À Vidigueira, au cœur de l’Alentejo, on vinifie encore comme au temps des Romains : dans de grandes jarres de terre cuite, les talhas. Fin septembre, la mairie a relancé la candidature de ce « vinho de talha » au patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO, avec un nouveau dossier attendu pour décembre 2027. L’information, publiée par O Digital le 29 septembre puis par Portugal Resident le 2 octobre, n’a pas encore été reprise en France. Elle raconte pourtant une belle histoire : celle d’un vin en amphore qui n’a jamais eu besoin de la mode pour exister.
La candidature du vin de talha, en bref
- La mairie de Vidigueira (Alentejo, Portugal) relance la candidature du vinho de talha au patrimoine immatériel de l’UNESCO.
- Le premier dossier, lancé en 2016, contenait « quelques incohérences » : il sera repris, pas refait de zéro.
- Objectif : un dossier complet en décembre 2027.
- La tradition est déjà inscrite à l’inventaire national portugais du patrimoine immatériel depuis 2023.
- Rendez-vous chaque 11 novembre, jour de la Saint-Martin, pour l’ouverture des talhas.

Une relance « sans précipitation »
Tout s’est joué le 23 septembre, à la bibliothèque Dr. Palma Caetano de Vidigueira. Autour de la table : l’équipe municipale, Paulo Lima, spécialiste des candidatures UNESCO, les associations VITIFRADES et APVT (l’association des producteurs de vin de talha), la cave coopérative de Vidigueira et plusieurs dizaines de producteurs. Le maire, Ricardo Bonito, avait annoncé la couleur quelques jours plus tôt lors d’une réunion du programme d’œnotourisme PROVERE ENOTUR, à Monforte.
Son discours est volontairement posé. « Il faut relancer la candidature avec un regard neuf », a-t-il expliqué selon O Digital, en ajoutant qu’il n’y avait « pas de précipitation ». Pour fédérer les producteurs, la commune a nommé un commissaire dédié au vin de talha : Diogo Conqueiro, président de la paroisse de Vila de Frades, le village qui revendique le titre de capitale de cette tradition. Les communes voisines d’Alvito et de Cuba pourraient rejoindre la démarche.
« Le vin de talha est quelque chose qui est en nous, qui nous définit. »
Ricardo Bonito, maire de Vidigueira, cité par Portugal Resident
Dix ans de dossier, et quelques incohérences
L’idée n’est pas neuve. Le processus a démarré en 2016 avec quatre communes, avant de s’étendre à toute la région de l’Alentejo en 2017 et 2018, jusqu’à un protocole réunissant une vingtaine de municipalités. Le dossier n’a jamais été rejeté, mais il présentait selon le maire « quelques incohérences », sans plus de précisions publiques. Il « a juste besoin d’être affiné », a-t-il résumé à Portugal Resident.
Le travail des deux prochaines années consiste à documenter tout le cycle de production, de la vendange à la mise en jarre, en passant par la fermentation, avec des images et des témoignages recueillis au fil des saisons. Une étape a déjà été franchie : en 2023, la production de vin de talha a été inscrite à l’inventaire national portugais du patrimoine culturel immatériel, préalable classique à toute candidature internationale.
Le vin de talha, des Romains à l’UNESCO
Antiquité : les Romains installent la vinification en jarres de terre cuite dans le sud de la péninsule.
2010 : la mention « Vinho de Talha » entre dans l’appellation DOC Alentejo.
2016 : premier dossier UNESCO, porté par quatre communes.
2017-2018 : la démarche s’étend à l’Alentejo, une vingtaine de municipalités.
2023 : inscription à l’inventaire national du patrimoine immatériel.
23 septembre 2026 : relance officielle à Vidigueira.
Décembre 2027 : objectif de dossier complet.
Sources : O Digital, Portugal Resident, commission vitivinicole de l’Alentejo (CVRA).
Le vin de talha, comment ça marche ?
La talha est une grande jarre de terre cuite, souvent haute comme un homme, dont la paroi intérieure est imperméabilisée par un enduit à base de résine, le pez. Les raisins y sont égrappés, foulés puis laissés fermenter avec leurs peaux, dans une vinification restée très artisanale. Depuis 2010, la commission vitivinicole de l’Alentejo encadre la mention « Vinho de Talha » dans l’appellation DOC Alentejo : le vin doit rester en contact avec ses peaux dans la jarre au moins jusqu’au 11 novembre.
Ce jour de la Saint-Martin est une fête locale. On ouvre les talhas, on goûte le vin nouveau, souvent tiré directement de la jarre. Les blancs, issus surtout d’antão vaz, de roupeiro ou d’arinto, prennent avec la macération une teinte dorée et une texture légèrement tannique, proche de ce que l’on appelle aujourd’hui un vin orange. Les rouges font la part belle à la trincadeira et à l’alicante bouschet, deux piliers de l’Alentejo.

Le précédent géorgien
Si le Portugal décroche l’inscription, il rejoindra la Géorgie, dont la vinification en qvevri, ces jarres enterrées, figure sur la liste du patrimoine immatériel de l’UNESCO depuis 2013. Cette reconnaissance a largement contribué à faire connaître les vins géorgiens à l’étranger, en particulier les blancs macérés de rkatsiteli. Notre page consacrée au vin de Géorgie raconte cette histoire.
Les deux traditions ont un point commun : la continuité. En Géorgie comme dans l’Alentejo, la jarre précède de très loin la vogue des vins nature, et la pratique s’est transmise de génération en génération sans jamais disparaître. Les amphores romaines retrouvées dans des épaves, comme celles de l’épave de Sicile vieille de 2 100 ans, rappellent d’où vient ce savoir-faire.

Ce que ça change pour l’amateur
À court terme, rien dans votre verre : le dossier ne sera bouclé qu’à la fin 2027, et la décision de l’UNESCO viendra plus tard encore. Mais la candidature braque les projecteurs sur une niche passionnante, et les vins de talha commencent à se trouver chez les cavistes spécialisés dans le Portugal. Pour situer l’Alentejo parmi les grandes régions du pays, notre guide des vins du Portugal est un bon point de départ, complété par notre panorama des cépages portugais.
Et si l’idée vous tente de goûter des vins hors des sentiers battus sans tout chercher vous-même, notre comparatif des box vin recense les formules qui font voyager d’un pays à l’autre.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le vinho de talha ?
C’est un vin de l’Alentejo, au Portugal, fermenté et élevé dans de grandes jarres de terre cuite appelées talhas, selon une tradition héritée des Romains. La mention « Vinho de Talha » est encadrée dans l’appellation DOC Alentejo depuis 2010.
Quand le vin de talha pourrait-il être inscrit à l’UNESCO ?
La mairie de Vidigueira vise un dossier complet en décembre 2027. L’examen par l’UNESCO viendra ensuite, aucune date d’inscription n’est donc connue à ce jour.
Pourquoi le 11 novembre est-il important pour le vin de talha ?
C’est la Saint-Martin, date traditionnelle d’ouverture des talhas. Le règlement de l’appellation impose au vin de rester sur ses peaux dans la jarre au moins jusqu’à ce jour.
Sources : O Digital, 29 septembre 2026 ; Portugal Resident, 2 octobre 2026 ; Canal Alentejo. Crédits photos : talhas, tunnel de bouchons et salle d’exposition du centre d’interprétation du vin de talha de Vila de Frades, place de Vidigueira, Vitor Oliveira, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons.
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