L'essentiel en 30 secondes
- FranceAgriMer a publié le 1er octobre 2026 sa note de conjoncture de septembre : sur les six premières semaines de la campagne 2026/2027, les volumes de vin vendus en vrac sont globalement en baisse, en rouge comme en blanc.
- Les prix montent sur les rouges : +13 % pour les Vins de France rouges (60 €/hl) et +9 % pour les IGP rouges (95 €/hl). Le rosé fait exception, avec des volumes en hausse.
- À l’export, les sept premiers mois de 2026 reculent de 2 % en volume comme en valeur. Les États-Unis repartent en volume (+5 %), le Royaume-Uni progresse (+8 %), l’Allemagne et l’Asie reculent.
- Contrairement à ce qu’a écrit une partie de la presse étrangère, la note ne parle ni de production « stable » ni de consommation en hausse : aucune donnée de consommation n’a été publiée ce mois-ci.
Chaque mois, FranceAgriMer, l’établissement public qui suit les filières agricoles, publie une photographie du marché du vin français. Celle de septembre 2026, mise en ligne le jeudi 1er octobre, était attendue : c’est la première à mesurer les effets de la vendange 2026, la plus faible depuis 1957. Le verdict tient en une phrase : moins de vin change de mains, et il se vend plus cher.
Le sujet a aussi circulé à l’étranger, avec un résumé très différent. Le site espagnol Vinetur a titré le 1er octobre que la France « maintient stable sa production de vin », en évoquant une consommation intérieure en hausse et des exportations portées par l’Asie. Nous avons ouvert le document original de FranceAgriMer : il dit à peu près l’inverse. Voici ce qu’il contient vraiment.
Six semaines de campagne : le vrac se raréfie
La campagne viticole démarre début août. La note couvre ses six premières semaines et repose sur les contrats de vente de vin en vrac, c’est-à-dire le vin vendu en citerne par les caves et les vignerons aux négociants, avant toute mise en bouteille. C’est le baromètre le plus direct du marché, celui qui fixe le coût des vins d’entrée de gamme que l’on retrouve ensuite en rayon.
Premier constat, FranceAgriMer le résume sans détour : « globalement, les volumes sont en baisse, pour les vins rouges et blancs, aussi bien les Vins de France que les IGP ». Les écarts sont spectaculaires sur certains segments. Les Vins de France (sans indication géographique) rouges tombent à 26 667 hectolitres, soit 44 % de moins que la référence retenue dans la note, la campagne 2024/2025. Les IGP blancs reculent de 37 %, les IGP rouges de 30 %.
| Segment (vrac, semaines 1 à 6) | Volume | Évolution | Prix moyen | Évolution |
|---|---|---|---|---|
| Vin de France rouge | 26 667 hl | -44 % | 60 €/hl | +13 % |
| Vin de France rosé | 51 013 hl | +45 % | 66 €/hl | +2 % |
| Vin de France blanc | 22 656 hl | -36 % | 79 €/hl | -1 % |
| IGP rouge | 48 408 hl | -30 % | 95 €/hl | +9 % |
| IGP rosé | 69 588 hl | +5 % | 80 €/hl | -1 % |
| IGP blanc | 36 672 hl | -37 % | 116 €/hl | +9 % |
Source : FranceAgriMer, note de conjoncture vin de septembre 2026, d’après les contrats d’achat en vrac. Évolutions calculées par FranceAgriMer par rapport à la campagne 2024/2025.
Le rosé est le seul à nager à contre-courant : +45 % de volumes pour les Vins de France rosés, +5 % pour les IGP rosés. Les prix, eux, restent sages (+2 % et -1 %). Autrement dit, il y a du rosé disponible et les acheteurs ne se battent pas pour l’obtenir.

Pourquoi les prix montent : une récolte de 34 millions d’hectolitres
La note rappelle le contexte dans un encadré. D’après l’estimation d’Agreste, le service statistique du ministère de l’Agriculture, arrêtée au 1er septembre, la récolte 2026 s’élèverait à 34 millions d’hectolitres, soit 6 % de moins qu’en 2025 et 17 % sous la moyenne 2021-2025. FranceAgriMer attribue cette baisse à deux causes : la diminution des surfaces de vigne (arrachages, abandons) et des rendements faibles liés à la sécheresse et à la canicule de l’été.
Moins de vin à vendre, des acheteurs qui doivent tout de même remplir leurs gammes : le mécanisme est classique. Il joue surtout sur les rouges, dont les volumes ont le plus fondu. Les rouges à base de cépages précisés suivent la même pente : les Vins de France rouges de cépage (souvent du merlot, du cabernet ou de la syrah) gagnent 19 % à 74 €/hl.
Il faut cependant garder la mesure. Des prix en hausse après plusieurs années très difficiles pour les rouges, c’est d’abord une respiration pour les caves coopératives du Sud, qui produisent l’essentiel de ces volumes. En Roussillon, plusieurs caves étaient au bord de la rupture cet été, et une partie des excédents passés a fini à la distillation subventionnée.
Ce que la note ne dit pas
Pas un mot sur une hausse de la consommation des Français : la rubrique consommation de la note tient en une ligne, « pas de nouvelles données de consommation disponibles ce mois-ci ». Pas de production « stable » non plus : la seule estimation citée est en baisse de 6 %. Et les exportations vers l’Asie ne tirent rien du tout, elles reculent. Méfiez-vous des résumés qui circulent sans lien vers le document source.
Export : l’Amérique repart, l’Asie et l’Allemagne décrochent
Le second volet de la note porte sur le commerce extérieur, de janvier à juillet 2026. Au total, la France a exporté 7,36 millions d’hectolitres pour 6,48 milliards d’euros, en baisse de 2 % en volume comme en valeur. Le prix moyen reste stable, à 8,81 € le litre. FranceAgriMer décrit « un contexte international toujours perturbé mais qui semble se stabiliser ».
- États-Unis : 1,13 million d’hectolitres, +5 % en volume, mais -6 % en valeur. Le marché rebondit après une année 2025 « fortement perturbée par l’application des droits de douane », mais au prix de concessions : le prix moyen chute de 11 %. Le Champagne y recule de 3 %.
- Royaume-Uni : la bonne surprise, avec +8 % en volume et +4 % en valeur. Les effervescents progressent de 13 %, et les crémants et autres effervescents AOP hors Champagne bondissent de 37 %. Les volumes restent toutefois sous leur niveau de 2020.
- Allemagne : -8 % en volume et -10 % en valeur, sur un marché « toujours atone ». Seul le Champagne y retrouve des couleurs (+16 % en volume).
- Asie : zone « toujours baissière », à cause des marchés chinois et coréen.
- Belgique et Pays-Bas reculent aussi (-8 % et -7 % en volume), tandis que de petits marchés montent : Danemark (+6 %) et Singapour (+16 %).
Ces chiffres prolongent ce que nous observions début septembre sur les exportations de Champagne et de Bordeaux : la France vend un peu moins, avec de fortes disparités selon les régions et les pays.

Importations : l’Espagne au plus bas, le Prosecco en forme
La France importe aussi du vin, surtout du vrac espagnol bon marché. Sur sept mois, les importations chutent de 17 % en volume (2,78 millions d’hectolitres) et de 8 % en valeur (environ 470 millions d’euros). Les achats de gros vrac espagnol reculent de 23 % : c’est leur plus faible niveau sur cette période depuis 2009, à un prix moyen d’environ 0,71 € le litre.
Côté italien, les volumes se stabilisent (+1 %), mais avec deux tendances opposées : le gros vrac recule de 12 %, tandis que les effervescents progressent de 17 %, portés par le Prosecco (+29 %). Le vin pétillant à base de glera continue de séduire les Français, au moment même où l’Italie affiche des caves pleines après ses vendanges 2026.
Ce que ça change pour votre bouteille
Le vrac d’aujourd’hui fait les prix en rayon de demain. Des IGP rouges et blancs vendus 9 % plus cher en sortie de cave laissent prévoir une pression sur le prix des vins d’entrée et de milieu de gamme dans les prochains mois, notamment les vins de cépage du Languedoc-Roussillon, gros fournisseur de ces volumes. Rien n’est automatique pour autant : la grande distribution négocie dur, et les hausses mettent souvent plusieurs mois à arriver au consommateur.
Le rosé, lui, devrait rester abordable, vu l’abondance de l’offre. Pour les rouges, le bon réflexe est de diversifier ses régions plutôt que de payer plus cher la même bouteille, en s’aidant par exemple de notre carte des vignobles français. Et pour découvrir plusieurs vins sans acheter de cartons entiers, une box de dégustation reste une bonne façon de tester avant de s’engager.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le vin en vrac ?
C’est le vin vendu en grande quantité, en cuve ou en citerne, par les vignerons et les caves coopératives aux négociants, qui l’assemblent et le mettent en bouteille. Son prix, exprimé en euros par hectolitre, sert de baromètre au marché des vins courants.
La production de vin française est-elle stable en 2026 ?
Non. L’estimation d’Agreste au 1er septembre 2026, citée par FranceAgriMer, donne 34 millions d’hectolitres, soit 6 % de moins qu’en 2025 et 17 % sous la moyenne 2021-2025, à cause de la sécheresse, de la canicule et de la baisse des surfaces de vigne.
Les exportations de vin français progressent-elles en 2026 ?
Pas globalement. De janvier à juillet 2026, elles reculent de 2 % en volume et en valeur, à 7,36 millions d’hectolitres et 6,48 milliards d’euros. Les États-Unis et le Royaume-Uni progressent en volume, l’Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas et l’Asie reculent.
Le vin va-t-il coûter plus cher en magasin ?
C’est probable pour une partie des rouges et des blancs d’entrée de gamme, dont le prix en vrac a augmenté de 9 à 13 % selon les segments. La hausse en rayon dépendra des négociations avec la grande distribution et met souvent plusieurs mois à se répercuter. Le rosé, plus abondant, devrait rester stable.
Sources : FranceAgriMer, « Conjoncture vin et cidre, septembre 2026 », note publiée le 1er octobre 2026 (données de contrats vrac VSIG et IGP, Agreste 2026, Trade Data Monitor) ; Vinetur, « Francia mantiene estable su producción de vino tras una vendimia marcada por el clima », 1er octobre 2026. Crédits photos : image à la une, camion-citerne à vin dans le Cher par Cjp24, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 ; cuves de stockage par jacme31, Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0 ; verres de vin dans un chai, visuel à titre d’illustration.
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