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1855.com devant la justice : comment la plus grande fraude aux vins en ligne va enfin être jugée

⚡ En bref

  • 1855.com, ex-leader européen de la vente de vins en ligne, sera jugé devant le tribunal correctionnel de Paris après une ordonnance du 20 mars 2026.
  • Deux anciens dirigeants sont mis en examen pour pratiques commerciales trompeuses et escroquerie — ils bénéficient de la présomption d’innocence.
  • 1 200 clients ont été lésés sur des achats de primeurs de Bordeaux grand cru.
  • Selon l’instruction judiciaire, 75 % des vins vendus n’auraient pas été sécurisés au moment de la commande.
  • Le site a été mis en liquidation judiciaire en janvier 2015, laissant 11 000 créanciers et 41,5 millions d’euros de dettes.

Il aura fallu plus d’une décennie, une liquidation judiciaire, plusieurs changements de juge d’instruction et une association de victimes inlassable pour que l’affaire 1855.com arrive enfin devant les tribunaux. Ce 6 juin 2026, Vitisphere confirme que le renvoi est acté : les deux ex-dirigeants de la plateforme seront jugés devant le tribunal correctionnel de Paris — date à fixer — pour pratiques commerciales trompeuses et escroquerie.

Pour 1 200 clients floués sur des achats de vins primeurs de Bordeaux, c’est une nouvelle attendue depuis des années. Pour tous ceux qui achètent du vin en ligne, c’est un rappel utile des risques spécifiques du marché des grands crus.

Une plateforme au nom prometteur, un modèle risqué

1855.com : le nom n’est pas anodin. Il évoque la célèbre classification de 1855 des grands crus de Bordeaux, commande de Napoléon III pour l’Exposition universelle de Paris. Un nom choisi pour inspirer confiance — et qui a largement contribué au succès initial de la plateforme.

Fondé en 1995, le site est devenu le leader européen de la vente de vins en ligne, introduit en bourse en 2006 avec validation de l’AMF. À son apogée, il gérait près de 400 000 commandes sur 10 ans et se targuait d’offrir l’accès aux plus grands primeurs de Bordeaux à des prix attractifs.

La réalité cachée, selon les éléments recueillis par l’instruction : 75 % des vins vendus n’étaient pas achetés au moment de la commande. Ils n’étaient commandés aux châteaux que lorsqu’un client réclamait sa livraison. Un modèle de cavalerie financière : les recettes des nouvelles ventes servent à honorer les commandes passées — jusqu’à ce que la spirale se retourne.

L’affaire en chiffres : des millions de Bordeaux envolés

Les premières difficultés remontent au millésime 2005, exceptionnel mais hors de prix. En 2008, les retards de livraison se multiplient. En avril 2013, une alerte officielle est déposée. Les plaintes représentent alors 69 % sur des primeurs, 31 % sur des produits livrables. En janvier 2015, c’est la liquidation judiciaire : 41,5 millions d’euros de dettes, 11 000 créanciers.

Le volet pénal de l’affaire — celui qui va être jugé — cible spécifiquement les 1 200 clients lésés sur les achats de primeurs. L’association ABUS 1855, fondée par les victimes, a suivi l’affaire sans relâche depuis 2013, maintenant une pression judiciaire sur plus d’une décennie de procédure.

Emeric Sauty de Chalon (ex-président) et Fabien Hyon (ex-directeur général), tous deux mis en examen, bénéficient de la présomption d’innocence jusqu’au jugement. C’est le tribunal qui déterminera les responsabilités individuelles.

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Le tribunal correctionnel de Paris jugera l’affaire 1855.com — date à fixer.

Pourquoi les primeurs sont une zone de risque particulière

L’affaire 1855.com n’est pas un accident isolé : elle illustre une vulnérabilité structurelle des achats de vins en primeur. Le principe est séduisant — acquérir un grand Bordeaux deux ans avant sa mise en bouteilles, à prix réduit, en pariant sur la qualité du millésime — mais il crée une fenêtre de risque.

Si l’intermédiaire ne sécurise pas le stock au moment de l’achat, le client est exposé. Il a payé, mais rien ne garantit physiquement la bouteille qui lui sera livrée. Dans les années 2000-2010, aucune obligation légale n’imposait aux revendeurs en ligne de sécuriser les stocks immédiatement. La réglementation a depuis évolué — mais la vigilance reste de rigueur.

Pour les amateurs qui ont suivi les primeurs Bordeaux 2025 — avec ses 12 vins parfaits notés 100/100 — cette affaire résonne particulièrement fort. Les grands crus de 2025 seront proposés à des prix importants ; le choix de l’intermédiaire est critique.

Comment protéger vos achats de vins en ligne

✅ 5 réflexes avant d’acheter du vin en ligne

  1. Vérifiez l’ancienneté et la réputation : préférez les cavistes établis depuis 10+ ans avec des avis vérifiés (Trustpilot, Google).
  2. En primeur : demandez une confirmation de stock ou un contrat précisant les conditions de livraison et de remboursement.
  3. Méfiez-vous des prix très inférieurs au marché : un Lafite 2025 à -40% sans explication est un signal d’alarme.
  4. Payez par carte bancaire plutôt que par virement — le chargeback reste possible en cas de litige avéré.
  5. Pour de grands investissements : passez par un négociant agréé en Bordeaux ou un courtier certifié.

Le marché du vin en ligne a considérablement mûri depuis 2015. Des circuits comme les box à abonnement proposent un modèle totalement différent — livraison immédiate, sélection de sommeliers, garantie produit — sans aucun risque de primeur. Une option simple pour découvrir de grands vins sans se soucier de la sécurisation du stock.

En attendant le jugement de l’affaire 1855.com, les 1 200 victimes espèrent enfin une reconnaissance. Et pour les amateurs de grands Cabernet Sauvignon de Bordeaux, cette affaire est un rappel : la confiance se gagne sur des actes, pas sur un nom de domaine.

❓ Qu’est-ce que l’affaire 1855.com ?

1855.com était la plus grande plateforme européenne de vente de vins en ligne, fondée en 1995 et introduite en bourse en 2006. Elle a été mise en liquidation judiciaire en janvier 2015, laissant 11 000 créanciers et 41,5 millions d’euros de dettes. Le volet pénal de l’affaire concerne 1 200 clients lésés sur des primeurs de Bordeaux. Une ordonnance du 20 mars 2026 a renvoyé les deux ex-dirigeants devant le tribunal correctionnel de Paris.

❓ Comment fonctionne une escroquerie aux vins en primeur ?

Les primeurs se vendent deux ans avant la livraison. Si le vendeur ne sécurise pas le stock immédiatement à l’achat, il peut utiliser l’argent des nouvelles commandes pour honorer les anciennes — une sorte de cavalerie financière. Selon les éléments de l’instruction 1855.com, 75 % des vins vendus n’auraient pas été achetés au moment de la commande.

❓ Les victimes de 1855.com seront-elles remboursées ?

Partiellement. La liquidation judiciaire a permis quelques remboursements aux créanciers civils, mais les taux de recouvrement dans ce type de procédure sont souvent faibles. La procédure pénale en cours vise à établir les responsabilités individuelles des ex-dirigeants mis en examen. Toute condamnation éventuelle pourrait ouvrir des voies de réparation complémentaires pour les victimes.

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Jérémy Degryse

À propos de l'auteur

Jérémy Degryse

Grenoblois de 31 ans, passionné de vin depuis que je suis en âge d'en boire (et même un peu avant 🤫), j’adore chiner des pépites en ligne, déguster un bon Bo...

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