpes, on compte les hectolitres perdus. De l’autre, on ne sait plus où ranger le vin. Pendant que la France vit l’une des plus petites récoltes de son histoire, les vignerons italiens rentrent un millésime qu’ils décrivent comme magnifique, en quantité comme en qualité. Et cette abondance les inquiète presque autant qu’une mauvaise année.

Le constat vient d’un reportage de l’AFP dans le Piémont, publié ce 27 septembre (repris notamment par Corse Matin et France 24). Nous le croisons avec l’enquête du site spécialisé Vinetur auprès de douze domaines répartis dans tout le pays.

Bouteille de Barbera Piemonte DOC de la Cantina Sociale di Castel Boglione à côté d'un verre de vin rouge
Une Barbera du Piémont, rouge du quotidien des collines d’Asti. C’est l’un des vins au cœur du reportage. Photo : Petar Milošević, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

« Je n’ai jamais vu un aussi beau millésime »

À Agliano Terme, au cœur des collines du Monferrato, les derniers raisins de barbera ont été coupés le 21 septembre. « Nous avons commencé les vendanges fin juillet, c’est du jamais vu », raconte à l’AFP Filippo Mobrici, président du Consorzio Barbera d’Asti. « Mais je n’ai jamais vu un aussi beau millésime, tant en quantité qu’en qualité. C’est une vendange cinq étoiles. »

L’été a pourtant été le plus chaud jamais mesuré dans la région, avec une moyenne de 21,6 °C et des pointes à 40 °C début août. La différence avec la France tient à l’eau : un hiver et un début de printemps pluvieux ont permis à la vigne de constituer des réserves. Les vignerons ont aussi gardé plus de feuillage que d’habitude pour faire de l’ombre aux grappes. C’est exactement la ligne de fracture que nous décrivions cet été : en 2026, ce n’est pas la chaleur qui sépare les vignobles, c’est l’eau.

Le goût bouge aussi. Luca Garberoglio, du domaine Carussin à San Marzano Oliveto, observe que sa barbera, « traditionnellement dominée par des notes de cerise et de prune, évolue de plus en plus vers des arômes plus concentrés de mûre et de cassis ».

5,6 Mds
de bouteilles en stock fin juillet 2026
+6,9 %
de stocks en un an
-10 %
sur les prix au 1er semestre (UIV)
1 sur 5
bouteilles d’appellation déclassées début 2026

Un pays, plusieurs millésimes

Attention à ne pas généraliser l’enthousiasme piémontais. Le millésime 2026 est si contrasté que les trois organismes qui publient chaque année la prévision nationale (Assoenologi, Ismea et l’UIV) ont renoncé à le faire. Ils ont annoncé le 29 juillet qu’ils attendraient les chiffres définitifs, la variabilité climatique rendant toute estimation trop fragile.

Les témoignages recueillis par Vinetur le montrent bien. Dans le Frioul, le domaine Meroi a commencé à vendanger le 18 août, sa date la plus précoce, et parle d’une perte importante due à la chaleur et au manque d’eau. En Valpolicella, la maison Musella décrit au contraire une récolte « exceptionnelle, rapide et saine ». En Sicile, le domaine Centopassi résume l’année d’un seul mot : difficile. À Montalcino, près de 200 millimètres de pluie tombés en août ont sauvé la mise.

Grappe de raisin noir de barbera mûre sur la vigne
Grappe de barbera. Le cépage le plus planté du Piémont a bien traversé la canicule grâce aux réserves d’eau de l’hiver. Photo : Doris Schneider, Julius Kühn-Institut (JKI), Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Le vrai souci : des caves déjà pleines

Une belle récolte, dans un marché qui achète moins, devient vite un problème. Fin juillet, les stocks italiens avaient progressé de 6,9 % sur un an, selon le ministère italien de l’Agriculture, pour atteindre l’équivalent de plus de 5,6 milliards de bouteilles. Presque un an de production dort donc dans les chais avant même l’arrivée du millésime 2026.

Les causes sont les mêmes qu’en France : marchés perturbés par les guerres, taxes américaines, jeunes générations qui boivent moins. Tous les vins ne sont pas logés à la même enseigne. Le Prosecco, issu du cépage glera, a les réserves les plus importantes mais continue de bien se vendre à l’export. Ce sont les rouges traditionnels des Pouilles et de Toscane qui souffrent le plus. Dans le Piémont, certains producteurs ont même transformé une partie de leur production en vinaigre cette année.

Chez Carussin, il reste encore 110 hectolitres de 2025 en cave, de quoi fournir le marché jusqu’en mars 2027. Le domaine s’en sort mieux que d’autres grâce à une montée en gamme en bio et à l’export vers la Scandinavie, un chemin déjà suivi par les grands noms du nebbiolo voisin, dont le Barolo reste la vitrine (et une cible, comme l’a montré le vol de 3 000 bouteilles chez Conterno Fantino).

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Produire moins, planter moins, et bientôt arracher ?

Les producteurs du Barbera d’Asti ont déjà tranché pour leur appellation : les rendements passent de 90 à 85 quintaux par hectare. Au niveau national, l’UIV pousse plus loin. « Il est temps d’assumer la responsabilité de choix courageux, même impopulaires », a lancé en juillet son président, Lamberto Frescobaldi. L’organisation veut que chaque appellation programme sa production selon le marché, plutôt à la baisse, et que l’on bloque les nouvelles plantations.

Elle dénonce aussi le déclassement massif de raisins d’appellation, vendus ensuite comme vins plus ordinaires : une bouteille sur cinq était concernée début 2026, de quoi tirer tous les prix vers le bas. Début août, Lamberto Frescobaldi s’est même dit ouvert à l’arrachage de vignes, qui ne fait pas encore l’objet d’un plan national, contrairement à la France. À Agliano Terme, Filippo Mobrici refuse pourtant d’y penser : « Les vignobles ne sont pas seulement un outil de production. Ils sont une expression de notre culture. Nous ne voulons pas nous déraciner. »

Panorama des collines viticoles autour de Costigliole d'Asti au printemps
Les collines d’Asti vues depuis Costigliole. Ici, arracher des vignes reste inimaginable pour beaucoup de vignerons. Photo : Neq00, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

France et Italie, deux crises en miroir

Le contraste avec la France est saisissant. Chez nous, les services du ministère de l’Agriculture tablent sur une récolte d’environ 33,8 millions d’hectolitres, la plus faible depuis 1957, comme nous l’expliquions dans notre article sur les chiffres des vendanges 2026 en France. En Autriche aussi, la sécheresse a produit la plus petite vendange depuis 2010. Mais d’un pays à l’autre, le fond du problème est le même : l’Europe produit plus de vin qu’elle n’en vend, et même une récolte réduite ne suffit pas à vider les caves.

Style de vin italien Ce qu’on peut en attendre
Rouges des Pouilles et de Toscane (millésimes récents) Stocks lourds et prix en baisse à la production : terrain favorable aux bonnes affaires chez les cavistes et en ligne.
Prosecco Réserves importantes mais demande solide : peu de raisons d’espérer une forte baisse.
Barbera d’Asti 2026 Millésime annoncé exceptionnel, plus sombre et concentré. À repérer à sa sortie.
Frioul, Sicile 2026 Années plus compliquées : dégustez avant d’acheter en quantité.

Pour situer les appellations et suivre les grandes années de la région, notre guide des millésimes du Piémont est le bon point de départ. Et si vous voulez découvrir des vins d’ailleurs sans passer des heures à choisir, une box de vin reste une façon simple de goûter des bouteilles sélectionnées pour vous.

Questions fréquentes sur la vendange 2026 en Italie

La vendange 2026 est-elle bonne en Italie ?

Tout dépend de la région. Le Piémont (Barbera d’Asti) et la Valpolicella parlent d’un millésime exceptionnel. Le Frioul et la Sicile décrivent une année difficile, avec des pertes liées à la chaleur et à la sécheresse. Les organismes italiens ont d’ailleurs renoncé à publier une prévision nationale.

Combien de vin est stocké en Italie ?

Fin juillet 2026, les stocks représentaient l’équivalent de plus de 5,6 milliards de bouteilles, en hausse de 6,9 % sur un an selon le ministère italien de l’Agriculture, soit presque une année de production.

Les vins italiens vont-ils baisser de prix ?

Les prix à la production ont déjà reculé d’environ 10 % au premier semestre 2026 selon l’UIV. Les rouges des Pouilles et de Toscane sont les plus exposés. Le Prosecco, qui se vend bien, devrait mieux résister. La répercussion en rayon dépend ensuite des distributeurs.

Pourquoi l’Italie a-t-elle mieux résisté à la canicule que la France ?

Dans le Piémont, un hiver et un printemps pluvieux ont rempli les réserves d’eau des sols. Les vignerons ont aussi laissé plus de feuillage pour protéger les grappes. En France, la sécheresse a davantage réduit la taille des baies et donc les volumes.

Sources : reportage AFP du 27 septembre 2026 à Agliano Terme et San Marzano Oliveto (Piémont), repris par Corse Matin et France 24 ; Vinetur, enquête auprès de douze domaines italiens (23 septembre 2026) ; ministère italien de l’Agriculture et Union italienne des vins (UIV) cités par l’AFP. Crédits photos : image à la une, vignoble de Montegrosso d’Asti (Monferrato) par Phyrexian, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 ; bouteille de Barbera par Petar Milošević, CC BY-SA 4.0 ; grappe de barbera par Doris Schneider, Julius Kühn-Institut (JKI), CC BY-SA 4.0 ; collines de Costigliole d’Asti par Neq00, CC BY-SA 4.0.




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