Ce qu'il faut retenir
- Une épave romaine vieille de plus de 2 100 ans découverte à 46 mètres de fond, à l’ouest de la Sicile
- Le bateau de 21 mètres transportait des centaines d’amphores Dressel 1A, le principal contenant du vin romain
- Découverte par hasard par le plongeur Giacomo De Mola, qui publie sa vidéo sur Instagram le 9 août 2026
- Le ministre italien de la Culture qualifie cette trouvaille de « l’une des plus importantes en archéologie sous-marine »
En plongeant à l’ouest de la Sicile, le pêcheur sous-marin Giacomo De Mola ne cherchait pas de vestige antique. Et pourtant, à 46 mètres de fond, il a découvert ce que les archéologues espèrent trouver toute une carrière : une épave romaine vieille de plus de 2 100 ans, le fond de cale rempli de centaines d’amphores en parfait état. « La visibilité n’était pas au mieux », a-t-il raconté dans une vidéo postée sur Instagram le 9 août 2026. « Je me suis approché. Et j’en ai eu le souffle coupé. Sous mes pieds se trouvait une immense étendue d’amphores. »
La nouvelle, relayée par l’AFP après l’intervention des Carabinieri (la police culturelle italienne), a fait le tour des rédactions françaises en quelques heures. Libération, Le Figaro, Le Parisien, TF1 Info et Boursorama se sont emparés de l’histoire dès ce dimanche 9 août. Alessandro Giuli, ministre italien de la Culture, a parlé de « l’une des plus importantes découvertes en archéologie sous-marine ».
Pour les amateurs de vin, cette épave est bien plus qu’un fait divers archéologique. C’est une fenêtre ouverte sur les origines du commerce viticole méditerranéen.
Des amphores Dressel 1A : le conditionnement du vin romain
Les amphores retrouvées dans l’épave sicilienne appartiennent au type Dressel 1A, de grandes conteneurs cylindriques à deux anses et fond pointu que les archéologues identifient immédiatement. Ce classement, établi au XIXe siècle par l’épigraphiste Heinrich Dressel, recense les formes d’amphores romaines selon leur usage. La Dressel 1A est le modèle le plus répandu pour le transport du vin entre 200 et 40 avant notre ère, produit principalement sur la côte tyrrhénienne d’Italie, dans le Latium et la Campanie.
Le fond pointu de ces amphores n’est pas un défaut de fabrication. Il permettait de les stabiliser dans le sable ou la sciure des cales de navire, empilées en couches, comme on range aujourd’hui des bouteilles dans un carton. Une Dressel 1A contenait environ 25 litres de vin. Si le bateau transportait plusieurs centaines d’amphores, ce chargement représentait des milliers de litres de vin romain en route vers une destination inconnue.
Les archéologues disposent de nombreux indices pour reconstituer la route de ce vin. La Sicile se trouvait au carrefour de plusieurs circuits commerciaux à l’époque républicaine : entre l’Italie du Sud, l’Afrique du Nord (Carthage venait d’être détruite en 146 av. J.-C.), la Gaule celtique et l’Espagne romaine. Le chargement de ce bateau naviguait peut-être entre Pouzzoles (le grand port de Campanie) et les côtes africaines ou ibériques.
La Sicile, carrefour du vin antique
Ce n’est pas un hasard si cette épave gît au large de la Sicile. L’île, première région du monde à avoir été officiellement appelée « grenier de Rome » pour son blé, était aussi un point de passage obligé pour les navires marchands romains. Les vignobles siciliens existaient déjà bien avant cette épave. Les Grecs avaient planté de la vigne en Sicile dès le VIIIe siècle avant notre ère, notamment dans la région d’Agrigente, et le vin local avait déjà bonne réputation dans tout le bassin méditerranéen.
Aujourd’hui, la Sicile produit des vins reconnus dans le monde entier, comme le Nero d’Avola ou le Grillo. Et les vendanges 2026 y ont débuté très tôt, comme nous le racontions dans notre article sur les vendanges siciliennes 2026 : l’île de la Trinacrie reste au premier rang du vignoble européen, un rang qu’elle n’a jamais vraiment abandonné depuis deux millénaires.
Que révèlent ces amphores sur le vin de l’époque ?
Les amphores Dressel 1A ne conservent pas le vin intact après 2 100 ans de mer. Mais leur présence seule renseigne les historiens sur les pratiques viticoles romaines. Le vin de l’époque républicaine était souvent additionné de sel marin, de miel (le mulsum), d’épices ou de résine pour assurer sa conservation lors des longs voyages. Les amphores étaient scellées au plâtre, puis recouvertes d’un enduit intérieur résineux, ancêtre de notre résinate grec.
Ces vins n’auraient pas grand-chose à voir avec ce que nous mettons dans un verre aujourd’hui. Ils étaient généralement bus dilués dans l’eau (trois parts d’eau pour une part de vin, selon Homère). Mais la passion pour le vin, elle, n’a pas changé. Et c’est peut-être le message le plus touchant de cette épave : 2 100 ans de fonds marins n’ont pas suffi à effacer les traces de la route du vin.
Pour prolonger la durée de vie d’un bon vin ouvert aujourd’hui, les solutions sont heureusement un peu plus pratiques que de le confier à la Méditerranée.
Vos questions sur l’épave romaine de Sicile
Qu’est-ce qu’une amphore Dressel 1A exactement ?
La Dressel 1A est un type d’amphore romaine utilisé principalement entre 200 et 40 avant notre ère pour le transport du vin produit sur la côte tyrrhénienne d’Italie (Latium, Campanie). Elle se caractérise par sa grande taille, ses parois épaisses, deux anses robustes et un fond pointu qui lui permettait d’être stabilisée dans la cale des navires. Le classement « Dressel » doit son nom à l’archéologue Heinrich Dressel, qui a établi la première typologie des amphores romaines à la fin du XIXe siècle.
Y a-t-il encore du vin dans les amphores retrouvées ?
Non. Après 2 100 ans immergées à 46 mètres de profondeur, les amphores ne contiennent plus de vin liquide. En revanche, les archéologues peuvent analyser les résidus organiques présents sur les parois internes grâce à la chromatographie et à la spectrométrie de masse. Ces analyses permettent de déterminer le type de vin (blanc, rouge), les ajouts éventuels (résine, sel, miel), et parfois même la région de production. Des études similaires ont déjà été menées sur des épaves de Méditerranée et ont fourni des informations précieuses sur l’œnologie antique.
Que va-t-il arriver à cette épave et à ses amphores ?
Les Carabinieri (police culturelle italienne) ont été informés immédiatement après la découverte de Giacomo De Mola. L’épave est désormais sous la protection des autorités italiennes. En principe, ce type de site archéologique submergé fait l’objet d’une étude sur place par des équipes spécialisées avant tout prélèvement. Certaines amphores pourraient être remontées et exposées dans un musée, comme le Musée national d’archéologie sous-marine de Carthagène (Espagne) qui conserve des pièces similaires.
Crédit photo : Rvalette, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons — Amphores romaines du Ier au IIIe siècle (dont vin de Bétique, épave de Caveaux), Musée d’Histoire de Marseille.
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