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Vue aérienne du village de Saint-Émilion entouré de ses vignobles — reconversion maraîchère Bordelais 2026

Ils arrachent leurs vignes de Saint-Émilion Grand Cru pour planter des légumes — et ça marche

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En bref

  • Victor et Coraline Moreaud (Domaine Les Joualles de Cormeil-Figeac) ont arraché 0,5 ha de vignes Grand Cru Classé pour du maraîchage
  • ~40 légumes différents, une trentaine de variétés de tomates anciennes, fruits et fleurs
  • 22 000 € de revenus maraîchers en 2025, objectif 55 000 € en 2027
  • Moutons Ouessant et canards coureurs indiens comme auxiliaires naturels
  • Prix de l’indice de régénération 2022 + subvention 12 500 €

C’est une image qui circule dans les cercles viticoles bordelais et qui résume à elle seule la mutation du vignoble : au cœur de Saint-Émilion Grand Cru, là où le prix moyen d’un hectare dépasse le million d’euros, des rangs de vignes ont laissé la place à des courges, des blettes et une trentaine de variétés de tomates anciennes. Victor et Coraline Moreaud, propriétaires du Domaine Les Joualles de Cormeil-Figeac, n’ont pas attendu la faillite pour se réinventer. Ils ont anticipé. Et leur pari commence à payer.

Du Merlot aux tomates anciennes : le grand écart des Moreaud

Sur les 25 hectares du domaine, ce sont 0,5 hectare de vignes de Merlot Grand Cru Classé qui ont été arrachés en 2022. À leur place : une quarantaine de variétés de légumes — courgettes, concombres, fenouil, céleri, blettes, ail, pommes de terre — et surtout une trentaine de variétés de tomates anciennes, devenues la signature de leur maraîchage. Des fleurs de saison complètent l’offre pour les marchés locaux.

L’équipe ne travaille pas seule. Six moutons Ouessant pâturent entre les parcelles maraîchères. Une douzaine de canards coureurs indiens patrouillent les allées : leur mission, contrôler les limaces naturellement, sans pesticides. Trois chats règlent le problème des rongeurs. Une logique agroécologique assumée, appuyée sur une citerne de 1 000 m³ alimentée par source, forage et récupération d’eau de toiture — l’autonomie hydrique étant un enjeu vital dans le Bordelais de plus en plus chaud.

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Potager avec courges et légumes anciens variétés diversifiées — diversification agricole
La diversification maraîchère : une réponse concrète à la crise viticole bordelaise. Stéphane Passet / Musée Albert-Kahn / Wikimedia Commons (CC0)

Les « joalles » : une mémoire agricole du Sud-Ouest retrouvée

Le nom du domaine n’est pas anodin. Les « joalles » (ou joualles) désignent un ancien système agricole typique du Sud-Ouest, qui alternait sur une même parcelle la vigne, des arbres fruitiers et des cultures maraîchères. Avant la monoculture viticole du XXe siècle, le vignoble bordelais était bien plus divers qu’aujourd’hui. Victor et Coraline Moreaud ne réinventent pas la roue : ils retrouvent une pratique que leurs ancêtres connaissaient.

Suzanne Aubert, ancienne actrice reconvertie en botaniste, a rejoint l’équipe pour accompagner ce retour aux fondamentaux. Sa connaissance des plantes sauvages et des techniques de régénération du sol donne au projet une dimension qui va bien au-delà du simple maraîchage : c’est une philosophie du rapport au vivant qui se dessine, à rebours de la vigne intensive.

22 000 € la première année : les chiffres d’une reconversion réaliste

La diversification maraîchère du domaine a généré 22 000 € de revenus en 2025. Un chiffre qui devrait presque doubler en 2026 (42 000 € prévus), avant d’atteindre 55 000 € en 2027 une fois la mécanisation optimisée. Victor Moreaud reste lucide : « Même en mécanisant le plus possible, nous serons tout juste à l’équilibre l’an prochain. »

Ce n’est pas un eldorado. Comparé aux revenus théoriques d’un hectare de Saint-Émilion Grand Cru Classé — plusieurs dizaines de milliers d’euros à la bouteille — le maraîchage reste modeste. Mais le prix du vin bordelais s’est effondré ces dernières années, les charges d’exploitation ne baissent pas, et un hectare de vigne ne rapporte plus ce qu’il rapportait. Pour beaucoup de propriétaires bordelais, la comparaison n’est plus aussi défavorable qu’elle ne l’était.

Le projet a d’ailleurs été reconnu par la filière : Prix de l’indice de régénération 2022 et une subvention de 12 500 € pour tester une culture de giroflée couvre-sol, une plante prometteuse pour limiter le mildiou sans traitements chimiques.

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Un signal fort dans un vignoble bordelais en crise profonde

L’histoire du Domaine Les Joualles n’est pas anecdotique. Elle s’inscrit dans un contexte où la crise viticole française contraint des centaines de domaines à repenser leur modèle économique. À Bordeaux plus qu’ailleurs : après l’annulation de Bordeaux Fête le Vin 2026 pour raisons budgétaires, les arrachages subventionnés de milliers d’hectares, et les difficultés des négociants, le choix des Moreaud prend une résonance particulière.

Diversifier sans tout sacrifier : tel est le mantra d’une nouvelle génération de vignerons bordelais. Garder le vin au cœur du domaine, mais accepter que la vigne ne soit plus la seule réponse à tout. Peut-être même retrouver une relation au vivant que les « joalles » d’antan incarnaient. Pour ceux qui souhaitent découvrir les meilleurs Bordeaux 2025 avant que le vignoble ne change définitivement de visage, les prochaines foires aux vins d’automne 2026 seront une occasion à saisir.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que les « joalles » ou « joualles » en viticulture ?

Les joalles (ou joualles) désignent un système agricole traditionnel du Sud-Ouest français associant sur une même parcelle la vigne, des arbres fruitiers et des légumes. Cette polyculture ancestrale, pratiquée avant la monoculture viticole du XXe siècle, limitait les risques économiques et entretenait la biodiversité. Le Domaine Les Joualles de Cormeil-Figeac tire directement son nom de cette tradition.

Combien coûte un hectare de vigne à Saint-Émilion Grand Cru ?

Le prix d’un hectare de vigne à Saint-Émilion varie selon le classement : un hectare de Saint-Émilion Grand Cru Classé se négocie généralement entre 500 000 € et plusieurs millions d’euros. Ce prix élevé rend la reconversion d’autant plus symbolique : les Moreaud ont choisi de valoriser différemment une parcelle qui vaut une fortune sur le marché.

La crise viticole à Bordeaux est-elle vraiment grave en 2026 ?

Oui. Bordeaux traverse depuis 2021-2022 l’une des crises les plus sévères de son histoire récente : effondrement des cours du vin en vrac, surstocks chroniques, arrachages subventionnés de milliers d’hectares, fermeture de châteaux. Cette situation a notamment conduit à l’annulation de Bordeaux Fête le Vin 2026, événement emblématique. De nombreux propriétaires cherchent désormais à diversifier ou reconvertir une partie de leurs activités.

Où peut-on acheter les légumes du Domaine Les Joualles ?

Le domaine commercialise sa production maraîchère principalement sur les marchés locaux autour de Saint-Émilion. Tomates anciennes, légumes de saison et bouquets constituent l’essentiel de l’offre. Pour les bouteilles de vin du domaine, les circuits habituels de vente directe en Gironde s’appliquent.

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Sources : Vitisphere (Marion Bazireau, 18 juin 2026) — Domaine Les Joualles de Cormeil-Figeac. Crédits photos : Jordy Meow / Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0) · Stéphane Passet / Musée Albert-Kahn / Wikimedia Commons (CC0)

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Jérémy Degryse

À propos de l'auteur

Jérémy Degryse

Grenoblois de 31 ans, passionné de vin depuis que je suis en âge d'en boire (et même un peu avant 🤫), j’adore chiner des pépites en ligne, déguster un bon Bo...

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