Cadeaux & bons plans tous les mois — rejoins la newsletter Vinabox Je m'inscris
Publicité
Bouteilles de crémant en gyropalettes dans les caves souterraines de Bailly Lapierre, en Bourgogne

Le crémant de Bourgogne peut enfin afficher ses lieux-dits : ce qui change sur l’étiquette

· par

Pendant près de quinze ans, les producteurs de crémant de Bourgogne ont frappé à la même porte. Elle vient de s’ouvrir. Un arrêté ministériel du 2 septembre 2026, publié au Journal officiel, modifie le cahier des charges de l’appellation : la bulle bourguignonne peut désormais inscrire sur son étiquette le nom d’un lieu-dit cadastré, comme le font depuis longtemps les rouges et les blancs tranquilles de la région. Une victoire saluée par Dijon Actualités et Rayon Boissons, et qui change la façon dont on va choisir son crémant dans les prochaines années.

Le crémant de Bourgogne et ses lieux-dits en bref

  • Un arrêté du 2 septembre 2026 autorise la mention d’un lieu-dit cadastré sur l’étiquette du crémant de Bourgogne.
  • Les raisins de la parcelle doivent être identifiés dès la déclaration de récolte, puis suivis jusqu’à la mise en marché.
  • C’est l’aboutissement de près de quinze ans de discussions entre le syndicat de l’appellation et l’INAO.
  • L’appellation, créée en 1975, a exporté 51 % de ses volumes en 2025.
  • Objectif affiché : mieux valoriser la bulle bourguignonne grâce à des cuvées de terroir.

Une règle simple, une traçabilité stricte

Sur le papier, la nouveauté tient en une ligne. Dans les chais, elle demande de la rigueur. Pour afficher un lieu-dit, trois conditions sont posées. Le nom doit correspondre à un lieu-dit inscrit au cadastre. Il doit figurer sur la déclaration de récolte. Et si des moûts ou des vins entrent dans la liqueur d’expédition, ce petit dosage ajouté avant le bouchage, ils doivent eux aussi être aptes à produire du crémant de Bourgogne.

Surtout, les raisins de la parcelle sont suivis à la trace : identifiés dès la déclaration de récolte, puis dans les registres de cuvée, jusqu’aux déclarations de mouvements de stocks. Autrement dit, le nom de parcelle ne peut pas servir de simple décor. Comme pour les autres vins d’appellation, le lieu-dit indiqué sur l’étiquette désigne la provenance d’au moins 85 % des raisins, hors liqueurs de tirage et d’expédition.

Publicité
Façade de la maison Louis Bouillot, élaborateur de crémant de Bourgogne à Nuits-Saint-Georges
La maison Louis Bouillot, à Nuits-Saint-Georges, fait partie des élaborateurs qui travaillaient déjà des cuvées parcellaires.

Quinze ans de bras de fer avec l’INAO

L’Union des producteurs et élaborateurs de crémant de Bourgogne (UPECB) porte ce dossier depuis le début des années 2010. Face à elle, l’INAO a longtemps freiné. Ses arguments, rapportés par Bourgogne Aujourd’hui : un risque de détournement de la notoriété des vins tranquilles, et un risque de confusion pour le consommateur. En clair, la crainte de voir un crémant profiter du prestige d’un climat célèbre de la Côte.

Le syndicat avait de quoi répondre. La réglementation européenne encadrait déjà depuis 2009 la mention d’une unité géographique plus petite sur l’étiquette des vins d’appellation, à condition que le cahier des charges le prévoie. Son délégué général, Pierre du Couëdic, soulignait dès 2022 dans Réussir que le syndicat avait des arguments historiques et réglementaires. Le comité national de l’INAO a fini par donner son feu vert fin 2025, avant l’homologation de cette année.

Les grandes dates du crémant de Bourgogne

  • XIXe siècle : la Bourgogne produit des mousseux nommés d’après leur village ou leur parcelle.
  • 17 octobre 1975 : création de l’appellation crémant de Bourgogne.
  • 2009 : la réglementation européenne encadre la mention d’une unité géographique plus petite pour les vins d’appellation.
  • Fin 2025 : feu vert du comité national de l’INAO.
  • 2 septembre 2026 : l’arrêté modifiant le cahier des charges est signé.

Un retour aux sources plus qu’une révolution

L’idée n’a rien de neuf. Au XIXe siècle, la Bourgogne vendait déjà des effervescents qui portaient le nom de leur origine. L’historien Guillaume Grillon a retrouvé la trace de « pommard mousseux », de « volnay mousseux » ou de « chambertin mousseux ». Cette habitude de nommer la bulle d’après son terroir s’est éteinte à la fin des années 1930, avec la mise en place du système des appellations d’origine.

« Dorénavant, la bulle bourguignonne peut elle aussi parler de son lieu de naissance », résume Pierre du Couëdic, cité par Dijon Actualités. Et pour couper court aux procès en course au rendement, il précise : « L’enjeu n’est pas le volume, mais l’expression qualitative et précise du terroir d’origine. »

Vignoble de Nuits-Saint-Georges en Côte-d'Or, parcelles et lieux-dits de Bourgogne
Les vignes de la Côte de Nuits : en Bourgogne, chaque parcelle ou presque porte un nom.
Publicité

Une appellation qui veut sortir du rayon à 8 euros

Derrière le symbole, il y a une stratégie commerciale. Le crémant de Bourgogne se porte bien : la récolte 2025 a atteint 231 000 hectolitres, soit environ 30,8 millions de bouteilles en équivalent-volume, et les volumes vendus ont progressé de 9 % sur un an, selon les chiffres présentés au printemps à Vitisphere. 51 % des volumes partent à l’export. Le vignoble couvrait 3 320 hectares en 2023, soit 39 % de plus qu’il y a dix ans, avec environ 1 700 viticulteurs et 138 élaborateurs, du Châtillonnais au Beaujolais.

Le problème, c’est le prix. En grande distribution, la bouteille se vend autour de 8 euros en moyenne. La filière cherche à mieux valoriser ses crémants, notamment grâce à des cuvées de terroir. Les mentions « Éminent » et « Grand Éminent », créées pour les crémants à vieillissement long, ont amorcé ce mouvement. Le lieu-dit ajoute une marche de plus, à l’image de ce que fait la Champagne avec ses cuvées parcellaires.

Certaines maisons n’ont pas attendu l’arrêté pour travailler la parcelle. Louis Bouillot présente notamment les cuvées Chenôvre, En Bollery et Dessus les Vermots, et Bourgogne Aujourd’hui cite chez Louis Picamelot Les Reipes, En Chazot et En Espoutières. Des vins souvent millésimés et taillés pour la garde.

Ce que ça change pour vous

À court terme, ne cherchez pas ces étiquettes partout. Un crémant reste au moins neuf mois sur lies et ne peut être vendu au consommateur qu’après douze mois à compter du tirage. Les cuvées de lieu-dit, plus ambitieuses, vieillissent souvent davantage. Les premières bouteilles arriveront donc au compte-gouttes, plutôt chez les cavistes et les domaines qu’en tête de gondole.

En attendant, c’est le bon moment pour réviser vos classiques. Le crémant de Bourgogne repose surtout sur le chardonnay et le pinot noir, les deux cépages rois de la Bourgogne. Si vous hésitez encore entre bulles bourguignonnes et champenoises, notre analyse crémant contre champagne fait le point sur les tendances du marché. Et pour les fêtes, notre guide des cadeaux vin de Noël consacre une partie aux bulles. Pour découvrir des crémants de producteurs sans courir les caves, notre comparatif des box vin vous aide à choisir la formule qui vous ressemble.

Questions fréquentes sur le crémant de Bourgogne et les lieux-dits

Le crémant de Bourgogne peut-il afficher un lieu-dit ?

Oui. Depuis l’arrêté ministériel du 2 septembre 2026, le cahier des charges autorise la mention d’un lieu-dit cadastré sur l’étiquette, à condition qu’il figure sur la déclaration de récolte.

Quelles conditions faut-il respecter ?

Le lieu-dit doit être inscrit au cadastre et déclaré à la récolte. Les raisins sont suivis dans les registres de cuvée jusqu’aux déclarations de stocks, et les moûts ou vins de la liqueur d’expédition doivent être aptes au crémant de Bourgogne.

Quelle part du crémant de Bourgogne part à l’export ?

En 2025, 51 % des volumes de crémant de Bourgogne ont été exportés, selon les chiffres communiqués par la filière. Les volumes vendus ont progressé de 9 % sur un an.

Quand trouvera-t-on ces crémants de lieu-dit ?

Progressivement. Un crémant reste au moins neuf mois sur lies et ne peut être vendu au consommateur qu’après douze mois à compter du tirage ; les cuvées parcellaires vieillissent souvent davantage. Les premières étiquettes devraient arriver d’abord chez les cavistes et dans les domaines.

Sources : Dijon Actualités, 29 octobre 2026 ; Rayon Boissons, 23 octobre 2026 ; Dijon Beaune Mag ; Vitisphere, avril 2026 ; site de la maison Louis Bouillot ; Bourgogne Aujourd’hui, décembre 2025 ; Réussir, décembre 2022. Image principale : bouteilles en gyropalettes dans les caves de Bailly Lapierre, Ibex73, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0. Dans l’article : maison Louis Bouillot, Chabe01, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 ; vignoble de Nuits-Saint-Georges, Jean de l’Auxois, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.



Publicité

À lire aussi

Laisser un commentaire

Votre email ne sera jamais publié. Vous recevrez un lien pour confirmer votre commentaire — il crée aussi votre compte Vinabox et vous rapporte 25 XP.

L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération. Vente interdite aux mineurs.