Ce que ces résultats changent pour vous
- Rémy Cointreau publie 223,2 M€ de CA au T1 2026-27, en hausse organique de +1,3% — au-dessus des attentes des analystes.
- Le Cognac progresse de +7,7% grâce à l’Asie-Pacifique hors Chine, nouveau moteur de la marison.
- Paradoxe total : pendant ce rebond, les vignerons charentais arrachent leurs vignes à un rythme inédit — le 31 juillet 2026, c’est le dernier jour pour déposer une demande d’arrachage temporaire auprès du BNIA.
- Rémy Cointreau confirme ses objectifs FY2026-27 : retour à une croissance organique durable, avec une dynamique attendue en renforcement progressif au cours de l’exercice.
Le 31 juillet 2026, le Cognac vit une journée à double registre. D’un côté, des milliers de vignerons charentais ont jusqu’à ce soir pour déposer leur demande d’arrachage temporaire auprès du BNIA — une filière à genoux, avec 2 millions d’hectolitres invendus, des prix qui s’effondrent à 10 euros le col et un taux de chômage technique qui grimpe. De l’autre, les marchés financiers saluent des résultats Rémy Cointreau supérieurs aux attentes, avec un Cognac qui rebondit de +7,7%.
Comment le même alcool peut-il être en crise structurelle et en croissance boursière ? La réponse tient en une géographie.
Les chiffres du premier trimestre qui interpellent
Rémy Cointreau a publié ses résultats du premier trimestre de l’exercice 2026-27 le 29 juillet 2026. Chiffre d’affaires trimestriel : 223,2 millions d’euros, soit une croissance organique de +1,3% sur un an. Les analystes attendaient environ 218,8 millions — la maison a donc surpassé le consensus.
Derrière ces chiffres globaux, la réalité est contrastée. Le Cognac, qui représente 63,6% du chiffre d’affaires total (141,9 M€), tire la performance à la hausse. Les liqueurs et spiritueux, eux, reculent de 6,6%, pénalisés par une demande faible sur leurs marchés principaux.
L’Asie-Pacifique hors Chine : le moteur inattendu
Le rebond du Cognac repose presque entièrement sur un seul bassin géographique : l’Asie-Pacifique hors Chine. Rémy Cointreau évoque un « élan soutenu » sur cette zone, sans chiffres détaillés par sous-marché — mais la direction parle de croissance « double digit » pour les marchés asiatiques émergents (Vietnam, Corée du Sud, Thaïlande, Singapour).
C’est précisément là où réside le paradoxe. L’image classique du Cognac, c’est la Chine. Pendant plus de dix ans, le marché chinois a été le moteur absolu des grandes maisons : les banquets d’affaires, les guanxi arrosés de Louis XIII, la croissance à deux chiffres. Depuis 2023 et le ralentissement économique chinois couplé aux droits de douane imposés par Pékin sur les eaux-de-vie françaises, ce chapitre s’est fermé. Et la relève n’est pas venue de Chine — elle est venue de ses voisins.
Une leçon de géographie commerciale pour toute la filière Cognac : la « Chine » n’est pas un bloc. Pendant que la République Populaire stagne, le reste de l’Asie absorbe une part croissante du volume d’exportation.
Chine et Amériques : pas encore de signal de reprise durable
La Chine reste « en légère baisse« , selon le communiqué de Rémy Cointreau — et les analystes sont plus nuancés que la direction sur ce point. Plusieurs notes de courtiers (Boursorama, MarketScreener) soulignent que les bons chiffres globaux ne doivent pas masquer l’absence de retournement structurel sur le marché clé.
Côté Amériques, la situation est mitigée. Les États-Unis affichent une « performance solide », mais le Canada subit un déstockage prononcé, et l’Amérique latine bute sur une base de comparaison élevée. En résumé : les Amériques ne plombent pas, mais elles ne compensent pas non plus.
L’EMEA (Europe, Moyen-Orient, Afrique) recule, sous l’effet d’une pression concurrentielle intense et d’une demande consommateur atone dans les pays mûrs. La France, marché domestique, n’est pas le moteur de cette croissance — elle ne l’est plus depuis longtemps.
Le paradoxe : comment Rémy Cointreau monte pendant que la filière souffre
C’est la question que beaucoup de vignerons charentais se posent ce soir en entendant les résultats de la maison. La réponse est structurelle. Rémy Cointreau n’achète pas ses raisins au prix spot de la filière. La maison travaille majoritairement avec des viticulteurs liés par des contrats pluriannuels sur des crus précis (Grande Champagne, Petite Champagne), et son exposition à la crise des spiritueux français est filtrée par ses marques premium.
Quand le Cognac standard souffre — et c’est le VS/VSOP qui agonise dans les caves charentaises — les maisons comme Rémy Cointreau sont en partie protégées par leur montée en gamme : VSOP, XO, Louis XIII. La crise touche de plein fouet le cépage Ugni Blanc des viticulteurs indépendants qui alimentent le négoce sur le marché vrac — pas les contrats longs des grandes maisons de prestige.
Cela ne veut pas dire que la crise est indolore pour Rémy Cointreau : les volumes Cognac restent sous pression à moyen terme, et la direction le reconnaît implicitement en confirmant des objectifs prudemment formulés (« croissance organique durable en renforcement progressif »). Ce n’est pas un retour à la croissance explosive des années 2010-2022 — c’est une stabilisation à un niveau de marge acceptable.
Ce que cela signifie pour vous
Pour le consommateur français, ces résultats ont une conséquence pratique : les grandes maisons de Cognac ne réduisent pas leur gamme et ne ferment pas leurs portes. Le Louis XIII continuera d’exister. Le Rémy Martin XO sera toujours en rayon. Si vous cherchez un beau cadeau autour des spiritueux à déguster au verre, le Cognac premium reste une valeur sûre.
Mais pour la filière dans son ensemble, la prudence s’impose. La croissance de Rémy Cointreau en Asie-Pacifique ne ruisselle pas spontanément vers le vigneron de Charente qui doit décider ce soir s’il arrache ou non ses 5 hectares d’Ugni Blanc. Ces deux réalités coexistent, et les bons chiffres trimestriels ne doivent pas masquer la fracture entre le haut et le bas de la filière.
FAQ — Rémy Cointreau et le Cognac en 2026
Rémy Cointreau est-il en bonne santé financière malgré la crise du Cognac ?
Les résultats du T1 2026-27 montrent une entreprise qui résiste mieux que la moyenne de la filière : 223,2 M€ de CA, au-dessus des attentes des analystes, et Cognac en hausse de +7,7%. La direction confirme ses objectifs annuels. Ce n’est pas une croissance euphorique, mais c’est une stabilisation solide — grâce à l’Asie-Pacifique hors Chine et à un positionnement premium qui la protège partiellement des volumes bas de gamme en difficulté.
Pourquoi les vignerons charentais souffrent-ils si Rémy Cointreau performe ?
Les grandes maisons de Cognac comme Rémy Cointreau travaillent sur des contrats longs avec des viticulteurs de crus précis (Grande Champagne, Petite Champagne). La crise frappe surtout le marché vrac : les vignerons indépendants qui vendent leur vin de base à des négociants ou coopératives pour les marques VS/VSOP à faible marge. Le premium est protégé ; le standard ne l’est pas.
La croissance en Asie hors Chine est-elle durable pour le Cognac ?
C’est la vraie question. L’essor du Cognac en Asie du Sud-Est (Vietnam, Thaïlande, Corée du Sud, Singapour) répond à une montée des classes moyennes et à une culture de la fête similaire à celle de la Chine des années 2010. Mais ces marchés sont plus petits, plus fragmentés, et la concurrence (whisky écossais, saké premium, bourbon) y est forte. Rémy Cointreau y croit — mais le temps dira si c’est un relais de croissance durable ou une substitution partielle du marché chinois.
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