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Deux ouvriers viticoles travaillent le sol entre les rangs de vigne près d’Aigues-Mortes, dans le Gard

Aides européennes au vin : les États de l’UE maintiennent le soutien au vin, le Modef propose 400 € à l’hectare

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Le principe des aides européennes au vin, qui pèsent aujourd’hui environ 270 millions d’euros par an en France, a passé une étape importante, même si leur montant pour 2028-2034 reste à négocier. Le 19 octobre 2026, les États membres de l’Union européenne ont adopté leur position de négociation sur les règles des marchés agricoles de la prochaine politique agricole commune (PAC). Le vin y garde un programme d’aides obligatoire, ce que la filière réclamait depuis l’été. Trois jours plus tard, dans le Gard, un syndicat de vignerons a pourtant pris le contre-pied : le Modef demande la fin de cette OCM vin et son remplacement par une aide versée à l’hectare, autour de 400 euros. Deux visions de l’argent public dans les vignes, au moment où le vignoble français recule.

L'OCM vin en bref

  • Le 19 octobre 2026, le Conseil de l’UE a adopté sa position de négociation partielle sur l’organisation commune des marchés agricoles (OCM) pour la période 2028-2034.
  • Les aides sectorielles y deviennent obligatoires pour l’apiculture, les fruits et légumes et, « dans certaines circonstances », le vin, avec des dérogations possibles.
  • La Fédération européenne des vins d’origine parle d’un « grand pas en avant », un eurodéputé français juge l’obligation de financement « largement fictive ».
  • Le 22 octobre, le Modef du Gard a demandé la fin de l’OCM vin au profit d’une aide à l’hectare, estimée à environ 400 € par hectare.
  • Rien n’est encore fixé : le budget reste à négocier et le texte doit passer par une discussion avec le Parlement européen.

Ce que les États membres ont décidé le 19 octobre

L’OCM, c’est le règlement qui fixe les règles des marchés agricoles en Europe : normes de commercialisation, gestion des crises, programmes d’aides par filière. Dans le vin, elle finance la restructuration du vignoble, les investissements en cave et la promotion à l’export. Sa version révisée doit accompagner le prochain budget pluriannuel de l’Union, celui de 2028-2034.

Selon le communiqué du Conseil de l’UE, les interventions sectorielles seront obligatoires pour l’apiculture, les fruits et légumes et, « dans certaines circonstances », le secteur vitivinicole. Pour le vin, le Conseil prévoit des dérogations souples afin de tenir compte des pays où ce secteur n’est pas développé. La position est dite partielle : les questions financières et transversales sont renvoyées à la négociation du budget européen, comme le résume Vinetur.

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D’après Vitisphere, c’est un vrai changement de pied par rapport au texte de septembre. Le document de travail de la présidence irlandaise ne rendait le programme vin obligatoire que dans les pays qui reconnaissent des organisations de producteurs (OP). Le principe devient l’obligation d’interventions dans le vin pour les États membres, qui pourront demander des dérogations motivées dans leur plan national, par exemple pour des vignobles trop réduits comme ceux de la Lettonie ou de l’Estonie, cités par Vitisphere. Nous avions raconté en septembre ce texte irlandais qui ne laissait aux vignerons que l’arrachage et la distillation.

Façade du bâtiment Europa, siège du Conseil de l'Union européenne à Bruxelles, éclairée de nuit
Le bâtiment Europa, à Bruxelles, où siège le Conseil de l’Union européenne.

Septembre contre octobre : ce qui a changé dans le texte

Point clé Texte de travail de septembre Position du Conseil, 19 octobre
Programme vin obligatoire Seulement là où des OP sont reconnues Principe d’obligation, dérogations motivées possibles
Bénéficiaires Passage par les organisations de producteurs Les OP ne peuvent pas être les seules bénéficiaires
Promotion Pas clairement incluse Incluse parmi les interventions spécifiques
Budget dédié au vin Non fixé Toujours non fixé, renvoyé au budget 2028-2034

Sources : Vitisphere, 23 septembre et 22 octobre 2026 ; Conseil de l’UE, 19 octobre 2026. Textes en cours de négociation.

« Un grand pas en avant », ou une obligation « largement fictive »

Daniela Ida Zandonà, qui représente à Bruxelles la Fédération européenne des vins d’origine (EFOW), liste auprès de Vitisphere les garanties obtenues : une enveloppe obligatoire pour le vin, même sans budget spécifique à ce stade, la confirmation que les OP ne seront pas les seules à toucher les aides, et l’inclusion de mesures importantes pour la filière, dont la promotion. « Bien qu’il y ait encore matière à amélioration, nous avons fait un grand pas en avant par rapport à la situation d’il y a seulement deux mois », résume-t-elle.

L’eurodéputé Eric Sargiacomo (Nouvelle-Aquitaine, Parti socialiste), vice-président de la commission de l’agriculture du Parlement européen, voit les choses autrement. « Pour la viticulture, c’est encore pire : l’obligation de financement est largement fictive et je note que de nombreuses avancées du paquet vin passeraient à la trappe », dénonce-t-il dans un communiqué cité par Vitisphere. Il se dit désormais mobilisé pour la négociation à venir entre le Parlement, le Conseil et la Commission.

Le point qui reste ouvert : la position du Conseil ne dit pas combien d’argent ira au vin. Le budget se négocie à part, et selon Eunews, la Commission propose de regrouper les fonds de la PAC dans un fonds de partenariat national et régional, avec un plan unique par pays. Une enveloppe obligatoire sans montant garanti, c’est précisément ce qui inquiète une partie de la filière.

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Dans le Gard, le Modef veut tout remettre à plat

Le 22 octobre, à la Chambre d’agriculture de Nîmes, le Mouvement de défense des exploitants familiaux a tenu sa conférence de presse d’après vendanges. Son président départemental, le vigneron gardois Xavier Fabre, y a défendu une ligne qui va à rebours des autres syndicats, rapporte Vitisphere. « On demande à la prochaine PAC la fin de l’OCM vin pour que les fonds ne servent plus à défaire le potentiel de production, mais à développer la viticulture familiale », explique-t-il.

Son calcul est simple : en répartissant l’enveloppe de 270 millions d’euros par an sur les quelque 670 000 hectares qu’il retient, l’aide tournerait autour de 400 euros par hectare. Le montant dépend toutefois de la surface prise en compte : la statistique agricole Agreste recensait 741 851 hectares de vignes à raisin de cuve en 2025, ce qui ramènerait l’aide à environ 364 euros par hectare. Xavier Fabre reconnaît qu’il faudrait en discuter avec les autres syndicats et les pouvoirs publics pour affiner l’outil. Le Modef réclame aussi un prix minimum garanti par l’État, car selon lui « il manque aujourd’hui 1 500 €/ha aux vignerons pour être rentables, juste à l’équilibre ». Les 400 euros ne suffiraient donc pas seuls : c’est l’association des deux que défend le syndicat.

Rangs de vignes taillées devant la chapelle de Montcalm à Vauvert, dans le Gard
Vignes autour de la chapelle de Montcalm, à Vauvert, dans le Gard, le département de Xavier Fabre.

La critique vise la façon dont l’argent circule aujourd’hui. « On ne peut pas demander chaque année des primes à la plantation et tous les six mois réclamer des primes pour distiller et arracher. La filière n’est plus crédible », lance Xavier Fabre. Il reproche aussi aux aides à l’investissement de financer « les nouveaux caveaux des grands groupes » et aux aides à l’export de profiter aux négociants. Le syndicat chiffre le vignoble national à 673 000 hectares, contre 800 000 il y a vingt ans (un chiffre inférieur aux dernières données Agreste), et attribue ce recul à une cogestion entre l’État et la FNSEA. Il propose enfin que les départements financent les vignes qui servent de coupe-feu autour des villages l’été.

Ce que ça change pour l’amateur de vin

Ces débats bruxellois paraissent lointains, mais ils pèsent sur ce qui arrive dans le verre. La restructuration paie le passage à des cépages plus résistants à la chaleur. Les investissements financent le froid en cave, si précieux lors des vendanges chaudes. La promotion aide les domaines à vendre hors d’Europe quand la consommation recule en France. Une aide à l’hectare, elle, répartirait le soutien selon la surface de vigne, avec des modalités qui restent à définir. Le débat touche de près le Languedoc-Roussillon, où Agreste estimait au 1er octobre une récolte 2026 en hausse de 20 % sur un an.

Le dossier rejoint aussi celui des aides de crise, entre une distillation de crise restée loin de son objectif (environ 65 % des volumes visés après deux périodes de dépôt) et le plan de soutien que les vignerons jugent insuffisant. À votre échelle, acheter directement aux domaines permet de les soutenir. Certaines box vin de notre comparatif permettent aussi de découvrir des vignerons français, selon la sélection et la fréquence choisies.

Questions fréquentes sur l’OCM vin

Qu’est-ce que l’OCM vin ?

C’est le volet de la politique agricole commune consacré au vin. En France, il représente environ 270 millions d’euros par an et finance notamment la restructuration du vignoble, les investissements en cave, la promotion à l’export et la distillation des sous-produits.

Qu’a décidé le Conseil de l’UE le 19 octobre 2026 ?

Les États membres ont adopté leur position de négociation partielle sur l’OCM de la période 2028-2034. Les aides sectorielles y sont obligatoires pour le vin dans certaines circonstances, avec des dérogations pour les pays où le secteur est peu développé. Le budget n’est pas fixé.

Que propose le Modef à la place de l’OCM vin ?

Le Modef demande la fin de l’OCM vin et une aide versée à l’hectare de vigne, qu’il estime à environ 400 € par hectare en répartissant l’enveloppe de 270 millions d’euros. Il réclame aussi un prix minimum garanti par l’État.

L’avenir des aides au vin est-il réglé ?

Non. La position du Conseil doit encore être négociée avec le Parlement européen et la Commission, et le montant réservé au vin dépend de la négociation du budget européen 2028-2034.

Sources : Conseil de l’Union européenne, communiqué du 19 octobre 2026 ; Vitisphere, articles du 22 et du 24 octobre 2026 ; Vinetur, 21 octobre 2026 ; Eunews, 19 octobre 2026. Image principale : ouvriers viticoles dans les vignes de sable près d’Aigues-Mortes, Rolf Kranz, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0. Dans l’article : bâtiment Europa, Edison McCullen, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 ; chapelle de Montcalm à Vauvert, Rolf Kranz, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

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