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Vignes dans les Charentes, commune de Saint-Sever-de-Saintonge, région Cognac Fins Bois

Cognac en crise : quand les Charentes font trembler tout le vignoble blanc de France

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L'essentiel

  • La filière Cognac traverse une crise historique : exports en chute d’environ 25 % en 2025, stocks au plus haut.
  • Ce 31 juillet est la date limite des déclarations d’affectation 2026 ET la clôture du sondage sur l’arrachage temporaire.
  • Si les débouchés ne se rétablissent pas, 1 à 2 millions d’hectolitres d’Ugni Blanc pourraient inonder le marché des vins blancs français.
  • Plan d’arrachage massif : jusqu’à 12 000-13 000 ha visés sur plusieurs années, avec une aide pouvant atteindre 10 000 €/ha.
  • Les grandes maisons (Rémy Cointreau, Hennessy-LVMH) voient une timide éclaircie — mais les vignerons indépendants, eux, sont à l’os.

Aujourd’hui, 31 juillet 2026, des milliers de vignerons charentais envoient leur déclaration annuelle d’affectation sur la plateforme pro.cognac.fr — date limite absolue. Simultanément, se referme le sondage sur l’arrachage temporaire ouvert le 1er juin par le BNIC. Deux actes administratifs anodins en apparence, qui résument pourtant la gravité de ce que traverse le premier secteur exportateur de spiritueux de France. Le Cognac est en crise, et cette crise commence à déborder largement au-delà des Charentes.

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~25 %
de chute des exports Cognac en 2025
2 M hl
d’Ugni Blanc excédentaires dans le scénario pessimiste
10 000 €
d’aide par hectare arraché (prime BNIC + État)

Trop de Cognac, pas assez de bouteilles vendues

Pour comprendre la mécanique de la crise, il faut remonter à 2021-2022, qui furent des années record pour le Cognac. Les caisses partaient vite, la Chine achetait massivement, les États-Unis en redemandaient. Les vignerons ont planté en conséquence, portant le vignoble charentais à près de 79 000 hectares d’Ugni Blanc — un cépage hautement productif (parfois 100-120 hl/ha), taillé pour la distillation, très difficile à reconvertir autrement.

Puis le mur. En 2023, Pékin a imposé des droits antidumping sur les brandy européens (jusqu’à 34,8 % selon les maisons), coupant net l’accès au premier marché mondial en volume. Côté américain, les taxes de l’ère Trump ont rogné les marges. Résultat : en 2025, les expéditions de Cognac ont reculé d’environ 25 % selon les données du BNIC, et les stocks ont gonflé à des niveaux records. Rémy Martin a réduit ses achats aux vignerons indépendants, Hennessy a ralenti ses approvisionnements. Les chais se remplissent pendant que les carnets de commande se vident.

La bombe à retardement : 1 à 2 millions d’hectolitres sans débouché

C’est là qu’intervient le scénario que l’interprofession tente à tout prix d’éviter. Selon une analyse publiée par Vitisphere, si la filière Cognac ne parvient pas à rétablir ses débouchés, les volumes de vins blancs produits à partir de l’Ugni Blanc pourraient atteindre 1 à 2 millions d’hectolitres excédentaires. Des vins sans indication géographique de destination, qui ne pourront être ni distillés en Cognac faute de demande, ni écoulés autrement sans provoquer une distorsion massive sur le marché français des vins blancs en vrac.

La situation fait craindre un effet domino : des volumes colossaux cherchant des débouchés — distilleries régionales, armagnacais déjà en difficulté, marché du vin de table, productions IGP en Charentes — sur un marché déjà fragile. Le cépage Ugni Blanc (aussi appelé Trebbiano) est peu qualitatif en nature : acide, neutre, productif. Il n’y a pas de clientèle prête à l’acheter en bouteille à un prix décent. C’est précisément pour cela que les Charentes l’ont planté massivement — pour la distillation et rien d’autre.

Arracher pour survivre : le plan à 10 000 €/ha

Face à cette surproduction structurelle, le BNIC et les pouvoirs publics ont mis en place un double dispositif d’arrachage. L’objectif global à terme est ambitieux : supprimer 12 000 à 13 000 hectares sur plusieurs années, soit environ 15 à 16 % du vignoble. Pour accompagner les vignerons, les aides sont significatives :

  • Arrachage définitif : 6 000 €/ha versés par le BNIC (financés par cotisation interprofessionnelle) auxquels s’ajoutent 4 000 €/ha de prime nationale FranceAgriMer, soit 10 000 €/ha au total.
  • Arrachage temporaire : 4 500 €/ha (3 000 €/ha la première année, 1 500 €/ha au terme de cinq ans), avec une cible de 3 840 ha identifiés comme excédentaires par le BNIC. Le sondage obligatoire pour ce dispositif se clôture précisément ce 31 juillet.
  • VCCI (Volume Complémentaire Cognac Individuel) : mécanisme de retrait de production sans arrachage physique — plus de 3 300 ha déjà neutralisés ainsi en 2025-2026.

Le BNIC reconnaît lui-même que même avec ces mesures, le rééquilibrage prendra des années. La valeur foncière des vignes de Grande Champagne a chuté de 54 % en un an — signe que les marchés n’y croient plus.

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Quand les Charentes font trembler tout le vignoble blanc de France

Ce qui rend cette crise particulièrement préoccupante, c’est son potentiel de contamination. Les vins blancs en vrac sont un marché interconnecté à l’échelle nationale. Si des millions d’hectolitres d’Ugni Blanc charentais cherchent une sortie à prix cassé, les répercussions pourraient se faire sentir sur les marchés des vins de table du Languedoc, des IGP du Sud-Ouest, voire des entrées de gamme bordelaises — déjà sous pression.

C’est un risque systémique que les professionnels du secteur connaissent bien. La crise Cognac n’est plus seulement l’affaire des Charentais : elle s’inscrit dans un contexte de crise globale des spiritueux français à l’export, et l’Armagnac traverse aussi une triple peine similaire. La question n’est plus « est-ce que le Cognac va se redresser ? » mais « combien de temps la filière peut-elle tenir avant que la surproduction ne déstabilise le reste du vignoble ? »

Une éclaircie en haut, une détresse en bas

Le tableau n’est pas uniformément noir. Rémy Cointreau a publié des résultats Q1 (trimestre clos juin 2026) en hausse de +1,3 % en organique, portés par un redressement du Cognac sur le marché américain et une performance solide en Europe. Les grandes maisons, qui ont des réserves de trésorerie et des stocks gérables sur plusieurs millésimes, s’en sortent mieux que prévu.

Mais cette éclaircie au sommet contraste brutalement avec la détresse en base de pyramide. Ce sont les vignerons indépendants, ceux qui livrent leur récolte aux coopératives ou aux maisons de négoce, qui souffrent le plus. Leurs revenus ont fondu, leurs vignes valent moins, et les dispositifs d’arrachage — aussi généreux soient-ils — représentent un deuil irréversible pour des familles qui cultivent ces terres depuis des générations.

Questions fréquentes sur la crise Cognac 2026

Pourquoi l’Ugni Blanc est-il si difficile à reconvertir hors Cognac ?

L’Ugni Blanc est sélectionné depuis des décennies pour la distillation : haut rendement, forte acidité, faible teneur en alcool naturel (8-9°). Ces caractéristiques qui en font une matière première idéale pour l’alambic le rendent peu attractif en vin de table ou de cuisine. Il n’a pas le profil aromatique ni la richesse qui permettraient de le valoriser en bouteille à un prix correct. Seules des transformations importantes — arrachage et replantation d’un autre cépage — permettraient une reconversion réelle.

Qu’est-ce que la déclaration d’affectation Cognac ?

Chaque année, avant le 31 juillet, les viticulteurs de l’appellation Cognac doivent déclarer comment ils destinent leur récolte (en cours ou à venir) : distillation en Cognac, Pineau des Charentes, Floc, eau-de-vie de vin IGP, vente en vrac, etc. Cette déclaration obligatoire sur la plateforme pro.cognac.fr permet au BNIC de piloter les volumes et d’anticiper les déséquilibres entre l’offre et la demande.

Le plan d’arrachage résoudra-t-il la crise à court terme ?

Non — et c’est là l’un des paradoxes de la situation. Un arrachage prend effet immédiatement sur le volume (pas de raisins cette année), mais les marchés export mettent du temps à se reconstituer. Les récoltes 2026 et 2027 vont continuer à produire des volumes importants malgré les premières mesures. Le BNIC vise un rééquilibrage progressif sur 3-5 ans. En attendant, les stocks gonflent, et le risque d’effet domino sur le marché des blancs reste entier.

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Sources : Vitisphere (juillet 2026, article 107027) · Journal des Entreprises (juillet 2026) · BNIC communiqué arrachage temporaire · The Spirits Business (juin 2026) · Rémy Cointreau résultats Q1 FY2027.

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Jérémy Degryse

À propos de l'auteur

Jérémy Degryse

Grenoblois de 31 ans, passionné de vin depuis que je suis en âge d'en boire (et même un peu avant 🤫), j’adore chiner des pépites en ligne, déguster un bon Bo...

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