- Le millésime 2025 est quasi-unanimement salué comme l’un des plus grands de la décennie par les critiques internationaux.
- Pourtant, la Place de Bordeaux observe une réticence marquée des acheteurs selon Liv-ex — marché prudent, immobilisation de capital questionnée.
- Prix mai 2026 : Cheval Blanc +20 %, Lafite +16 %, La Fleur-Pétrus +7 %, Pontet-Canet +5 %.
- Les grands crus encore attendus en juin (Mouton, Haut-Brion, Pavie, La Mission) pourraient être les derniers arbitrages décisifs.
C’est le paradoxe de la campagne de primeurs 2026 : les dégustateurs sont unanimes, les notes de 95 à 100/100 pleuvent, les vignerons rayonnent — et pourtant, les négociants de la Place de Bordeaux hésitent. Le millésime 2025 est peut-être le meilleur depuis 2010 ou 2015, mais les acheteurs se montrent étonnamment frileux. Alors, faut-il craquer maintenant, avant les sorties de juin, ou attendre patiemment la mise sur le marché dans 18 à 24 mois ?
Vinabox fait le point, chiffres en main, avant le grand rush des premières semaines de juin.
Un millésime 2025 qui écrase tous les doutes sur la qualité
Rarement une campagne de primeurs bordelaise n’a généré autant de consensus chez les critiques. Qu’il s’agisse de Neal Martin (Vinous), James Suckling, Jane Anson (Decanter) ou Antonio Galloni, le constat est le même : 2025 offre ce que les amateurs de Bordeaux espèrent depuis des années — des vins frais, structurés, sans le gigantisme alcoolique des années chaudes, avec des tanins d’une finesse remarquable.
Quelques jalons de la campagne mai 2026 :
- Lafite Rothschild 2025 : noté 98-100/100 par Neal Martin et James Suckling, dernier millésime issu des cuves de fermentation en bois historiques. Prix sortie : 336 €/bouteille, soit +16 % par rapport à 2024.
- Cheval Blanc 2025 : coup de cœur unanime pour sa texture soyeuse et son assemblage innovant (Cabernet Franc dominant). Prix : 366 €/bt, en hausse de 20 %.
- Angélus 2025 et Palmer 2025 : tous deux notés 97 points, à des tarifs plus accessibles pour les amateurs de Rive Droite et de Margaux.
Sur le fond, le 2025 se distingue par des alcools modérés (13 à 13,5 %), une acidité naturelle préservée grâce aux nuits fraîches de septembre, et une structure tannique qui promet une garde exceptionnelle — 30 à 40 ans pour les grands crus classés.
Les années millésimées en « 5 » ont une réputation légendaire à Bordeaux : 1945, 1955, 1975, 1985, 2005, 2015… Le 2025 s’inscrirait dans cette lignée dorée, selon plusieurs maîtres de chai rencontrés lors de la semaine des primeurs d’avril 2026.
Mais le marché, lui, n’est pas emballé — et Liv-ex le dit clairement
Paradoxe : cette qualité exceptionnelle n’a pas suffi à provoquer l’enthousiasme habituel des acheteurs institutionnels. Tom Burchfield, analyste chez Liv-ex (la principale place de marché secondaire mondiale des vins fins), a résumé l’ambiance en quelques mots : « Une grande réticence persiste — les membres de Liv-ex anticipent un déclin supplémentaire des ventes de primeurs. »
Plusieurs facteurs expliquent cette prudence :
- L’écart primeur / marché secondaire s’est réduit. Sur certaines appellations, le prix de sortie en primeur 2025 est presque identique au prix actuel des millésimes 2019 ou 2020 sur le marché secondaire — déjà disponibles, déjà en bouteille, sans attente.
- L’immobilisation de capital reste longue. Acheter en primeur, c’est payer aujourd’hui pour recevoir le vin en bouteille 18 à 24 mois plus tard. Dans un contexte de taux d’intérêt encore élevés, cette équation est moins favorable qu’en 2010 ou 2015.
- La pression sur les prix continue. Après les hausses de 2021 et 2022, une partie des acheteurs professionnels a reconstitué leurs caves sur les millésimes précédents et n’a pas besoin d’acheter.
Résultat : la campagne de mai a été décrite par les négociants comme « chaotique » — non pas à cause de la qualité des vins, mais des trois ponts de mai (8, 14 et 25 mai), qui ont fragmenté les journées commerciales et ralenti les annonces de prix.
Les prix 2025 : une hausse raisonnée ou un frein pour les amateurs ?
Les châteaux ont opté pour deux stratégies distinctes en mai 2026 :
- Hausses assumées pour les icônes : Cheval Blanc +20 %, Lafite +16 %, La Fleur-Pétrus +7 %. Ces châteaux misent sur la rareté et la notoriété du millésime pour justifier des prix records.
- Corrections modestes pour les seconds crus et les châteaux axés sur le volume : Pontet-Canet +5 %, plusieurs châteaux de la Rive Droite stables ou en légère baisse, cherchant à reconquérir des acheteurs particuliers.
Pour un amateur passionné qui achète 6 à 12 bouteilles par an, la réalité est simple : à 336 € la bouteille pour Lafite Rothschild, ou 366 € pour Cheval Blanc, la cible s’est fortement réduite. En revanche, certains Saint-Émilion Grands Crus Classés B, certains Pessac-Léognan et plusieurs châteaux du Médoc accessibles entre 20 et 50 €/bt offrent encore un rapport qualité-prix très convaincant sur ce millésime.

Acheter maintenant ou attendre ? La réponse selon votre profil
Il n’existe pas de réponse universelle, mais voici les lignes directrices que Vinabox vous propose selon votre situation.
→ Achetez maintenant sur les crus accessibles (20-80 €). Sur un millésime de cette qualité, les prix monteront sur le marché secondaire dans 5 à 10 ans. Le différentiel primeur / rémission sera significatif.
→ Comparez d’abord avec le marché secondaire actuel. Si Lafite 2021 ou 2022 est disponible à des prix proches du 2025 primeur, l’argument économique s’affaiblit. L’attrait du 2025 est avant tout la certitude d’un très grand millésime à 40 ans — pas la spéculation à court terme.
→ Attendez les sorties de juin (Mouton Rothschild, Haut-Brion, Pavie) pour avoir une vue complète de la campagne — puis achetez en direct chez un négociant avec livraison garantie en 2027.
Ce qui reste à sortir en juin : les derniers grands arbitrages
La campagne de mai ne représente qu’une partie des châteaux classés. Les semaines du 1er au 15 juin 2026 verront sortir les annonces les plus attendues de la campagne :
- Mouton Rothschild 2025 — premier cru Pauillac déjà couvert lors des dégustations d’avril, notes entre 97 et 100/100 selon les dégustateurs. Prix attendu autour de 300-360 €/bt.
- Haut-Brion 2025 et La Mission Haut-Brion 2025 — les deux stars de Pessac-Léognan, souvent décalées en fin de campagne. Millésimes réputés dans ce terroir grave.
- Pavie 2025 — Saint-Émilion Premier Grand Cru Classé A, attendu avec impatience après un 2022 et 2023 excellents.
- Clos Fourtet, Figeac et plusieurs châteaux de Pomerol non encore annoncés complèteront le tableau.
Ces sorties constitueront le véritable baromètre de la campagne : si Mouton et Haut-Brion affichent des prix raisonnés (hausse < 10 %), c’est un signal fort pour les acheteurs. Si les prix s’envolent, la prudence de Liv-ex se confirme.
Questions fréquentes sur les primeurs Bordeaux 2025
Qu’est-ce que les primeurs Bordeaux ?
Les primeurs sont un système d’achat « sur fûts » : vous achetez le vin avant qu’il soit mis en bouteille, généralement en avril-juin de l’année suivant la récolte. La livraison intervient 18 à 24 mois plus tard. C’est un marché mondial, centré sur Bordeaux, qui permet aux châteaux de lever des fonds tôt et aux acheteurs de sécuriser des millésimes rares.
Comment puis-je acheter des primeurs Bordeaux 2025 ?
Vous pouvez acheter via un négociant en vins reconnu (iDealwine, Millésima, Terres de Vins, Cave des Chartrons…) ou directement auprès de la cave d’un château qui vend en direct. Comparez les prix HT/TTC, les frais de port et les délais de livraison avant de vous engager.
Les primeurs 2025 valent-ils vraiment le coup par rapport aux millésimes déjà disponibles ?
Sur les grands crus classés de Bordeaux, le 2025 offre une qualité hors norme — certains critiques le comparent aux 2015 et 2010. Sur les appellations accessibles (Médoc, Rive Droite), le rapport qualité-prix est très solide. En revanche, pour les crus à plus de 200 €/bt, comparez systématiquement avec les prix actuels du marché secondaire avant de vous engager.
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