L'essentiel en 30 secondes
- Gundlach Bundschu, fondée en 1858 dans la vallée de Sonoma, se présente comme la plus ancienne winery familiale en activité continue de Californie.
- Le 23 septembre 2026, sa société propriétaire s’est placée sous la protection du Chapter 11, la procédure américaine de sauvegarde, avec plus de 37 millions de dollars de dettes.
- En cause : un rachat de vignes financé à crédit juste avant le Covid, puis une demande de vin qui recule aux États-Unis.
- Le même jour, le Bourguignon Jean-Charles Boisset annonçait le rachat du domaine Artesa, dans les Carneros.
- Le domaine reste ouvert, mais la famille Bundschu s’attend à perdre la majorité du capital.
Elle avait survécu au phylloxéra, au séisme de San Francisco, à la Prohibition et à un incendie. La winery Gundlach Bundschu, installée depuis 1858 dans la vallée de Sonoma, n’a pas résisté à la dette et à la baisse de la consommation. Selon The Press Democrat et KTVU, sa société propriétaire, Vineburg LLC, a demandé le 23 septembre la protection du tribunal des faillites du district nord de Californie.
Presque au même moment, un Français faisait le chemin inverse. Jean-Charles Boisset rachetait le domaine Artesa, dans les Carneros, comme l’a révélé Decanter. Deux nouvelles le même jour, qui résument bien l’état du vignoble californien en 2026.

168 ans d’histoire, six générations
L’histoire commence avec Jacob Gundlach, un immigré allemand qui plante ses premières vignes en 1858 sur un domaine qu’il baptise Rhinefarm, avec des plants venus d’Europe. En 1906, le tremblement de terre de San Francisco détruit le siège de la société et environ un million de gallons de vin. Pendant la Prohibition, la famille arrache les vignes, plante des poiriers et vend du raisin pour le vin de messe.
Les vignes ne reviennent qu’en 1969, et la marque Gundlach Bundschu renaît en 1976. Aujourd’hui, c’est Jeff Bundschu, sixième génération, qui dirige le domaine avec sa sœur Katie. Le domaine exploite environ 160 acres de vignes (autour de 65 hectares), dont 100 en propre sur la parcelle historique, pour une production de l’ordre de 42 000 caisses par an.
Un rachat à crédit au pire moment
Le point de bascule date de février 2020. Gundlach Bundschu achète alors 60 acres à Glen Ellen pour 11,6 millions de dollars, en grande partie à crédit, pour lancer une seconde marque, Abbot’s Passage. Quelques semaines plus tard, la pandémie ferme les salles de dégustation. « L’entreprise s’est agrandie exactement au mauvais moment », reconnaît Jeff Bundschu dans sa déclaration au tribunal, citée par The Press Democrat.
La suite est connue de tous les vignerons américains : des consommateurs qui boivent moins souvent, des jeunes générations qui adoptent moins le vin, des distributeurs qui se regroupent et des stocks qui gonflent. Le San Francisco Chronicle rapporte le constat de Jeff Bundschu : pendant des années, le gâteau grossissait pour tout le monde. Ce n’est plus le cas.
La famille n’est pas restée les bras croisés. L’effectif est passé de 120 à 63 personnes, pour environ 7 millions de dollars d’économies en 18 mois. Les ventes d’Abbot’s Passage ont été arrêtées en juillet et le site de Glen Ellen doit fermer début octobre. Insuffisant : les deux principaux prêteurs, American AgCredit (environ 17 millions de dollars) et une structure liée au fonds Tiverton Advisors (environ 18 millions), ont refusé de renégocier et d’accepter les offres d’investisseurs extérieurs.
Chapter 11, qu’est-ce que c’est ?
C’est l’équivalent américain de notre procédure de sauvegarde. L’entreprise continue de fonctionner sous le contrôle d’un juge, le temps de restructurer ses dettes ou de trouver un repreneur. Ce n’est pas une liquidation : la salle de dégustation et le club de vin de Gundlach Bundschu restent ouverts.
Un nouvel investisseur, dont le nom n’a pas été dévoilé, serait en discussion. Mais les Bundschu s’attendent à devenir minoritaires. La plus ancienne winery familiale de Californie ne devrait donc plus l’être tout à fait.
Le même jour, Boisset rachète Artesa
Le contraste est saisissant. Jean-Charles Boisset, héritier d’une famille de négociants bourguignons et déjà propriétaire en Californie de Buena Vista, DeLoach, Raymond ou Flora Springs, s’offre Artesa. Ce domaine des Carneros, à cheval sur Napa et Sonoma, appartenait jusqu’ici au groupe catalan Raventós Codorníu. Il compte environ 350 acres, dont 155 plantés, et une cave en forme de pyramide dessinée par l’architecte barcelonais Domingo Triay. Le prix n’a pas été communiqué.

Decanter rappelle un détail savoureux : quand Codorníu a inauguré ce domaine en septembre 1991, le Los Angeles Times s’inquiétait déjà de la baisse des ventes et de la surproduction de vin aux États-Unis. Trente-cinq ans plus tard, le décor est presque le même. « Les difficultés de notre secteur sont réelles, mais ma responsabilité est de regarder au-delà de ce moment », explique Jean-Charles Boisset, qui veut y relancer les bulles et en faire une destination mêlant vin, art et architecture. Ce n’est pas son premier achat à contre-courant cette année : en août, il avait aussi repris la marque gasconne Les Fumées Blanches.
Ce que ça dit du marché du vin
Gundlach Bundschu n’est pas un cas isolé. D’autres domaines, comme Robledo à Sonoma ou Signorello à Napa, ont eux aussi déposé le bilan ces derniers mois. Selon le rapport annuel de la Silicon Valley Bank cité par Decanter, les volumes de vin vendus aux États-Unis ont reculé d’environ 2 % en 2025, et le point bas n’est pas attendu avant 2027 ou 2028. Nous avions déjà raconté ce surplus qui fait brader le Pinot Noir californien, et la crise qui frappe aussi l’Australie.
Pour les vignerons français, le signal est double. Les États-Unis restent le premier marché à l’export des vins et spiritueux français en valeur, mais un marché où l’on boit moins et où les stocks pèsent sur les prix. Et la fermeture annoncée du marché américain à l’alcool canadien montre que la politique commerciale peut encore rebattre les cartes du jour au lendemain.
Pour l’amateur, en revanche, c’est plutôt une période favorable. Surstocks et difficultés financières poussent les domaines à revoir leurs prix, et les vins californiens de qualité deviennent plus accessibles. Si vous voulez goûter la Californie autrement que par ses gros Cabernets, commencez par son cépage fétiche, le Zinfandel. Et pour découvrir chaque mois des vins sélectionnés sans passer des heures chez le caviste, notre comparatif des box vin passe en revue les meilleures formules.
Questions fréquentes sur la faillite de Gundlach Bundschu
Gundlach Bundschu va-t-il fermer ?
Non, pas à ce stade. Le Chapter 11 est une procédure de restructuration, pas une liquidation. La salle de dégustation et le club de vin restent ouverts pendant la procédure, et un nouvel investisseur serait en discussion pour reprendre la majorité du capital.
Combien doit Gundlach Bundschu ?
Plus de 37 millions de dollars selon les médias locaux. KTVU évoque environ 39 millions de dettes pour 17 millions d’actifs. Les deux principaux créanciers sont American AgCredit et une structure liée au fonds Tiverton Advisors.
Pourquoi les domaines californiens sont-ils en difficulté ?
La consommation de vin recule aux États-Unis, surtout chez les jeunes, les stocks sont trop élevés et les distributeurs se regroupent. Les domaines qui se sont endettés pour grandir avant 2020 sont les plus exposés.
Qui a racheté le domaine Artesa ?
Le Bourguignon Jean-Charles Boisset, à la tête de la Boisset Collection, l’a racheté au groupe catalan Raventós Codorníu en septembre 2026. Le montant n’a pas été communiqué.
Sources : The Press Democrat, San Francisco Chronicle et KTVU (23 septembre 2026) pour Gundlach Bundschu ; Decanter, « Boisset acquires Artesa as history repeats itself in California wine », Jonathan Cristaldi (24 septembre 2026).
Crédits photos. À la une : vignoble Gundlach Bundschu, Greghenderson2006, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0. Entrée du domaine : Greghenderson2006, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0. Vignoble Artesa : Sarah Stierch, Wikimedia Commons, CC BY 4.0.
À lire aussi
Foire aux vins Auchan 2026 : du 25 septembre, des vins de vignerons et des pépites Bordeaux sous 10 €
Foire aux Vins E.Leclerc automne 2026 : dates, sélection et nos conseils pour bien acheter
Foire aux vins Carrefour automne 2026 : dates, pépites RVF et nos conseils pour bien acheter
Foire aux vins Intermarché automne 2026 : dates, catalogue en ligne et conseils d’achat
Foire aux vins automne 2026 : dates par enseigne et guide pour bien acheter
Calendrier des foires aux vins 2026 : toutes les dates par enseigne







Connexion rapide pour commenter :