- Rémy Martin annonce le 8 juin 2026 une réduction de 20% de ses achats de raisins aux 750 vignerons partenaires de l’Alliance Fine Champagne.
- En 2025, les coupes atteignaient déjà 25 à 45% selon les contrats. La saignée continue en 2026.
- Rémy Martin détient l’équivalent de 12 ans de stock (contre 7 ans normatifs). Les expéditions de Cognac sont revenues aux niveaux de 2010.
- Rémy Cointreau souffre : chiffre d’affaires en recul de -40% en trois ans, dette en hausse de +30%.
- L’UGVC (Union des Viticulteurs Cognac) tire la sonnette d’alarme : « La viticulture est condamnée » si d’autres maisons suivent.
8 juin 2026 : l’annonce qui secoue le Cognac
Ce lundi matin du 8 juin 2026, Amaury Vinclet, directeur général de Rémy Martin, a convoqué les représentants de l’Alliance Fine Champagne pour leur annoncer une nouvelle réduction des volumes d’achat : -20% pour la récolte 2026. La maison affirme vouloir « maintenir les prix et respecter, sur le long terme, tous les engagements passés ». Mais pour les 750 vignerons partenaires, le coup est rude.
En 2025, les coupes avaient déjà été sévères : entre 25 et 45% des volumes contractuels selon les situations. En 2026, la maison active une « clause de flexibilité » prévue dans ses contrats avec la coopérative de viticulteurs. Ce mécanisme contractuel permet à Rémy Martin d’ajuster ses volumes sans rompre formellement les accords — la durée et la valeur des contrats restent théoriquement intactes, avec reconduction tacite annuelle. Légal, mais dévastateur pour les trésoreries de centaines d’exploitations charentaises.
12 ans de stock : quand le Cognac étouffe sous ses eaux-de-vie
Le chiffre donne le vertige : Rémy Martin détient actuellement l’équivalent de 12 ans de stock, quand le niveau normatif pour la région tourne autour de 7 ans. Derrière ce ratio se cache la réalité brutale du marché mondial : les expéditions de Cognac sont revenues aux niveaux de 2010, plombées par la désaffection du marché américain et l’effondrement de la demande chinoise. Les taxes antidumping de 32,2% imposées par Pékin depuis juillet 2025 sur les spiritueux français ont achevé de fermer le robinet asiatique — comme nous l’analysions dans notre article sur le bilan un an des taxes chinoises sur le Cognac.
Pour Rémy Cointreau, les conséquences financières s’accumulent : le chiffre d’affaires a chuté de 40% en trois ans, atteignant 935,3 millions d’euros (+0,2% sur l’exercice 2025-2026, signe de stabilisation précaire). La marge opérationnelle s’est contractée à 17,7% (-2,6 points), et la dette du groupe a progressé de 30%. Paradoxalement, les volumes Louis XIII ont progressé de 8%, mais le recul du « price mix » de 8% montre que le marché résiste mieux sur le très haut de gamme que sur l’ensemble de la gamme.

750 vignerons dos au mur
Pour les viticulteurs du Cognac, la situation est critique. L’AOC Cognac impose déjà des plafonds de rendement stricts — 7,65 hl/hectare pour 2025-2026 — et les programmes d’arrachage, qui ciblent 10 000 hectares excédentaires avec une aide de 4 000 €/ha, peinent à absorber la surcapacité. Les solutions structurelles prennent du temps. Les trésoreries, elles, n’attendent pas.
L’UGVC (Union Générale des Viticulteurs pour l’AOC Cognac) a réagi dès le 10 juin 2026, alertant que « des centaines d’exploitations » risquent de ne pas survivre si d’autres maisons de négoce emboîtent le pas de Rémy Martin. Et les craintes ne sont pas infondées : d’autres acteurs du Cognac ont déjà annoncé des réductions de volumes allant de 20 à 30%. Les jeunes viticulteurs, avec peu de stocks tampons pour amortir les chocs, sont en première ligne de cette tempête.
Un recours juridique a par ailleurs été déposé contre un arrêté ministériel du 20 février 2026, signe que la filière cherche tous les leviers disponibles pour enrayer la spirale. Sur le plan politique, la visite du ministre Barrot à la Cité du Vin de Bordeaux le 8 juin — même jour que l’annonce Rémy Martin — avait permis d’obtenir un « répit » pour les négociations diplomatiques sur le Cognac avec Pékin, mais le chemin reste long. Lire aussi : Barrot à Bordeaux : diplomatie vin et Chine.
Le pari du « cognac blanc » — et après ?
Dans son discours aux partenaires, Amaury Vinclet a glissé une piste innovante : « Un enjeu important sera probablement d’étudier ce que pourrait être un cognac blanc ». Un spiritueux sans vieillissement, à l’image du rhum blanc ou du calvados jeune, qui permettrait d’écouler autrement la production charentaise et de réduire la pression sur les stocks. Une idée dans l’air depuis quelques années dans la région, mais jamais encore formalisée par une maison de la stature de Rémy Martin.
La maison continue par ailleurs la construction d’un nouveau chai à Merpins (Charente), et vise le lancement d’un nouveau produit sur le marché américain pour avril 2027 — un pari sur le rebond de la demande américaine après deux années de vents contraires. Mais pour les vignerons charentais d’aujourd’hui, l’urgence n’est pas en 2027. Elle est maintenant.
Un symptôme de la crise structurelle de la filière viticole
La crise du Cognac n’est pas un accident isolé. Elle est le reflet amplifié d’une tendance de fond qui traverse toute la filière viticole française : surcapacité de production, chute de la consommation mondiale d’alcool, désaffection des nouvelles générations pour les spiritueux classiques, et concurrence croissante des catégories alternatives. Le Cognac, longtemps perçu comme une valeur refuge grâce à ses marchés américain et chinois, se retrouve lui aussi dans l’œil du cyclone.
Bordeaux arrachait ses vignes, le Roussillon cherchait sa feuille de route, les caves coopératives se restructuraient. Désormais, c’est le fleuron des spiritueux français qui signale sa détresse. La question n’est plus de savoir si la filière va souffrir — elle souffre déjà — mais de savoir si les solutions structurelles (arrachage, diversification, innovation produit, conquête de nouveaux marchés) arriveront à temps pour les vignerons qui n’ont plus les reins assez solides pour attendre. Lire aussi : Crise viticole : +32% de faillites en 2026.
Questions fréquentes
Pourquoi Rémy Martin réduit-il ses achats de raisins en 2026 ?
Rémy Martin invoque des stocks excessifs — 12 ans de réserves au lieu des 7 ans normatifs — et l’effondrement des expéditions mondiales de Cognac, revenues aux niveaux de 2010. La maison active une clause de flexibilité contractuelle pour ajuster ses volumes sans rompre ses engagements.
Qu’est-ce que la « clause de flexibilité » dans les contrats Rémy Martin ?
C’est une disposition contractuelle prévue dans les accords entre Rémy Martin et la coopérative de viticulteurs de l’Alliance Fine Champagne. Elle permet à la maison d’ajuster ses volumes d’achat annuels à la baisse sans modifier la durée ni la valeur globale des contrats, qui continuent avec reconduction tacite.
Quelles sont les perspectives pour les vignerons du Cognac ?
Les perspectives à court terme restent très sombres. Les programmes d’arrachage (10 000 hectares cibles, aide 4 000 €/ha) et la diversification vers un éventuel « cognac blanc » sont des pistes à moyen terme. Mais des centaines d’exploitations, notamment les plus jeunes, manquent des réserves financières pour tenir jusqu’au rebond. Rémy Martin vise le lancement d’un nouveau produit aux États-Unis en avril 2027.
🍷 Envie de découvrir les vins et spiritueux français sélectionnés par nos experts ? Explorez notre sélection box vin Vinabox et soutenez les vignerons qui résistent. Aussi, retrouvez nos guides millésimes pour choisir les meilleurs crus.
Sources : Vitisphere — 11 juin 2026 · Caracterres.fr






