- Les vignobles de Bourgogne atteignent 5,8 M€/ha en 2025 — record absolu en France
- À Margaux, le prix a chuté de 43 % en un an. À Pauillac, -32 %
- Bordeaux moyen : 85 595 €/ha, quatrième recul consécutif
- La Bourgogne enregistre 106 transactions en Côte-d’Or — jamais vu depuis 30 ans
Deux vignobles français. Deux destins opposés. Pendant que la Côte-d’Or pulvérise tous les records avec des hectares qui s’arrachent à plus de 5 millions d’euros, Bordeaux continue sa chute libre — et pour la première fois, même les appellations les plus prestigieuses capitulent. Les données Safer 2025 dressent un portrait saisissant de la fracture qui divise le vin français en deux France.
La Bourgogne dans une autre stratosphère
Un hectare de grand cru en Côte-d’Or peut désormais dépasser 7 millions d’euros. La transaction record recensée en 2025 s’est conclue à 5 815 726 €/ha — un chiffre qui n’a aucun équivalent dans l’histoire viticole française. Pour comprendre ce que cela représente : c’est 68 fois le prix moyen d’un hectare agricole en France.
Même hors grands crus, la tendance est vertigineuse. Les premiers crus Chardonnay (Côte-d’Or) se négocient en moyenne à 2,7 M€/ha, les premiers crus Pinot Noir à 1,15 M€/ha, soit +11 % en un an selon les données Safer compilées par Decanter. La Côte des Blancs en Champagne suit la même logique ascendante à 1,69 M€/ha (+3,5 %).
Ce qui frappe encore plus, c’est le volume : 106 transactions ont été enregistrées en Côte-d’Or en 2025, un chiffre supérieur à toutes les années précédentes. Ceux qui achètent de la Bourgogne ne le font pas pour planter des vignes — ils achètent un actif de luxe limité, fini, non reproductible.
« Il existe un marché de niche pour certains investisseurs qui ne veulent pas posséder la bouteille, mais plutôt le vignoble qui la produit. » — Nicolas Agresti, directeur d’études à la Safer
En bas de l’échelle bourguignonne, même les appellations régionales résistent : une appellation Bourgogne générique tourne autour de 35 000 €/ha, Chablis autour de 200 000 €/ha, la Côte de Beaune à 420 000 €/ha. Le plancher est élevé.
Bordeaux : la chute n’épargne plus personne
À 200 kilomètres de là, le tableau est radicalement différent. Le prix moyen des vignes à Bordeaux-Aquitaine ressort à 85 595 €/ha en 2025, soit -24 % en un an. C’est le quatrième recul consécutif pour le premier vignoble d’appellation d’origine protégée (AOP) au monde par la superficie.
Pendant longtemps, les grandes appellations communales faisaient office de refuge. Pauillac, Margaux, Saint-Émilion résistaient pendant que les Bordeaux et Côtes de Bordeaux perdaient du terrain. Ce bouclier a cédé.
Les données 2025 sont sans appel :
- Pauillac : 1,7 M€/ha, soit -32 % en un an
- Margaux : 800 000 €/ha, soit -43 % en un an
- Bordeaux et Côtes de Bordeaux : autour de 8 000 €/ha en moyenne — un niveau qui ne laisse aucune marge aux vignerons
Pour contextualiser : un hectare à Margaux vaut aujourd’hui moins qu’un premier cru Pinot Noir en Côte-d’Or. Il y a cinq ans, ce scénario aurait semblé irréel.
En 2025, le marché viticole français (hors Champagne) a reculé de 6,8 % en valeur globale. Mais cette moyenne masque une réalité binaire : la Bourgogne tire vers le haut, Bordeaux tire vers le bas. Sans la Bourgogne, le recul serait bien plus sévère.
Pourquoi cet écart s’est-il creusé aussi vite ?
La réponse tient en un mot : rareté. La Côte-d’Or couvre à peine 9 500 hectares — soit un dixième de la superficie de Bordeaux. Les grands crus sont entièrement plantés, délimités depuis des siècles, impossibles à étendre. Quand la demande mondiale pour le Pinot Noir et le Chardonnay de Bourgogne monte — portée par l’Asie, les États-Unis, les fonds d’investissement — les prix ne peuvent que grimper.
Bordeaux souffre de l’inverse. La restructuration en cours est radicale : 25 caves coopératives se fondent en 6, 30 000 hectares ont été arrachés depuis 2021, les dettes filière atteignent 250 M€. La production a été divisée par deux (de 5 à 3 millions d’hectolitres). La marque Bordeaux reste forte, mais le produit de masse souffre d’un changement de goût générationnel profond — les jeunes consommateurs se tournent vers d’autres régions, d’autres styles, d’autres prix.
Ironiquement, le millésime 2025 s’annonce exceptionnel. Les primeurs qui sortent ce mois de juin portent des notes exceptionnelles. Mais l’excellence du vin et la valorisation des terres n’évoluent plus en tandem.
Faut-il acheter une vigne aujourd’hui ?
La question que beaucoup d’amateurs de vin se posent : est-ce le bon moment pour investir dans un vignoble français ?
Pour la Bourgogne, les experts Safer sont unanimes : les prix ont atteint des niveaux qui ne se justifient plus par le seul rendement viticole. C’est un marché d’actifs rares, animé par des investisseurs institutionnels et des fortunes privées internationales. L’accès est de plus en plus réservé à quelques acteurs capables de sortir plusieurs millions d’euros pour quelques rangées de vignes.
Pour Bordeaux, le signal est ambigu. La baisse crée des opportunités réelles pour qui croit à un rebond de la marque à long terme — et certains observateurs voient dans la restructuration en cours les prémices d’une nouvelle ère. Mais le calendrier de ce rebond reste incertain.
Entre les deux, des régions moins médiatisées gagnent discrètement en attractivité : la Vallée du Rhône, le Languedoc, l’Alsace, le Jura — des terroirs où la valorisation reste accessible et les fondamentaux solides.
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Questions fréquentes
Quel est le prix au mètre carré d’un grand cru de Bourgogne ?
Les grands crus de la Côte-d’Or dépassent régulièrement 700 € le mètre carré (soit plus de 7 M€/ha). La transaction record 2025 recensée par la Safer s’est conclue à 5 815 726 €/ha. À titre de comparaison, un appartement à Paris dans les arrondissements les plus chers tourne autour de 12 000 à 15 000 €/m².
Pourquoi les vignobles de Bordeaux baissent-ils autant en 2025 ?
Plusieurs facteurs convergent : effondrement de la demande mondiale de Bordeaux rouge de masse, surproduction historique, changement de goût des consommateurs (moins de vin rouge tannique), concurrence des autres régions, et crise de trésorerie des exploitations. Les appellations communales (Pauillac, Margaux) résistaient jusqu’à présent — leur baisse en 2025 (-32 % à -43 %) signale que la crise a atteint le haut de gamme.
La Bourgogne est-elle le vignoble le plus cher du monde ?
Oui, pour les parcelles de grands crus. La Romanée-Conti (1,81 ha, Pinot Noir pur) est souvent citée comme le vignoble le plus cher au monde, avec des estimations entre 15 et 20 M€/ha. Même pour les premiers crus les plus accessibles, la Bourgogne devance Napa Valley, Barossa et le reste du monde viticole en termes de valorisation foncière.
Y a-t-il des régions viticoles françaises attractives à prix raisonnables ?
Oui. Le Jura, le Languedoc (notamment le Pic Saint-Loup), la vallée du Rhône méridionale et l’Alsace offrent des vignobles de qualité à des prix accessibles (entre 15 000 et 80 000 €/ha pour les appellations courantes). Le Beaujolais, souvent sous-estimé, représente aussi une opportunité intéressante pour les amateurs de Gamay et de biodynamie.






