- Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères, était à la Cité du Vin de Bordeaux le 8 juin 2026
- Sa visite en Chine a permis d’obtenir un répit de 3 mois sur les taxes antidumping pour la filière Cognac
- La Chine est le 4e marché export vins/spiritueux français : 767 M€ en 2025, en recul de 20 %
- Vins français en Chine : −31 % en volume, −20 % en valeur sur un an
- La consommation de vin en Chine est aussi en déclin structurel : −13 % en 2025 selon l’OIV
Ce lundi 8 juin, Jean-Noël Barrot n’est pas venu à la Cité du Vin de Bordeaux en simple touriste. Le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères a posé ses valises dans la capitale girondine pour rencontrer la filière vitivinicole et cognaçaise, à bout de nerfs face à la Chine. Après avoir arraché un répit diplomatique pour le Cognac lors de sa visite à Pékin, c’est désormais l’ensemble du vignoble français qui attend des réponses concrètes.
Ce que Barrot a obtenu — et ce que ça coûtait de ne rien faire
Lors de sa visite officielle en Chine, le ministre a négocié un répit de trois mois sur l’application des droits antidumping supplémentaires pour la filière Cognac. Une victoire en demi-teinte : les taxes à 32,2 % sont maintenues depuis juillet 2025, mais leur durcissement supplémentaire a été temporairement suspendu.
Pour comprendre l’urgence, il suffit de regarder les chiffres. Depuis l’application des premières taxes antidumping sur le Cognac (janvier 2024), les exports vers la Chine ont perdu 50 millions d’euros par mois. En 2025, les grandes maisons — Hennessy, Rémy Martin, Martell — ont certes obtenu des exemptions en s’engageant sur des prix minimums, mais au prix d’une hausse de 12 à 16 % de leurs tarifs sur le marché chinois. Les plus petits producteurs, eux, ont subi de plein fouet.

767 millions d’euros, et ça plonge
Si le Cognac concentre l’essentiel des tensions, c’est bien l’ensemble des vins et spiritueux français qui souffre sur le marché chinois. En 2025, la Chine reste la 4e destination export de la filière avec 767 millions d’euros — mais ce chiffre est en recul de 20 % par rapport à 2024.
Pour les vins tranquilles français spécifiquement, le constat est encore plus sévère :
- 263 000 hectolitres expédiés, soit −31 % en volume
- 266 millions d’euros encaissés, soit −20 % en valeur
- La France est désormais 10e en volume et 12e en valeur sur le marché chinois du vin
La filière ne mâche pas ses mots : « Le quai d’Orsay doit désamorcer cette bombe avant qu’elle n’explose notre export », écrit Vitisphere. Le message est arrivé jusqu’à la Cité du Vin le 8 juin, à 13h55.
Le déclin structurel, pas seulement géopolitique
Ce serait trop simple de tout mettre sur le dos des tensions diplomatiques. La Chine connaît depuis plusieurs années un déclin structurel de sa consommation de vin, indépendant des droits de douane. Selon l’Organisation internationale de la vigne et du vin (OIV), la consommation de vin en Chine a reculé de 13 % en 2025, à 4,8 millions d’hectolitres.
La raison ? Une profonde mutation des habitudes. Le marché du vin en Chine n’est plus celui des années 2010, où les bouteilles de Bordeaux s’offraient lors de cérémonies officielles et de banquets protocolaires. L’après-COVID a modifié les comportements : la consommation est plus fragmentée, plus individuelle, moins dictée par les codes du cadeau d’affaires. Le baijiu et le whisky progressent. Le vin, lui, doit désormais séduire un consommateur plus exigeant et moins captif.
Que peut réellement faire la diplomatie ?
Le répit obtenu pour le Cognac montre qu’une pression diplomatique bien dosée peut produire des résultats concrets. Mais les leviers restent limités. Les taxes antidumping s’inscrivent dans une guerre commerciale plus large entre Bruxelles et Pékin — Barrot ne peut pas négocier seul ce que l’Union européenne et la Chine doivent régler bilatéralement.
Pour le vin tranquille, la situation est différente : aucune mesure de rétorsion directe n’a encore été officialisée à ce jour. Mais la menace plane, et le risque d’escalade est réel si les négociations sur les surcapacités industrielles chinoises s’enlisent. Dans ce contexte, la visite bordelaise du ministre a surtout une valeur de signal : l’État dit haut et fort que la filière vitivinicole est une priorité diplomatique, pas un sujet de niche.
Les prochaines semaines seront décisives. Si le dossier n’avance pas côté européen, la filière pourrait rapidement passer de la prévention à la gestion de crise — avec des conséquences directes sur un secteur déjà fragilisé par la surproduction et l’arrachage.
Q. Le répit Cognac de 3 mois, ça veut dire quoi concrètement ?
Barrot a obtenu que les droits antidumping supplémentaires (au-delà des 32,2 % déjà appliqués depuis juillet 2025) ne soient pas immédiatement renforcés. Les grandes maisons comme Hennessy et Rémy Martin restent sous régime d’engagements de prix. Ce répit de 3 mois doit permettre de reprendre des négociations plus structurées entre Bruxelles et Pékin sur l’ensemble du dossier des surcapacités industrielles.
Q. Les vins français sont-ils aussi menacés de taxes en Chine ?
À ce jour, aucune taxe antidumping spécifique au vin tranquille français n’a été officialisée par Pékin. Mais dans un contexte de tensions commerciales UE-Chine généralisées, la menace reste réelle. La filière demande une action préventive avant que les vins ne rejoignent la liste des cibles potentielles — comme cela a déjà commencé avec le Cognac.
Q. Peut-on encore compter sur la Chine comme marché pour le vin français ?
Le marché reste réel — 767 M€ en 2025 — mais son modèle de croissance des années 2010 est révolu. Les acteurs qui s’en sortiront sont ceux qui investissent dans l’éducation du consommateur chinois et la présence locale sur le long terme, pas ceux qui attendent un retour à la situation d’avant. Les vins d’entrée de gamme ont peu d’avenir sur ce marché ; les appellations à forte valeur perçue (Bordeaux grands crus, Bourgogne, Champagne) résistent mieux.
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En attendant que la diplomatie produise ses effets, le vin français reste le meilleur ambassadeur de lui-même. Curiosité pour un tour de France des meilleures bouteilles du moment ?






