Ce qu'il faut retenir
- Bénéfice net annuel de Pernod Ricard en chute de 26% sur l’exercice 2025-2026
- Chiffre d’affaires en recul de 3,9%, action en baisse de 5 à 7% en une séance
- Double pression : droits de douane américains et ralentissement du marché chinois
- Exception notable : Perrier-Jouët affiche une forte croissance dans cet exercice difficile
- Dividende maintenu malgré les difficultés, signe de confiance dans le rebond
Les chiffres publiés le 27 août par Pernod Ricard font l’effet d’un coup de froid sur la filière. Le groupe français de vins et spiritueux, propriétaire de Mumm, Perrier-Jouët et Martell, annonce un bénéfice net en chute de 26% sur son exercice 2025-2026, avec un chiffre d’affaires en recul de 3,9%. L’action a perdu jusqu’à 7% en une seule séance à la Bourse de Paris, finissant lanterne rouge du CAC 40 ce jeudi. Pour qui suit les marchés du Champagne et du Cognac, ce résultat n’est pas anodin.
Deux marchés qui ont pesé : les États-Unis et la Chine
La direction de Pernod Ricard pointe deux responsables principaux. D’abord les États-Unis, où les droits de douane imposés sur les spiritueux européens ont pénalisé les ventes dès le premier semestre. Le cognac Martell, très exporté vers le marché américain, a particulièrement souffert de cette pression tarifaire. Ensuite la Chine, où la reprise attendue après le Covid tarde à se concrétiser et où la concurrence des alcools locaux s’est renforcée.
Pour la filière du Chardonnay champenois et du Pinot Noir qui alimentent les maisons du groupe, ces deux marchés comptaient parmi les locomotives de croissance de la décennie passée. Leur simultané ralentissement explique en grande partie l’ampleur de la chute.
Mumm dans la tempête, Perrier-Jouët sort du lot
Au sein du portefeuille champenois du groupe, tous les résultats ne se valent pas. La maison Perrier-Jouët est signalée en forte croissance par la presse spécialisée champenoise, même dans cet exercice difficile. La maison, positionnée sur le prestige et l’esthétique art nouveau, semble avoir réussi à préserver ses volumes sur les marchés européens et asiatiques haut de gamme. Son orientation résolument premium lui a servi de bouclier là où des marques plus grand public ont reculé.
G.H. Mumm, marque phare du groupe sur le segment accessibilité, a en revanche subi de plein fouet la pression des tarifs douaniers sur le marché américain, où elle occupait une position commerciale importante. Le recul des ventes aux États-Unis pèse directement sur les volumes en un millésime 2026 où la Champagne gère déjà une gestion serrrée de ses rendements.
Le Cognac Martell au coeur de la double peine
Chez Pernod Ricard, le cognac pèse lourd. Martell, la marque phare, est doublement prise en tenailles : les droits de douane américains d’un côté, la consommation chinoise qui ne redémarre pas de l’autre. Or ces deux marchés représentaient historiquement l’essentiel des débouchés du cognac premium. Pour la Charente, qui sort tout juste d’une période de vendanges précoces sous tension, cette pression commerciale en aval vient s’ajouter à des défis de production déjà significatifs.
La situation rappelle la structure de risque de l’ensemble de la filière française d’exportation : une forte concentration sur deux marchés qui, pris simultanément en défaut, font basculer les résultats. C’est exactement ce qui s’est produit en 2025-2026.
Un dividende maintenu : signal ou pari ?
Malgré la chute du bénéfice, le groupe a décidé de maintenir son dividende. Ce choix, inhabituel dans une période de résultats aussi dégradés, envoie un signal clair à ses actionnaires : la direction considère les difficultés comme conjoncturelles, liées aux chocs tarifaires et géopolitiques, et pas comme le signe d’une fragilité structurelle du portefeuille de marques. Les perspectives pour le second semestre sont présentées avec prudence, mais l’espoir d’un rebond reste affiché.
Pour les amateurs de grands vins qui suivent la santé de la filière, les résultats de Pernod Ricard fonctionnent comme un indicateur avancé. Quand le premier groupe mondial de vins et spiritueux coté à Paris plonge en une séance, c’est que les vents contraires sont réels. Le Coravin permettra toujours de goûter au verre ces bouteilles que les marchés rendent parfois incertaines, et une sélection mensuelle Vinabox reste le meilleur rempart contre les fluctuations du commerce international.
Ce que ces résultats changent (ou pas) pour vous
En pratique, les consommateurs français ne verront pas leurs prix de Champagne changer du jour au lendemain à cause de ces résultats. Les marques du groupe vont continuer à être distribuées normalement. Mais sur le moyen terme, les arbitrages de Pernod Ricard sur ses investissements marketing, ses volumes de production et ses négociations avec la grande distribution seront influencés par ces résultats en berne. Les amateurs qui suivent les tendances du millésime 2026 en Champagne ont un contexte économique supplémentaire à intégrer pour comprendre les décisions des grandes maisons dans les mois qui viennent.
Questions fréquentes
Quelles marques de vin et champagne appartiennent à Pernod Ricard ?
Pernod Ricard possède plusieurs maisons champenoises emblématiques : G.H. Mumm (Cordon Rouge) et Perrier-Jouët (Belle Epoque). En cognac, le groupe est propriétaire de Martell. Il détient également des marques de vins du Nouveau Monde (Jacob’s Creek en Australie, Brancott Estate en Nouvelle-Zélande, Campo Viejo en Espagne).
Pourquoi les droits de douane américains affectent-ils autant Pernod Ricard ?
Les États-Unis représentent l’un des premiers marchés d’exportation pour les spiritueux et champagnes français. Les droits de douane imposés sur ces produits renchérissent leur prix de vente final, ce qui réduit les volumes écoulés et comprime les marges des exportateurs. Pour Pernod Ricard, le marché américain pèse une part significative du chiffre d’affaires global, d’où l’impact amplifié sur les résultats.
Pourquoi Perrier-Jouët s’en sort mieux que Mumm dans ces résultats ?
Les deux maisons ont des positionnements distincts. Perrier-Jouët, avec sa cuvée Belle Epoque et son image art nouveau, est résolument orientée vers le segment ultra-premium, moins sensible aux variations de prix liées aux droits de douane et plus solide sur les marchés de la haute consommation en Europe et en Asie. Mumm, plus exposée au marché américain de volume, a subi plus directement le choc tarifaire.







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