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Vignobles des Côtes de Provence dans le Var — paysage viticole estival

Var en flammes : 4 500 ha brûlés, le vignoble provençal entre pares-feux et smoke taint sur les rosés

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Incendies dans le Var — ce qu'il faut retenir

  • 4 500 hectares parcourus par les flammes dans le Var du 21 au 26 juillet 2026
  • Communes viticoles touchées : Pontevès, Cotignac, Correns, Arcs-sur-Argens, La-Londe-des-Maures
  • Dégâts vignoble : limités pour la majorité — catastrophiques pour certains domaines (Mercadine : 10 ha brûlés sur 17)
  • Risque smoke taint sur les rosés de Provence 2026, vendanges prévues 10-15 août
  • Contexte national : 115 000 ha brûlés en France en 2026, record absolu

Le Var a vécu sa pire semaine de l’été. Du 21 au 26 juillet 2026, les incendies qui ont ravagé le massif du Bessillon, aux abords de Pontevès, Cotignac et Correns, ont parcouru 4 500 hectares en quelques jours — emportant 33 maisons, forçant 3 000 personnes à l’évacuation, et s’approchant dangereusement des Côtes de Provence. Résultat ? Des dégâts finalement limités pour la grande majorité du vignoble. Mais quelques domaines ont tout perdu. Et au-dessus de tous les caveaux, une question flotte avec la fumée : les rosés de Provence 2026 vont-ils souffrir du smoke taint ?

Une semaine sous les flammes dans le Var

Tout a démarré le 21 juillet à Pontevès, par une chaleur écrasante et un vent « très tourbillonnant » selon les termes du préfet du Var lui-même. En quelques heures, le feu s’est propagé vers Cotignac, atteignant cette nuit le village historique au pied de ses falaises de tuf. Bilan au 26 juillet : 4 500 hectares calcinés, après de multiples reprises de feu, et 1 000 pompiers mobilisés avec des renforts de Slovaquie et Tchéquie. Quatre blessés, 33 maisons entièrement détruites, 60 autres affectées, 3 000 personnes évacuées.

Cet épisode n’est pas isolé. À l’échelle nationale, la France a dépassé les 115 000 hectares brûlés en 2026 — pulvérisant le précédent record annuel de 66 300 hectares établi en 2022. Elle se place désormais en deuxième position européenne, derrière l’Espagne (119 458 ha). Trois pompiers sont morts depuis le début de l’été. Une étude World Weather Attribution publiée en juillet confirme que le changement climatique aggrave structurellement la sécheresse des sols et la virulence des feux.

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4 500 ha
parcourus par les flammes

3 000
personnes évacuées

115 000 ha
brûlés en France en 2026 (record)

« On a eu chaud » — le vignoble tient bon en majorité

Dans les Côtes de Provence, le soulagement est palpable. Pour la grande majorité des domaines, les dégâts se sont avérés limités. Vitisphere a recueilli l’avis de Vincent Dallo, directeur commercial du Château Saint-Pierre (Arcs-sur-Argens) : « On a eu chaud, on peut le dire. » Le feu s’était arrêté à la voie ferrée bordant la propriété. Quelques arbres brûlés. Aucune vigne perdue.

Éric Pastorino, président du CIVP et de l’AOC Côtes de Provence, a dressé un bilan rassurant : « Les dégâts semblent limités, sur quelques parcelles isolées. Quelques propriétés seraient touchées, avec des parcelles proches de la forêt où il y a de l’échaudage ou un peu de brûlage. » Et d’ajouter, images aériennes à l’appui : « Les parcelles de vignes sont de bons pares-feux. »

La vigne, ordinairement cultivée pour son vin, se révèle une alliée du territoire face aux incendies. Ses rangs travaillés, à l’humidité relative plus élevée que la garrigue environnante, ralentissent naturellement la progression des flammes. Les images de drones le montrent clairement : les zones viticoles forment des discontinuités vertes au milieu des zones noircies.

Quand la vigne brûle malgré tout — le drame du Domaine la Mercadine

Mais la réalité est plus nuancée. À Pontevès, au cœur de l’épicentre du feu, le Domaine la Mercadine a vécu le scénario inverse. Sa vigneronne, Lucie Dermidjian, a vu 10 hectares de ses 17 brûler en moins d’un quart d’heure. « Mon vignoble était un brasier : le feu avait un grand couloir magnifique pour se propager avec l’enherbement et les haies », raconte-t-elle à Vitisphere. « Le feu a pris et brûlé par-dessous les pieds de vignes et les grappes. »

L’ironie cruelle : les pratiques de biodiversité — enherbement entre les rangs, haies bocagères — qui font la fierté des vignerons engagés en bio ou en HVE peuvent transformer le vignoble en couloir de flammes par temps de grand sec. Ce cas illustre le débat qui monte en France depuis plusieurs étés : la vigne est-elle vraiment un coupe-feu naturel, ou une fausse sécurité ? La réponse dépend du sol, des pratiques, du contexte météo. Un vignoble labouré freine le feu. Un vignoble enherbé peut l’accélérer.

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Le smoke taint : la menace invisible sur les rosés 2026

Pour les domaines épargnés par les flammes, la partie n’est pas encore gagnée. En Provence, les vendanges des Côtes de Provence sont prévues entre le 10 et le 15 août — soit moins de deux semaines après le pic des incendies. Durant ces jours de fumée dense, les raisins en véraison étaient à leur maximum de vulnérabilité au smoke taint.

Le mécanisme est documenté par l’Institut Français de la Vigne et du Vin : les feux libèrent des phénols volatils (guaiacol, crésols, syringol) qui s’adsorbent sur la pruine des pellicules. Ils se lient aux sucres en formant des glycosides initialement inodores — puis se libèrent lors de la fermentation ou du vieillissement, conférant au vin des arômes de fumée froide, de cendre ou de médicament. Le défaut peut n’apparaître que 9 à 12 mois après la mise en bouteille.

Pour relativiser : l’expérience bordelaise de 2022 est rassurante. Sur 390 analyses réalisées après les incendies des Landes, la concentration moyenne de guaiacol dans les raisins était de 5 µg/kg — bien en dessous du seuil de perception sensorielle (20-50 µg/kg). Ce qui n’empêche pas la prudence : « Si nous avions été plus proches des vendanges, cela aurait pu être bien plus grave », a reconnu Séverine Bonnie du Château Malartic-Lagravière (Bordeaux), à 20 km des flammes girondines. Les solutions existent : vendange précoce, pressurage direct sans macération, ou osmose inverse en cave si nécessaire (5 à 10 €/hl, autorisée par l’OIV depuis 2023). Les parcelles traitées au retardant aérien (phos-chek) sont, elles, directement impropres à la vinification.

134 millions de bouteilles sous surveillance

L’enjeu économique est considérable. Les Côtes de Provence représentent plus de 20 000 hectares et 75 % de la production provençale — dont 89 % en rosé. À l’échelle nationale, les vins de Provence AOP totalisent environ 134 millions de bouteilles par an et captent 40 à 45 % de la production française de rosés AOP. Les États-Unis en absorbent 37 % des exports. Un millésime 2026 altéré par le smoke taint, même sur une partie du vignoble, pourrait durablement affecter l’image premium que la Provence a mis des années à construire — dans un marché déjà fragilisé (prix vrac en baisse de 7 % entre 2024 et 2025).

La Bourgogne n’est pas épargnée non plus : des incendies ont directement menacé des parcelles de la Côte de Nuits début juillet, et la Gironde fait face à 42 000 ha brûlés avec un risque smoke taint sur ses grands crus. L’été 2026 restera comme celui où le changement climatique a frappé simultanément la vigne par les températures, la grêle et le feu.

Questions fréquentes sur les incendies et le vin

Les rosés de Provence 2026 sont-ils menacés par les incendies ?

Pour la grande majorité du vignoble provençal, les dégâts directs sont limités. La principale menace reste le smoke taint — l’absorption de phénols de fumée par les raisins en véraison. L’expérience bordelaise de 2022 est rassurante : les concentrations mesurées étaient bien en dessous du seuil de perception. Les analyses de cave après les premières fermentations confirmeront ou infirmeront l’impact sur les rosés 2026.

Qu’est-ce que le smoke taint et comment le détecter ?

Le smoke taint est un défaut causé par les phénols volatils des feux de forêt absorbés par les baies (guaiacol, crésols). Il se manifeste par des arômes de fumée froide, de cendre ou de médicament — et peut n’apparaître qu’après 9 à 12 mois de bouteille. La détection précoce se fait par analyse des marqueurs glycosylés avant vendange, disponible dans plusieurs laboratoires spécialisés.

Pourquoi les vignes peuvent-elles servir de coupe-feux naturels ?

Les vignes labourées (sol nu entre les rangs) constituent de bonnes discontinuités végétales qui freinent la propagation des flammes grâce à leur taux d’humidité plus élevé que la garrigue. En revanche, les vignes enherbées ou bordées de haies bocagères peuvent créer des couloirs de propagation — comme l’a vécu le Domaine la Mercadine à Pontevès. La réalité dépend des pratiques culturales et du contexte météo.

Sources : Vitisphere (20/07/2026) — « Dégâts d’incendies limités dans les vignes » · Vitisphere (24/07/2026) — « Mon vignoble était un brasier » · Euronews (30/07/2026) · ICI.fr/France Bleu Var (26/07/2026) · Institut Français de la Vigne et du Vin · CIVP — Vins de Provence

Pour aller plus loin : Découvrez les box vin de Provence — des sélections de domaines pour explorer les rosés provençaux au fil des millésimes.

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Jérémy Degryse

À propos de l'auteur

Jérémy Degryse

Grenoblois de 31 ans, passionné de vin depuis que je suis en âge d'en boire (et même un peu avant 🤫), j’adore chiner des pépites en ligne, déguster un bon Bo...

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