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Alambic charentais pour la distillation du Cognac à Cherves de Cognac, Charente

Spiritueux français : 3 ans de crise, 17 % de chute à l’export — la filière tire la sonnette d’alarme

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Au 1er juillet dernier, la Fédération française des spiritueux (FFS) réunissait ses membres en assemblée générale avec un constat sans détour : pour la troisième année d’affilée, ventes et exports reculent. Ce n’est plus conjoncturel — c’est structurel.

Ce qu'il faut retenir

  • 3e année consécutive de baisse en volume et en valeur pour les spiritueux français
  • Exports en chute de 17,4 % en 2025 — 3,7 milliards d’euros perdus à l’international
  • Le Cognac perd 24 % à l’export et représente 60 % des ventes extérieures de la filière
  • 72 % du prix d’une bouteille à 18,50 € revient à l’État sous forme de taxes
  • La FFS ne réclame pas de subventions — juste un cadre fiscal stable pour se projeter

Trois ans que ça dure — et 2026 ne redresse pas la barre

En 2025, les ventes de spiritueux en grande distribution ont reculé de 2 % en volume et 1,6 % en valeur. Ce n’est pas un accident de parcours : c’est la troisième année consécutive dans le rouge. Et les cinq premiers mois de 2026 confirment la tendance, avec encore −1,5 % en valeur.

Le circuit CHR (cafés, hôtels, restaurants) offre un répit timide — +1,1 % en volume et +1,8 % en valeur — mais c’est largement insuffisant pour compenser la saignée en grande distribution. Quant à l’export, c’est là que le bât blesse vraiment.

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L’export, cœur du modèle — et épicentre de la chute

Les exportations génèrent près de la moitié du chiffre d’affaires des entreprises françaises de spiritueux. En 2025, elles ont plongé de 17,4 % en valeur, à 3,7 milliards d’euros. Une chute directement liée aux tensions commerciales avec les États-Unis et la Chine — les deux premiers marchés du secteur à l’international.

Le Cognac, qui représente à lui seul plus de 60 % de cette valeur export, a encaissé le choc de plein fouet : −24 % en valeur sur l’année 2025. Un chiffre d’autant plus alarmant que la région dépend depuis des décennies de ces deux débouchés. La crise des droits antidumping imposés par Pékin avait déjà servi d’avertissement — on en mesure maintenant le coût réel.

Sur le terrain, les vignerons charentais subissent de plein fouet les réductions d’achats des grandes maisons, tandis que la valeur du foncier en Grande Champagne a chuté de 54 % en un an.

📉 La filière des spiritueux en chiffres

−17,4 %
Exports 2025 en valeur
−24 %
Exports Cognac 2025
72 %
De taxes dans une bouteille à 18,50 €
69 %
Des entreprises en baisse de trésorerie

Sources : FFS Assemblée générale 1er juillet 2026 / Agro Media / BNIC

72 % de taxes dans chaque bouteille : le fardeau qui étouffe

C’est le chiffre qui claque. Pour une bouteille de spiritueux vendue 18,50 euros, 72 % du prix revient à l’État — accises, TVA, taxes sur les alcools forts cumulées. La France dispose de l’un des régimes fiscaux les plus lourds d’Europe sur ce secteur.

Face à ça, la FFS est limpide dans son discours : « Nous ne demandons pas de subventions ni d’aides publiques », a-t-elle affirmé — mais « simplement à pouvoir nous projeter sur le long terme ». Autrement dit, la stabilité fiscale comme condition de survie minimale. Quand 58 % des entreprises du secteur déclarent une situation dégradée sur les douze derniers mois, que 65 % des marges brutes se contractent et que 69 % de la trésorerie est sous pression, la demande n’a rien d’extravagant.

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Whisky français et vin sans alcool : les rares lueurs

Tout n’est pas gris dans la filière. Le whisky en grande distribution recule de 5 % — mais les whiskies d’origine française progressent. Un signal clair : quand les consommateurs choisissent, ils privilégient l’authenticité et la proximité. Les distilleries indépendantes bretonnes, alsaciennes, pyrénéennes ont là une carte à jouer.

L’autre relais de croissance identifié : le vin sans alcool et les spiritueux désalcoolisés, qui répondent à une demande sober curious en progression. Une tendance que la génération Z n’a pas autant désertée qu’on voulait bien le croire — elle boit simplement différemment.

Et concrètement, pour vous ?

Pour le consommateur, cette crise a un visage concret : des maisons qui réduisent la voilure, des vignerons sous pression, une offre qui risque de se concentrer sur les grandes marques capables d’absorber les chocs. Les petits producteurs indépendants — souvent les plus intéressants sur le plan qualitatif — sont les plus exposés.

Soutenir la filière, c’est choisir avec intention. Découvrir un Armagnac d’une petite distillerie gasconne, un whisky artisanal breton, une eau-de-vie de fruit confidentielle — c’est voter avec son verre pour la diversité du patrimoine spiritueux français. Et si vous ne savez pas par où commencer, une box découverte reste l’une des meilleures portes d’entrée.

Questions fréquentes

Pourquoi les exportations de spiritueux français chutent-elles autant ?

La chute est principalement due aux tensions commerciales avec les États-Unis et la Chine, premiers marchés mondiaux des spiritueux français. Les droits antidumping imposés par Pékin sur le Cognac et les pressions tarifaires américaines ont directement comprimé les volumes. Le Cognac, qui pèse plus de 60 % des exports de la filière en valeur, a encaissé une baisse de 24 % en 2025.

Que réclame concrètement la Fédération française des spiritueux ?

La FFS ne demande pas de subventions. Elle réclame un cadre fiscal et réglementaire stable — sans nouvelle hausse des accises sur les alcools — et une simplification des normes d’emballage et d’étiquetage en France et en Europe. Quand on produit des eaux-de-vie vieillies sur dix, vingt, trente ans, l’instabilité fiscale annuelle est incompatible avec le modèle économique du secteur.

Quels spiritueux résistent malgré la crise ?

Les whiskies d’origine française progressent, portés par l’intérêt des consommateurs pour les productions locales et artisanales. Les spiritueux désalcoolisés gagnent également du terrain, répondant à une clientèle sober curious croissante. Ces deux tendances montrent que le secteur n’est pas condamné — il doit simplement pivoter vers l’authenticité et la diversité.

Sources : Agro Media — FFS assemblée générale 1er juillet 2026 · LSA / TCMA Conseil · BNIC (Bureau national interprofessionnel du Cognac). Photo à la une : Alambic charentais à Cherves de Cognac © Sémhur / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0).

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Jérémy Degryse

À propos de l'auteur

Jérémy Degryse

Grenoblois de 31 ans, passionné de vin depuis que je suis en âge d'en boire (et même un peu avant 🤫), j’adore chiner des pépites en ligne, déguster un bon Bo...

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