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Vignoble d'Armagnac dans les Landes — exemple de viticulture gasconn

11 millions d’euros pour 9 hectares de vigne : ce vigneron d’Armagnac parie tout sur l’agrivoltaïque

Au Domaine du Berdet, dans les Landes, Thierry Darrimajou a tout misé. 11 millions d’euros investis pour protéger 9 hectares de vignes contre le gel, la grêle, la canicule, les mini-tornades et même les chevreuils. Résultat observé cet été : ses vignes protégées ont grandi 40 à 50 cm de plus que leurs voisines non protégées, à traitement et irrigation identiques.

L'agrivoltaïque du Domaine du Berdet en chiffres

  • 11 millions d’euros investis pour 9 hectares de vignes
  • 7,6 MWc de puissance solaire installée, panneaux orientés plein sud
  • +40 à 50 cm de croissance supplémentaire vs. vignes non protégées
  • Région Armagnac : moyenne actuelle 8,6 hl/ha, seuil de viabilité 12 hl/ha
  • Localisation : Bourdalat, Landes — appellation Armagnac

Pourquoi l’Armagnac est au bord du gouffre climatique

L’Armagnac produit la plus ancienne eau-de-vie de France, mais les vignes qui servent de base à sa distillation encaissent des coups de plus en plus durs. Gels tardifs, grêles violentes, mini-tornades, canicules prolongées : la région des Landes et du Gers cumule tous les extrêmes climatiques. Le résultat est sans appel : la région tourne à 8,6 hl/ha en moyenne alors qu’il en faudrait 12 pour que les exploitations restent à flot.

Cette situation s’inscrit dans un tableau encore plus sombre pour le millésime 2026, qui a vu la France, l’Espagne et l’Italie renoncer simultanément à leurs prévisions de récolte, du jamais vu dans l’histoire moderne de la filière. Quand les rendements s’effondrent depuis six années d’affilée, certains vignerons cherchent des solutions radicales.

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Une forteresse à 11 millions d’euros sur 9 hectares

Pour sortir de cette spirale, Thierry Darrimajou a opté pour l’option la plus radicale : créer un environnement contrôlé autour de ses vignes. L’installation agrivoltaïque du Domaine du Berdet, à Bourdalat, est une des plus complètes de France en matière de protection combinée.

Le dispositif : une pergola de panneaux solaires en toiture (40 % de couverture au sol, orientation fixe plein sud, 7,6 MWc), doublée de filets anti-grêle rétractables à 4,5 mètres de hauteur, flanquée de brise-vents motorisés sur les côtés et de brise-vents fixes de 6 mètres au nord et au sud. Le sol est couvert de 10 cm de mulch de miscanthus. L’ensemble est entouré d’une clôture périmétrique, autant contre les chevreuils que contre le vol. Rien n’a été laissé au hasard.

Sur les 9 hectares installés, 8,6 sont sous panneaux et 1,8 ha servent de parcelle témoin, exposée aux mêmes conditions extérieures et traitée de façon identique. Une méthode scientifique classique qui permet de mesurer l’impact réel de l’installation sans biais.

+40 cm de croissance : les vignes protégées répondent

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Cet été, les vignes protégées ont affiché une croissance supplémentaire de 40 à 50 cm par rapport aux pieds témoins. Même irrigation, même traitement, mais une différence visible à l’oeil nu : les ceps « tordus par la chaleur » côté non protégé, des plants vigoureux côté panneaux solaires. C’est ce que rapporte Thierry Darrimajou dans l’enquête publiée par Vitisphere ce 9 août 2026.

Ce différentiel de croissance n’est pas anodin. Dans une région qui peine à atteindre 8,6 hl/ha, bien en dessous du seuil de rentabilité de 12 hl/ha, chaque centimètre de pousse supplémentaire représente un potentiel de rendement. Les mesures complètes sur la récolte 2026 permettront d’évaluer si l’investissement se traduit aussi en litres et en qualité aromatique.

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1,2 million d’euros par hectare : qui peut suivre ?

La vraie question reste l’équation économique. 11 millions d’euros pour 9 hectares, c’est 1,2 million d’euros par hectare investi. Pour comparaison, un hectare dans le Médoc bordelais se négocie autour de 10 000 euros suite à l’effondrement récent des prix fonciers. L’agrivoltaïque coûte donc 120 fois le prix de la terre dans l’une des appellations les plus convoitées de France.

Le salut vient en partie de la production électrique. Les 7,6 MWc installés génèrent de l’énergie revendue au réseau, ce qui contribue à l’amortissement sur le long terme. C’est le principe même de l’agrivoltaïque : la vigne et le solaire partagent le même espace et s’auto-financent partiellement. Mais la rentabilité globale du modèle reste à démontrer à grande échelle, pour un domaine viticole de taille standard.

Une technologie encore réservée aux pionniers

En France, les expérimentations agrivoltaïques en viticulture restent rares. Le Domaine de Nidolères, dans les Pyrénées-Orientales, avait été présenté comme « la première centrale agrivoltaïque au monde sur vignes » lors de son installation en 2018. L’Armagnac entre dans la cour avec une approche beaucoup plus complète et multiprotectrice.

À l’heure où la filière viticole française traverse une crise de vocation sans précédent, avec des jeunes vignerons prêts à tout abandonner après six années d’aléas climatiques d’affilée, l’agrivoltaïque pourrait représenter une piste de résistance sérieuse. À condition que les aides publiques et les mécanismes d’assurance suivent, car peu de domaines peuvent mobiliser 11 millions d’euros sur fonds propres.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que l’agrivoltaïque en viticulture ?

L’agrivoltaïque consiste à installer des panneaux solaires au-dessus ou entre les rangs de vignes, de manière à protéger les plants des excès climatiques (canicule, gel, grêle) tout en produisant de l’électricité. Les panneaux créent une ombre partielle et filtrent une partie du rayonnement solaire en été. L’énergie générée peut être revendue au réseau, ce qui contribue à l’amortissement de l’installation.

Pourquoi l’Armagnac souffre-t-il autant du changement climatique ?

La région Armagnac (Landes, Gers, Lot-et-Garonne) cumule plusieurs risques climatiques : gels tardifs au printemps, grêles violentes en été, vagues de chaleur prolongées et mini-tornades. Ces aléas réduisent les rendements en dessous du seuil de rentabilité (8,6 hl/ha en moyenne contre 12 hl/ha nécessaires). La région produit l’Armagnac, la plus ancienne eau-de-vie française, essentiellement à partir de l’Ugni Blanc.

Peut-on appliquer ce modèle à d’autres régions viticoles françaises ?

En théorie oui, mais le coût reste le principal frein. À 1,2 million d’euros par hectare d’installation, seules les exploitations disposant d’un financement exceptionnel (subventions, co-investissement avec un opérateur photovoltaïque) peuvent y accéder. Les résultats du Domaine du Berdet serviront de référence pour évaluer si l’équation économique est transposable à d’autres régions soumises aux aléas climatiques.

Vous souhaitez découvrir des vins de vignerons qui tiennent bon face au changement climatique ? Découvrez sur notre comparatif de box à vin comment des vignerons qui font face à ces défis climatiques arrivent sur votre table.

Photo : Jibi44, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons — Vignoble d’Armagnac dans les Landes.

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