En bref : les vins fins qui remontent
- Depuis Q3 2025, le marché mondial des vins fins montre ses premiers signaux de plancher
- Mouton Rothschild domine : 5 millésimes (2005, 2008, 2010, 2015, 2018) en tendance haussière confirmée
- Lafite 2015 : momentum continu avec spread serré, le profil le plus convaincant selon Liv-ex
- Le Champagne 50 (indice Liv-ex) a retrouvé sa ligne de support long terme
- Opus One 2013 : seul représentant californien, fréquence de trading en hausse
Au milieu de la pire crise qu’ait connue la filière viticole mondiale depuis des décennies — stocks à 20 mois en Bordeaux, Pinot Noir californien bradé, foncier médocain en chute libre — une poignée de grands vins font exception. Selon une analyse publiée par The Drinks Business à partir des données de Liv-ex, la bourse de référence mondiale des vins fins, certains châteaux et appellations affichent des tendances haussières confirmées, trimestre après trimestre. Décryptage.
Un marché qui a touché son plancher en 2025
La méthode de Liv-ex est rigoureuse : pour être retenu dans cette analyse, un vin doit avoir été échangé au moins deux fois par trimestre, avec une valeur cumulée d’au moins 5 000 livres sterling. Une tendance haussière est définie comme trois ou quatre hausses trimestrielles consécutives du prix moyen pondéré par les volumes, depuis le deuxième trimestre 2025.
Pourquoi partir de Q2 2025 ? Parce que c’est à ce moment que le marché global des vins fins a commencé à se stabiliser, après deux années de correction sévère. Le Q3 2025 marque le point de plancher probable pour la majorité des régions. C’est depuis cette date que les reprises observées sont les plus significatives — et les plus fiables statistiquement.
Mouton Rothschild : cinq millésimes qui rebondissent
Bordeaux est la région qui compte le plus de vins dans cette liste de reprises — en grande partie grâce à sa liquidité : c’est le marché le plus actif sur Liv-ex. Et parmi les châteaux bordelais, c’est Mouton Rothschild qui domine, avec cinq millésimes en tendance haussière confirmée : 2005, 2008, 2010, 2015 et 2018.
Le Mouton 2015 affiche la performance la plus forte sur l’ensemble de la période analysée. Il semble toutefois s’être stabilisé autour de ses niveaux bas de 2020 — la majorité de sa progression ayant eu lieu en fin d’année 2025. Ce n’est pas un signal d’achat frénétique, mais la confirmation que le vin a trouvé son plancher et commence à construire une base solide.
Le Lafite 2015 raconte une histoire légèrement différente. Lui aussi se négocie actuellement autour de ses niveaux bas de 2020, mais son momentum reste intact : le spread acheteur/vendeur est serré, les échanges sont réguliers, et la direction haussière s’installe dans la durée. Pour les analystes de Liv-ex, c’est le profil le plus convaincant sur le marché bordelais en ce moment — un vin qui a passé son plancher et dont la reprise semble s’installer. Bonne nouvelle pour les amateurs de grands Bordeaux rouges qui cherchent des repères dans la tempête.
Ces données corroborent les tendances observées du côté des enchères : en 2025, iDealwine avait enregistré un record d’activité avec 391 000 bouteilles vendues pour 33,9 millions d’euros, portés en grande partie par les vins jeunes de Bordeaux. Le marché des vins fins n’est pas mort — il se réinvente.
Champagne 50 : l’indice Liv-ex retrouve son support
Le Champagne n’est pas épargné par la crise : 266 millions de bouteilles vendues en 2025, le pire bilan depuis 2001, et une filière qui cherche ses marques. Pourtant, les vins de Champagne de prestige — ceux qui s’échangent sur Liv-ex — semblent avoir trouvé leur sol.
Le Liv-ex Champagne 50, qui regroupe les 50 cuvées de prestige les plus échangées au monde, montre désormais des signes de stabilisation sur sa tendance haussière long terme. Un signal encourageant, même si la prudence reste de mise : la reprise du marché des vins de prestige n’implique pas une reprise du marché de masse. Ce sont deux réalités parallèles qui coexistent dans la filière depuis des mois.
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Opus One 2013 : la surprise californienne
La Californie vit une crise structurelle profonde : des producteurs de Pinot Noir qui ne parviennent pas à écouler leur vrac, même à prix zéro. Et pourtant, une exception tire son épingle du jeu : Opus One 2013, co-production emblématique entre Robert Mondavi et Baron Philippe de Rothschild, figure parmi les rares vins non-européens à afficher une tendance haussière confirmée selon Liv-ex.
Sa particularité : une fréquence de trading en hausse, signe que les acheteurs reviennent sur ce vin. Ancré dans deux univers — l’héritage de Bordeaux par son ADN winemaking, Napa Valley par son terroir — Opus One conserve une aura mondiale qui résiste même aux marchés difficiles. Un cas à part dans la crise californienne.
Ce que ces signaux signifient pour l’amateur
Ce panorama n’est pas un signal de reprise généralisée du marché du vin. C’est une liste très sélective : des vins très liquides, de grandes maisons historiques, sur des millésimes précis. La grande masse du marché — vins de cépage en vrac, petits domaines, appellations moins connues — reste sous pression.
Mais pour l’amateur qui suit les grands vins, ces données livrent plusieurs enseignements. Premièrement : même en période de crise, la qualité et la réputation font leur travail — Mouton, Lafite, Opus One maintiennent leur statut. Deuxièmement : le marché des vins fins a probablement passé son point bas fin 2025, et certains actifs commencent à se stabiliser et à remonter. Troisièmement : l’analyse par Liv-ex donne enfin un outil concret pour identifier les vins dont la reprise est statistiquement significative, et non pas simplement anecdotique.
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Questions fréquentes
Qu’est-ce que Liv-ex et comment fonctionne la bourse mondiale des vins fins ?
Liv-ex (London International Vintners Exchange) est la principale bourse mondiale d’échange de vins fins. Elle regroupe plus de 620 négociants et collectionneurs dans le monde, pour un volume de vins disponibles évalué à plus de 100 millions de livres sterling. Les prix affichés reflètent des transactions réelles entre professionnels, ce qui en fait l’un des baromètres les plus fiables du marché des vins de prestige — bien plus que les prix catalogue ou les estimations de maisons de vente aux enchères.
Est-ce le bon moment pour acheter des grands vins ?
Les données Liv-ex suggèrent que le plancher a été atteint fin 2025 pour certains grands vins très spécifiques. Des vins comme Mouton Rothschild 2015 semblent avoir stabilisé leur course. Mais chaque vin est différent : des millésimes moins cotés ou des appellations moins liquides peuvent encore être sous pression. L’analyse porte uniquement sur les vins très actifs en termes de transactions — une minorité du marché. Il faut donc rester prudent et ne pas généraliser ces signaux à l’ensemble du marché.
Pourquoi Bordeaux est-il surreprésenté dans la reprise des vins fins ?
Bordeaux est la région la plus liquide sur Liv-ex — c’est celle où le plus grand nombre de bouteilles s’échangent chaque trimestre. Cette liquidité permet une analyse plus fiable : plus il y a de transactions, plus le signal est statistiquement solide. D’autres régions (Bourgogne, Rhône, Italie) sont moins représentées non pas parce que leurs vins ne reprennent pas, mais parce que leurs volumes de transactions sont souvent trop faibles pour confirmer une tendance avec la rigueur méthodologique choisie par Liv-ex.
Sources : The Drinks Business, analyse Liv-ex « On the up: which fine wines have been gaining value this year? », 5 août 2026 ; iDealwine Auction Barometer 2025 (données enchères Bordeaux).






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