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Rangs de vigne protégés par des filets paragrêle au printemps

4 milliards d’euros pour protéger les vignes de la grêle et du gel : le plan choc des Vignerons indépendants

L'essentiel en 30 secondes

  • Les Vignerons indépendants de France demandent un plan de 4 milliards d’euros sur cinq ans pour protéger les vignes contre la grêle, le gel et la sécheresse, avant les dégâts plutôt qu’après.
  • Leur président, Jean-Marie Fabre, affirme que 93 % de leurs entreprises ont subi un aléa climatique en 2026.
  • Le calcul : environ 400 000 hectares à équiper, sur la base de 10 000 € par hectare, le coût d’un filet paragrêle.
  • Financement proposé : 2 milliards de fonds européens (Feader) et 2 milliards d’argent public, partagés entre l’État et les régions, soit 200 millions par an pour l’État.
  • Le syndicat réclame aussi une « année blanche bancaire » : décaler d’un an le remboursement des prêts des domaines sans trésorerie.

« Soyez stratégiques, bâtisseurs ; pas pompiers de service. » L’appel de Jean-Marie Fabre aux pouvoirs publics a le mérite d’être clair. Après une année 2026 où le vignoble français a enchaîné canicule, sécheresse et orages de grêle, le président des Vignerons indépendants de France veut changer de logique : arrêter de payer les pots cassés après chaque catastrophe, et financer enfin la protection des vignes en amont.

Il a chiffré sa demande devant la presse le 24 septembre, et Vitisphere en a publié le détail ce 28 septembre : 4 milliards d’euros. Un montant qui paraît énorme, mais que le syndicat met en regard de ce que coûtent déjà les récoltes perdues.

Vignes de Savoie équipées de filets anti-grêle à Cruet, montagne en arrière-plan
Des filets anti-grêle déjà en place dans les vignes de Cruet, en Savoie. C’est ce type d’équipement que les Vignerons indépendants veulent généraliser. Photo : Florian Pépellin, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Protéger avant, plutôt qu’indemniser après

Le constat de départ est brutal. « 93 % de nos entreprises disent avoir subi un aléa en 2026 », explique Jean-Marie Fabre. Pour lui, raisonner uniquement en termes d’indemnisation des pertes ne tient plus. Il faut aider les vignerons à protéger leurs parcelles « a priori contre le gel, la grêle et la sécheresse ».

Le système actuel repose surtout sur l’assurance récolte, subventionnée par l’État. Or nous l’avions expliqué au début du mois : même réformée en 2027, l’assurance récolte ne suffira pas aux vignerons frappés plusieurs années de suite, parce que leurs indemnités sont calculées sur des récoltes de référence déjà amputées par les sinistres précédents. Plus les mauvaises années s’enchaînent, moins on est couvert.

Comment le syndicat arrive à 4 milliards

Le raisonnement de Jean-Marie Fabre tient en quelques lignes. Le vignoble français couvre environ 700 000 hectares. Selon lui, 120 000 à 150 000 hectares sont déjà protégés. Il en reste donc à peu près 550 000. En acceptant de laisser 30 % de cette surface sans équipement, il reste environ 400 000 hectares à protéger. Il prend comme référence le prix d’un filet paragrêle, soit 10 000 euros par hectare. Le total atteint 4 milliards.

93 %
des entreprises adhérentes touchées par un aléa en 2026
400 000 ha
de vignes à protéger selon le syndicat
10 000 €
par hectare, le coût d’un filet paragrêle
4 Md€
sur cinq ans

Pour le financement, le syndicat propose de puiser 2 milliards dans le Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader), et 2 milliards dans les caisses publiques, apportés à parts égales par l’État et les régions. Étalé sur cinq ans, cela représenterait pour l’État 200 millions d’euros par an. Le président des Vignerons indépendants compare ce chiffre au milliard débloqué cette année par le gouvernement pour compenser les pertes agricoles liées à la sécheresse, le plan d’urgence que les vignerons avaient déjà qualifié d’acompte.

Sarments de vigne portant les blessures d'un orage de grêle
Après un orage, la grêle laisse des plaies sur le bois de la vigne, qui peuvent pénaliser aussi la récolte suivante. Photo : Olivier Lemoine, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

« 10 % de récolte en moins, c’est 600 millions de fiscalité en moins »

L’argument central est budgétaire. Une filière qui produit paie des impôts et des taxes. Une récolte perdue, à l’inverse, coûte deux fois à l’État : en recettes fiscales qui disparaissent et en aides versées pour éviter les faillites. « 10 % de récolte en moins, c’est 600 millions de fiscalité en moins », assure Jean-Marie Fabre. « Il faut un plan massif de protection du vignoble, faute de quoi on peut plier les gaules. »

Le contexte lui donne du poids. La France s’apprête à rentrer sa plus petite vendange depuis 1957, autour de 33,8 millions d’hectolitres. Cet été, la grêle a frappé de Cognac au Beaujolais et à la Bourgogne, et la canicule a grillé des raisins sur pied dans plusieurs régions.

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Export, douane et trésorerie : les autres demandes

La protection du vignoble n’est que le premier des trois chantiers présentés par le syndicat, avec la conquête des marchés et l’innovation. Sur l’export, Jean-Marie Fabre veut que des chefs d’entreprise du vin accompagnent les ministres lors de chaque déplacement commercial à l’étranger. Il réclame des droits de douane nuls partout dans le monde, et souhaite que les vins et spiritueux soient négociés dans le même paquet que l’aéronautique et l’industrie, plutôt qu’avec l’agroalimentaire. Le syndicat demande aussi un guichet unique européen pour les droits d’accise.

Reste l’urgence financière. « Le secteur viticole est au plafond de son endettement et n’a plus de trésorerie », résume Jean-Marie Fabre, qui relance l’idée d’une année blanche bancaire. Son exemple : les aides directes plafonneront au mieux à 3 000 euros par exploitation cette année, alors que décaler d’un an le remboursement de 100 000 euros de prêt coûterait moins que cela à l’État en prise en charge d’intérêts.

Ces demandes arrivent au bon moment pour être entendues, ou pas. Le Sénat vient d’être renouvelé de moitié ce 27 septembre, et le groupe d’études vigne et vin perd son président, rappelle Vitisphere. C’est dans le prochain budget que les Vignerons indépendants veulent voir apparaître ces fonds.

Ce que ça change pour vous

Pour l’amateur, l’enjeu est concret. Chaque orage de grêle ou gelée de printemps réduit le nombre de bouteilles disponibles et pousse les prix à la hausse, surtout sur les appellations les plus exposées. Un vignoble mieux protégé, c’est une offre plus régulière d’une année sur l’autre. En attendant, la carte du vin continue de bouger avec le climat : de nouvelles vignes apparaissent en Normandie et en Bretagne pendant que le Sud souffre. Pour soutenir des vignerons indépendants tout en découvrant de nouvelles bouteilles, une box de dégustation reste un bon moyen de goûter plusieurs domaines sans se ruiner.

Questions fréquentes

Que demandent les Vignerons indépendants pour protéger les vignes ?

Un plan de 4 milliards d’euros sur cinq ans pour équiper environ 400 000 hectares de vignes contre la grêle, le gel et la sécheresse. Ils proposent de le financer à moitié par des fonds européens (Feader) et à moitié par l’État et les régions.

Combien coûte la protection d’un hectare de vigne contre la grêle ?

Le syndicat retient 10 000 euros par hectare, le coût d’un filet paragrêle. C’est la base de son calcul à 4 milliards d’euros.

Pourquoi l’assurance récolte ne suffit-elle pas aux vignerons ?

Les indemnités sont calculées à partir des récoltes des années précédentes. Quand les sinistres se répètent, cette référence baisse et les vignerons sont de moins en moins bien couverts. La réforme annoncée pour 2027 allonge la période de référence, mais ne règle pas ce problème pour les domaines touchés plusieurs années de suite.

Qu’est-ce que l’année blanche bancaire réclamée par les vignerons ?

C’est un report d’un an du remboursement des prêts des exploitations viticoles. Selon les Vignerons indépendants, cela libérerait beaucoup plus de trésorerie que les aides directes, pour un coût limité pour l’État.

Sources : Vitisphere, « C’est ça ou plier les gaules : 4 milliards € pour protéger la viticulture des aléas climatiques » (28 septembre 2026), d’après la conférence de presse des Vignerons indépendants de France du 24 septembre 2026 ; Vitisphere, « Les sénateurs bougent plus vite que leurs préconisations pour le vin » (28 septembre 2026). Crédits photos : image à la une, filets antigrêle par Olivier Lemoine (Photo-Terroir.fr), Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 ; vignes avec filets anti-grêle à Cruet par Florian Pépellin, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 ; blessures de grêle sur vigne par Olivier Lemoine, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.




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