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Domaine la Mercadine à Pontevès (Var) — vignoble bio de Lucie Dermidjian

Feux de vignes 2026 : quand l’enherbement bio crée un couloir pour les flammes en Provence

L'essentiel

  • Incendie géant le 21 juillet 2026 à Pontevès (Var) : 2 700 hectares de végétation partis en fumée
  • Domaine la Mercadine : 10 ha de vignes bio partiellement détruits sur 16 ha au total
  • La vigneronne Lucie Dermidjian : « le feu avait un couloir avec l’enherbement et les haies »
  • Paradoxe agroécologique : les pratiques bio (enherbement, haies) peuvent amplifier la propagation des feux
  • L’outil Viti-incendie (financé par les interprofessions du Languedoc) permet d’évaluer le risque par parcelle

Mardi 21 juillet 2026, midi. Lucie Dermidjian est dans ses vignes de Pontevès, dans le Var, quand elle aperçoit de la fumée à un kilomètre. « En 10-15 minutes, tout a pris feu instantanément. » Le Domaine la Mercadine — 16 hectares de vigne cultivés en bio — se retrouve en quelques instants au cœur d’un incendie qui consumera 2 700 hectares de végétation. Dix hectares de vignes sont partiellement ou totalement détruits. Un brasier qui a mis en lumière une tension méconnue : celle entre les pratiques agroécologiques et le risque incendie, dans un contexte de canicules à répétition qui transforment le Sud de la France en poudrière.

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Un feu en dix minutes, des flammes à 40-50 mètres

Le récit de Lucie Dermidjian, publié par Vitisphère le 24 juillet 2026, donne la mesure de la violence de l’incendie. « Les flammes étaient à 40-50 mètres. Je me suis dit que j’allais me réveiller, que c’était un cauchemar. » Quand les pompiers lui ont demandé d’évacuer — 1 000 sapeurs-pompiers, 265 engins, deux Canadairs et un hélicoptère Dagon ont été mobilisés —, elle a refusé. Elle voulait sauver son hangar photovoltaïque. Il a tenu. Pas ses vignes.

Bilan : le système d’irrigation goutte-à-goutte a fondu, le bassin d’irrigation est endommagé. Sept hectares d’IGP restent indemnes. Les neuf autres sont à reconstruire.

L’enherbement bio, coupable idéal ou bouc émissaire ?

La phrase qui fait débat dans la filière : « Le feu avait un couloir magnifique pour se propager avec l’enherbement et les haies. C’était inarrêtable une fois que ça a pris les haies. » Lucie Dermidjian — vigneronne bio, convaincue de ses pratiques — s’interroge à voix haute : faut-il revoir complètement ces pratiques, ou installer des coupe-feu ?

La question est légitime mais délicate. L’enherbement entre les rangs de vigne est devenu un marqueur fort de la viticulture durable : il limite l’érosion, favorise la biodiversité, améliore la vie microbiologique du sol. Les haies brise-vent protègent du mistral et des intrusions d’insectes. Mais en période de sécheresse extrême, cet enherbement desséché devient combustible. Et les haies, des corridors.

Ce n’est pas la première fois que le feu frappe les vignobles du Sud en 2026. En juillet, 700 hectares du Minervois avaient déjà brûlé, selon Vitisphère, dans un incendie démarré sur la commune de Beaufort (Hérault). Le Cahors avait lui aussi subi un incendie dévastateur — le Château Haute-Serre avait vu ses vignes touchées. Chaque événement rappelle que le changement climatique redessine la carte des risques pour la viticulture française.

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Un été 2026 qui met le vignoble à genoux

L’incendie du Var survient dans un contexte déjà très tendu. Le millésime 2026 est le plus précoce de l’histoire de la viticulture française : les premières vendanges ont commencé le 16 juillet dans l’Aude et l’Hérault, du jamais-vu. Trois vagues de chaleur ont frappé le Sud depuis mai. La sécheresse a réduit les rendements. Et maintenant, les feux.

Pour les vignobles de Provence — dont les rosés représentent 90 % de la production et séduisent une clientèle internationale croissante — l’image d’un terroir en flammes est une préoccupation qui va bien au-delà de la perte de récolte. C’est la marque Provence qui est fragilisée, au moment où elle n’a jamais été aussi forte sur les marchés export.

Des pistes concrètes pour réduire le risque

Lucie Dermidjian appelle à concrétiser le projet du canal de Provence, déjà évoqué depuis plusieurs années : « L’eau, c’est vital pour les pompiers », dit-elle. Une eau qui manque cruellement dans le Var en été.

Du côté des interprofessions, des outils existent. L’outil Viti-incendie, financé par les interprofessions du Languedoc et enrichi en 2026, permet à chaque vigneron d’évaluer la vulnérabilité de ses parcelles au feu — en tenant compte des types de végétation, de la topographie, des accès pompiers. Un outil préventif, qui n’empêche pas le feu mais aide à anticiper.

La vraie réponse sera systémique : coupe-feu aménagés aux abords des parcelles, enherbement différencié (ras en bordure, naturel au cœur des rangs), maintien de zones de débroussaillement obligatoire. Des adaptations qui coûtent du temps et de l’argent — deux ressources que les vignerons du Sud n’ont, en ce moment, pas en abondance.

Questions fréquentes sur les incendies et le vignoble

L’enherbement bio augmente-t-il vraiment le risque d’incendie ?

En période de sécheresse prolongée, l’enherbement desséché entre les rangs de vigne peut effectivement devenir combustible et faciliter la propagation du feu. Les haies et brise-vent amplifieront cet effet. Cela ne signifie pas que les pratiques bio sont à abandonner, mais elles doivent être adaptées (zones tampons, débroussaillement renforcé en été) dans les secteurs à risque incendie élevé.

Qu’est-ce que le Viti-incendie ?

Viti-incendie est un outil en ligne développé par le Pôle Technique InterSud et financé par les interprofessions viticoles du Languedoc. Il permet aux vignerons d’évaluer la vulnérabilité de leurs parcelles au risque incendie et de recevoir des recommandations adaptées à leur situation spécifique. L’outil a été enrichi en 2026 suite aux événements de cet été particulièrement meurtrier.

Le vin produit à proximité d’un incendie est-il consommable ?

Les raisins exposés à de la fumée dense peuvent développer ce qu’on appelle le « goût de fumée » (smoke taint). Ce phénomène est lié à des composés phénoliques (guaïacol, syringol) qui se fixent dans la chair du raisin. Selon l’intensité et la durée d’exposition, le vin peut présenter des notes de cendres et de fumée désagréables. Les vignerons concernés font généralement analyser leurs raisins avant de décider de vinifier ou de détruire la récolte.

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Crédits photos : Domaine la Mercadine, Pontevès (Var) © Domaine la Mercadine.

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