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Lettres géantes Vinitaly devant les pavillons du salon du vin italien à Vérone

Export du vin italien : de 3 à 8 milliards d’euros en 20 ans, et l’État double sa mise

En 2005, l’Italie exportait pour 3 milliards d’euros de vin. En 2024, elle a atteint 8,07 milliards, un record. Le chiffre, tiré des données de l’Istat analysées par WineNews le 4 octobre, résume vingt ans de conquête : +169 %, malgré la crise financière de 2008, malgré le Covid. Et alors que le marché recule, Rome fait un choix que la France observera de près : l’État double son budget de promotion du vin à l’étranger.

L'export du vin italien, en bref

  • Les exportations de vin italien sont passées de 3 milliards d’euros en 2005 à 8,07 milliards en 2024 (+169 %).
  • Léger recul à 7,7 milliards en 2025, puis -6,2 % au premier semestre 2026, surtout à cause des droits de douane américains.
  • L’agence publique ITA (ex-ICE) porte son budget consacré au vin de 9 à 19 millions d’euros entre 2025 et 2026.
  • Plus de 60 actions dédiées au vin sont prévues en 2026, dans 26 marchés étrangers.
  • Temps fort : la première édition new-yorkaise de Vinitaly.Usa, les 26 et 27 octobre.

Vingt ans de croissance, malgré trois crises

La courbe a de quoi faire réfléchir. Entre 2005 et 2024, la valeur des vins exportés par l’Italie a été multipliée par plus de 2,6. Le pays a traversé la crise économique de 2008-2009, puis la pandémie, sans que la tendance de fond ne s’inverse. En 2025, le compteur a reculé à 7,7 milliards d’euros, et les six premiers mois de 2026 affichent encore une baisse de 6,2 % sur un an. WineNews souligne toutefois que ce chiffre marque une nette amélioration : l’année avait commencé sur un recul à deux chiffres.

Les causes du coup de frein sont connues, et elles valent aussi pour les vins français : droits de douane aux États-Unis (premier marché du vin italien), inflation, tensions internationales, recherche de modération et changement des goûts chez les plus jeunes. À cela s’ajoute un problème bien italien, que nous avions détaillé à propos des vendanges 2026 « cinq étoiles » mais des caves déjà pleines : des stocks élevés qui pèsent sur les prix.

Collines de vignes en terrasses autour de Valdobbiadene, terre du Prosecco Superiore
Les collines de Valdobbiadene, berceau du Prosecco Superiore, l’un des moteurs de l’export italien. Photo : Civvì, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Le secret italien : les entreprises, Bruxelles et une agence d’État

Comment expliquer cette réussite ? D’abord par le travail des domaines eux-mêmes, et par la diversité d’une offre qui va du Prosecco au Barolo en passant par des centaines de cépages autochtones. Ensuite par les fonds européens de promotion (OCM vin), que les producteurs italiens ont appris à mobiliser massivement. Mais WineNews met en avant un troisième acteur, de plus en plus central : ITA – Italian Trade Agency, l’ancien ICE, qui fête cette année ses 100 ans.

Présidée par Matteo Zoppas et dirigée par Lorenzo Galanti, l’agence dépend du ministère des Affaires étrangères. Ses chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2025, elle a consacré 9 millions d’euros à la seule filière vin. En 2026, l’enveloppe passe à 19 millions, soit plus du double. Sur la seule année 2025, son bureau agroalimentaire a mené 50 actions consacrées au vin et aux boissons alcoolisées :

  • 14 présences collectives et institutionnelles sur des salons à l’étranger ;
  • 4 campagnes de communication, en Chine, à Taïwan, en Corée du Sud et aux États-Unis ;
  • 12 opérations directes (expositions, dégustations, ateliers) ;
  • 10 programmes d’accueil d’acheteurs étrangers en Italie ;
  • 6 formations centrées sur le vin.

Au total, 959 entreprises du secteur y ont participé. En 2026, l’agence annonce plus de 240 initiatives agroalimentaires, dont 63 pour le vin, réparties sur 26 marchés.

New York, priorité absolue

Les États-Unis restent la cible numéro un, ce qui n’a rien d’étonnant : c’est le premier débouché du vin italien et celui où les droits de douane font le plus mal. Deux rendez-vous s’y enchaînent ce mois-ci. Du 12 au 25 octobre, l’« Italian Wine Week » mobilise plus de 100 cavistes entre Manhattan, Brooklyn, le Queens et Jersey City, avec remises et dégustations. « Le vin italien est un pilier de la culture gastronomique de New York », résume Erica Di Giovancarlo, directrice de l’agence pour les États-Unis.

Puis, les 26 et 27 octobre, Vinitaly.Usa pose ses valises à New York après deux éditions à Chicago. Le salon affiche complet : 300 exposants, 2 500 étiquettes, des consortiums comme ceux de l’Asti, du Brunello di Montalcino, du Prosecco DOC ou du Lugana, dont nous racontions récemment qu’il vend 65 % de son vin à l’étranger. L’agence publique finance 1,5 million d’euros de l’événement américain, sur 5,8 millions investis au total dans Vinitaly en Italie et à l’étranger, une hausse de 66,1 % par rapport à 2025.

Vignes aux feuilles dorées en automne dans les Langhe, au Piémont
Les Langhe à l’automne : le Piémont du nebbiolo, du Barolo et du Barbaresco fait partie des vitrines de l’Italie à l’étranger. Photo : Ida Astrid, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
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Et pour la France ?

Le contraste mérite d’être noté. Les vins français et italiens subissent les mêmes vents contraires : taxes américaines, consommation en baisse, marchés saturés. Nous avions vu en septembre combien les chiffres de FranceAgriMer sur le vrac et les exportations restaient fragiles. L’Italie, elle, répond par une stratégie offensive et coordonnée, où l’État, les foires (Veronafiere organise Vinitaly) et les consortiums tirent dans le même sens.

Ce n’est pas une garantie de succès : un budget de promotion ne compense pas des droits de douane. Mais l’Italie joue le temps long, et elle l’a déjà montré pendant vingt ans. La question pour la filière française est simple : face à un concurrent qui double sa mise au plus fort de la crise, qui porte la voix collective du vin français à l’étranger, et avec quels moyens ?

Ce que ça change pour l’amateur

Pour vous, cette offensive a une conséquence concrète : le vin italien va rester très présent, et souvent bien placé en prix, sur les marchés export comme chez nos cavistes. Les stocks élevés poussent aussi certaines appellations à soigner leur rapport qualité-prix. C’est le bon moment pour sortir du trio Chianti, Prosecco, Pinot Grigio et explorer le nebbiolo du Piémont ou le glera, le cépage du Prosecco, dans ses versions les plus sérieuses.

Et si vous préférez qu’on choisisse pour vous des bouteilles venues d’ailleurs, notre comparatif des box vin passe en revue les formules qui font voyager le palais, Italie comprise.

Questions fréquentes

Combien l’Italie exporte-t-elle de vin ?

Selon les données de l’Istat analysées par WineNews, les exportations de vin italien ont atteint un record de 8,07 milliards d’euros en 2024, puis 7,7 milliards en 2025. Elles étaient de 3 milliards d’euros en 2005.

Qu’est-ce que l’agence ITA ?

ITA – Italian Trade Agency, l’ancien ICE, est l’agence publique italienne de promotion du commerce extérieur. Elle fête ses 100 ans en 2026 et a porté son budget dédié au vin de 9 millions d’euros en 2025 à 19 millions en 2026.

Quand a lieu Vinitaly.Usa 2026 ?

La troisième édition de Vinitaly.Usa se tient à New York les 26 et 27 octobre 2026, après deux éditions à Chicago. Elle réunit 300 exposants italiens et 2 500 étiquettes.

Source : WineNews, 4 octobre 2026 (données Istat et ITA). Crédits photos : panneau Vinitaly à Vérone, Bruno Cordioli, CC BY 2.0 ; collines de Valdobbiadene, Civvì, CC BY-SA 4.0 ; Langhe à l’automne, Ida Astrid, CC BY-SA 4.0 ; via Wikimedia Commons.



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