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Vignoble de La Clape AOC Languedoc, collines et rangs de vignes en Occitanie

Gérard Bertrand : « La crise viticole, on n’en est qu’au début » — et son plan à 100 millions €

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En bref

  • Gérard Bertrand, vigneron star du Languedoc, prédit 3 à 5 ans de crise supplémentaires pour la viticulture française.
  • Il réclame un investissement de 100 millions d’euros par an pendant 5 ans pour reconquérir les marchés US, Canada, Japon et Chine.
  • Sa cible : faire de l’Occitanie « la Californie de l’Europe ».
  • Il appelle aussi à la révision de la loi Évin, qu’il juge « obsolète ».

Ce n’est pas un vigneron en difficulté qui parle. C’est l’un des entrepreneurs viticoles les plus exportateurs de France, à la tête d’une trentaine de domaines et d’une marque reconnue dans 90 pays. Pourtant, le 13 juin 2026, Gérard Bertrand a tenu un discours alarmiste, fondé sur des chiffres concrets et une conviction ancrée après 40 ans dans la filière. Son message : la crise est structurelle, elle durera encore des années, et il faut maintenant un vrai plan.

« On n’en est qu’au début » — un diagnostic sans fard

« On n’est pas à la fin de la crise, on n’en est qu’au début. C’est une crise structurelle et conjoncturelle qui va durer entre 3 et 5 ans à mon avis. » La déclaration de Gérard Bertrand, recueillie par Vitisphere le 13 juin 2026, fait l’effet d’un seau d’eau froide dans un secteur qui peinait encore à mesurer l’ampleur des dégâts.

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Ses arguments sont précis. La consommation mondiale de vin a reculé de 3 à 10 % selon les pays. Les quatre marchés stratégiques pour le vin français — États-Unis, Canada, Japon, Chine — ont vu la valeur des exportations tricolores s’effondrer de 15 à 30 % en 12 à 24 mois. À cela s’ajoutent des taux d’intérêt toujours élevés, une inflation persistante, un changement climatique qui ampute les rendements dans le Midi de 20 à 30 %… et une Gen Z qui boit moins, et autrement.

« Ce qu’on vit là, c’est inédit, puisque tous les vents sont contraires. » Cette accumulation de facteurs négatifs n’est pas nouvelle pour les amateurs de vin français qui suivent la filière — mais la voir décryptée avec cette netteté par l’un des visages les plus médiatiques du vignoble occitan donne à la mise en garde un poids particulier.

Bouteille de vin Gérard Bertrand Prima Nature Chardonnay, gamme biodynamique du domaine languedocien
Bouteille Gérard Bertrand Prima Nature Chardonnay. © Anna & Michal (CC BY 2.0 via Flickr)

Le plan : 100 millions d’euros par an, pendant 5 ans

Face à ce diagnostic, Bertrand ne se contente pas de constater. Il chiffre, il propose, il calcule. Son idée : mobiliser 100 millions d’euros par an via le CNIV (Comité National des Interprofessions des Vins) sur 5 années, soit un demi-milliard au total pour reconquérir des positions perdues à l’export.

La mécanique est simple. La France produit 40 millions d’hectolitres. À 2,5 €/hl, on atteint exactement 100 M€. Pour le seul Sud de France (InterSud de France), il plaide pour une cotisation de 4 €/hl (2 € producteur + 2 € négoce), ce qui représenterait 40 M€ supplémentaires sur la seule Occitanie.

Le modèle cité en référence ? L’Italie au Canada. « Nos voisins ont mené une opération commerciale ciblée et structurée. Résultat : leurs ventes ont progressé de 40 % en chiffre d’affaires. Les vins français : +5 % seulement sur la même période. » Autrement dit, ce n’est pas la qualité des vins qui est en cause — c’est l’absence d’une stratégie de reconquête coordonnée.

Reconquérir les marchés : données, œnotourisme et lâcher des guéguerres

Les leviers identifiés par Bertrand pour cette reconquête ne sont pas abstraits. Il cite l’exemple de la Chine, où environ 50 % des vins sont désormais achetés via smartphone. Celui qui n’est pas visible dans ces canaux n’existe tout simplement pas. Et Bertrand voyage 150 jours par an avec ses équipes pour en être convaincu sur le terrain.

Sur le front national, il appelle à l’unité. « Il faut arrêter les guéguerres qui sont stériles et qui ne servent à rien. » Allusion directe au débat récent entre Michel Chapoutier et Jérôme Despey sur les tunnels de prix — Bertrand préférant la voie contractuelle à la régulation imposée. Il estime que « l’outil des tunnels de prix est trop complexe pour notre offre diversifiée. »

Parmi ses chantiers prioritaires : la marque Sud de France (qu’il ne veut pas abandonner), l’irrigation Aqua Domitia (dont il réclame le doublement des capacités sur 5 ans), et un plan Corbières pour 12 000 hectares, en partenariat avec le chef étoilé Gilles Goujon. Il milite aussi pour les cépages résistants et une réorientation vers les blancs et les bulles — au détriment du rouge, qui a montré ses limites commerciales à Bordeaux.

Ces dynamiques résonnent avec la crise structurelle des vignobles bordelais et les coupes de Rémy Martin sur les achats de cognac, deux signaux récents qui illustrent l’urgence du plan Bertrand.

La loi Évin dans le viseur

L’une des sorties les plus remarquées de Gérard Bertrand porte sur la législation française encadrant la publicité pour l’alcool. Sa position est sans équivoque : « La loi Évin est obsolète. La loi Évin doit être au minimum révisée ou abrogée. »

Un exemple concret : France Addiction avait attaqué la marque Côte des Roses de Bertrand sur les réseaux sociaux en 2024, au motif de promotion d’une boisson alcoolisée. Cet épisode a visiblement marqué l’entrepreneur, qui voit dans la loi un frein à la compétitivité internationale des vins français face à des concurrents italiens, espagnols ou chiliens beaucoup moins contraints dans leur communication.

La question divise la filière, et Vinabox respecte le cadre légal actuel dans toutes ses communications. Mais la voix de Bertrand, parmi les plus fortes du vignoble français, pèse dans ce débat.

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« L’Occitanie doit devenir la Californie de l’Europe »

En conclusion, Gérard Bertrand convoque une métaphore historique : celle de la vallée californienne de San Joaquin, autrefois désertique, transformée en moteur agricole mondial grâce à l’irrigation — via le lac Mead dès 1936. Résultat : la Californie est aujourd’hui la 5ᵉ économie mondiale à elle seule.

« L’Occitanie doit devenir la Californie de l’Europe. » Le défi est colossal. Mais Bertrand a démarré de zéro il y a 40 ans, et mis 25 ans pour « vraiment décoller ». Ce qui l’a appris, dit-il : « N’ayons pas une guerre de retard, il faut avoir un train d’avance. »

Un message que le vignoble français, encore sous le choc de la baisse de consommation des jeunes générations et des défis climatiques sur les millésimes, ferait bien d’entendre.

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FAQ — Gérard Bertrand et la crise viticole

Qui est Gérard Bertrand ?

Gérard Bertrand est un vigneron languedocien né à Narbonne en 1965. Fils de vigneron, champion de rugby (il a joué en Top 14 avec le RC Narbonne), il reprend le domaine familial de Cigalus en 1992 et bâtit progressivement un empire viticole de 30 domaines en Languedoc-Roussillon. Sa marque est aujourd’hui distribuée dans 90 pays. Il est l’un des défenseurs les plus actifs de la biodynamie en France.

Pourquoi la crise viticole va-t-elle durer 3 à 5 ans selon Bertrand ?

Selon Gérard Bertrand, la crise combine plusieurs facteurs structurels et conjoncturels : baisse de la consommation mondiale (Gen Z, hygiénisme), pertes de change sur les quatre grands marchés export (États-Unis, Canada, Japon, Chine), impact climatique sur les rendements, inflation sur les matières sèches (+50 % en 5 ans), et taux d’intérêt toujours élevés qui pèsent sur les trésoreries des domaines.

À quoi correspond le plan à 100 millions € par an ?

Gérard Bertrand propose une cotisation de 2,5 €/hl sur les 40 millions d’hectolitres produits en France, soit 100 M€/an pendant 5 ans, gérés par le CNIV. Ces fonds financeraient des opérations commerciales ciblées (à l’image de l’opération italienne au Canada qui a généré +40 % de CA), de la data/CRM, de l’œnotourisme, et une présence accrue sur les marchés numériques émergents, notamment en Asie.

Pourquoi Gérard Bertrand veut-il abroger la loi Évin ?

Gérard Bertrand estime que la loi Évin, adoptée en 1991, pénalise la communication des vins français à l’international face à des concurrents italiens, espagnols ou chiliens qui bénéficient d’un cadre publicitaire beaucoup plus souple. Il cite notamment l’attaque de France Addiction contre la marque Côte des Roses sur les réseaux sociaux en 2024 comme exemple concret de l’impact de cette législation sur sa capacité à promouvoir ses produits. Il appelle à une révision ou une abrogation minimale de la loi.

Crédits photos
Image à la une : Vignoble de La Clape AOC Languedoc — © YannGar .CH, CC BY-SA 2.0 via Wikimedia Commons.
Image corps d’article : Bouteille Gérard Bertrand Prima Nature Chardonnay — © Anna & Michal, CC BY 2.0 via Flickr/Wikimedia Commons.

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Jérémy Degryse

À propos de l'auteur

Jérémy Degryse

Grenoblois de 31 ans, passionné de vin depuis que je suis en âge d'en boire (et même un peu avant 🤫), j’adore chiner des pépites en ligne, déguster un bon Bo...

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