Primeurs Bordeaux 2025 en bref
- WineCap a analysé 130 vins — moins de 10 châteaux ont proposé des prix justifiant lachat en avant-première
- Règle dor : le primeur doit être au moins 20 % moins cher quun millésime comparable livrable pour valoir le coup
- Bons élèves : Lafite Rothschild, Léoville Las Cases, Margaux, Ducru-Beaucaillou
- Mauvais élèves : Montrose (+21 %), Haut-Batailley (+10 %), et la majorité des propriétés
- La révolution viendra peut-être de la distribution plutôt que des prix — cest la thèse de Berry Bros. & Rudd
La campagne des primeurs 2025 est terminée. Les experts ont rendu leur verdict : sur 130 vins analysés par WineCap, moins de 10 propriétés bordelaises ont proposé des prix qui justifiaient vraiment un achat en avant-première. Décryptage des gagnants, des perdants, et dune question qui agite la Place de Bordeaux : et si le problème nétait pas le prix, mais la distribution ?
La règle des 20 % : simple, imparable, globalement ignorée
Acheter un vin en primeur, cest parier sur un vin qui nexiste pas encore en bouteille — immobiliser du capital pendant deux ans, avec un profil gustatif qui peut encore évoluer. Pour que ce pari soit rationnel, les professionnels saccordent depuis des années sur une règle empirique : le prix du primeur doit être au moins 20 % inférieur à celui de tout millésime comparable déjà livrable.
En clair : si le 2022 dun château se négocie à 100 € sur le marché secondaire, son 2025 en primeur devrait partir à 80 € maximum pour justifier lattente et le risque. Au-dessus de ce seuil, lachat devient irrationnel pour un amateur qui ne spécule pas.
En 2025, la grande majorité des châteaux nont pas respecté cette règle. Sur les 130 vins commercialement significatifs analysés par WineCap après la clôture de la campagne, moins dune dizaine de propriétés ont proposé un tarif réellement attractif. Un constat amer, que résume Adrian Brice, responsable des achats chez WineCap :
« Les châteaux qui ont réussi sont ceux qui ont montré quils écoutaient. Ils ont reconnu la réalité du marché, respecté le client final, et tarifé leurs vins en conséquence. Cest ainsi quon reconstruit lengagement avec lEn Primeur. »
Adrian Brice, Head of Buying, WineCap
Les bons élèves : qui a vraiment joué le jeu ?
Parmi les rares propriétés qui ont lu le marché, quelques noms ressortent des analyses post-campagne.
| Château | Mouvement prix 2025 | Verdict experts |
|---|---|---|
| Lafite Rothschild | ✅ En dessous des 2016 et 2018 | Demande solide, campagne réussie |
| Léoville Las Cases | ✅ Sous les 2018, 2019, 2020 | « Laissé de la valeur sur la table » volontairement |
| Château Margaux | ✅ Prix attractif | Bonne réception marché |
| Ducru-Beaucaillou | ✅ Prix attractif | Dans les bons élèves |
| Cheval Blanc | ⚠️ +20 % / volumes −50 % | Pari de la rareté assumé — débattu |
| Montrose | ❌ +21 % | Déception de la campagne |
| Haut-Batailley | ❌ +10 % | Occasion manquée |
Lafite Rothschild a placé son 2025 en dessous des back-vintages 2016 et 2018, des millésimes de qualité comparable. Résultat : une demande solide et une campagne saluée. Léoville Las Cases va encore plus loin : le château a délibérément « laissé de la valeur sur la table » en tarifant son 2025 sous les 2018, 2019 et 2020 — un signal qui crée une vraie incitation à lachat immédiat.
Cheval Blanc reste un cas à part : +20 % de prix, mais −50 % de volumes produits. Un pari de la rareté assumé, qui passe chez les grands collectionneurs mais laisse sceptiques les professionnels. WineCap ne le classe pas dans les bons élèves, faute de respecter la règle des 20 %.
La liste des déceptions : la majorité du peloton
En face, la liste des propriétés qui ont raté leur campagne est longue. Montrose affiche une hausse de 21 %. Haut-Batailley grimpe de 10 %. Et beaucoup dautres châteaux ont sorti leurs vins à des tarifs qui ne pouvaient mécaniquement pas intéresser un acheteur rationnel.
Les chiffres donnent raison à ce pessimisme : les vins achetés en primeur entre 2020 et 2024 ont perdu en moyenne 13 % de leur valeur sur le marché secondaire depuis leur sortie. Le bilan par millésime est édifiant : −19 % pour les 2020, −27 % pour les 2021, −17 % pour les 2022, −4 % pour les 2023.
Cest la conclusion de Vitisphere en fin de campagne : « Un nouveau rendez-vous manqué que les grands crus ne comprennent pas, ou ne veulent pas comprendre. » La campagne avait pourtant suscité des espoirs en mai, portée par la qualité incontestable du millésime et des rendements historiquement bas (27 hl/ha).
📊 La règle des 20 % en pratique
Pour un vin dont le millésime similaire se négocie à 150 € la bouteille sur le marché secondaire, le prix du primeur attractif se situe à 120 € maximum. Au-dessus ? Autant attendre la mise en marché — les vins tendent à baisser de toute façon.
Berry Bros. & Rudd : « Ce nest pas le prix, cest la distribution »
Cest ici que le débat prend une tournure inattendue. Max Lalondrelle, directeur des achats chez Berry Bros. & Rudd — lun des plus puissants négociants de primeurs au monde — avance une thèse qui bouscule les certitudes :
« Si les ventes naugmentent pas en baissant les prix, alors baisser les prix nest pas la voie à suivre. »
Max Lalondrelle, MD Fine Wine Purchasing, Berry Bros. & Rudd
Pour lui, la vraie révolution doit venir de la distribution. Il cite lexemple du Château Larcis-Ducasse : autrefois, Berry Bros. & Rudd nécoulait que 124 bouteilles de ce saint-émilion au Royaume-Uni lors des campagnes den primeur. Depuis que le négociant est devenu son partenaire UK exclusif, les volumes ont considérablement progressé — sans toucher aux prix.
Le message est clair : inutile de brader ses vins si le réseau de distribution nest pas structuré pour les placer dans les bonnes mains. Sur ce front, la Place de Bordeaux — très dépendante de la chaîne négoce-courtier-château — a encore du chemin à faire.
Ce que ça signifie pour lamateur de vin
Pour un amateur, la conclusion pratique est directe : en 2025, sauf exceptions (Lafite, Léoville Las Cases, Margaux, quelques seconds crus bien positionnés), les primeurs nétaient pas une opportunité dachat. Mieux valait attendre que les vins soient disponibles sur le marché secondaire — où la tendance historique les amènera probablement plus bas.
Le contexte naide pas à loptimisme. Leffondrement du foncier viticole bordelais et la crise structurelle qui frappe la région poussent certains châteaux à maximiser leurs revenus au démarrage de campagne. Un réflexe compréhensible, mais qui érode durablement la confiance des acheteurs.
Si vous souhaitez découvrir les grands vins de Bordeaux sans vous lancer dans les primeurs, les box vin sélectionnées par Vinabox sont une alternative immédiate — des bouteilles déjà livrables, choisies pour leur rapport qualité-prix.
Questions fréquentes sur les primeurs Bordeaux 2025
Cest quoi exactement les primeurs à Bordeaux ?
Les primeurs (ou « en primeur ») consistent à acheter un vin alors quil est encore en fût, avant sa mise en bouteille et sa commercialisation officielle (18 à 24 mois plus tard). Les acheteurs paient à lavance sur la base de dégustations de fûts, souvent organisées en avril. En échange du risque et de lattente, ils bénéficient — en théorie — dun prix inférieur au tarif de marché futur.
Pourquoi les prix des primeurs sont-ils souvent décevants ?
Les châteaux ont besoin de trésorerie et cherchent à maximiser leurs revenus en début de campagne. Mais depuis plusieurs millésimes, les prix ont été fixés trop haut par rapport au marché secondaire. Résultat : les vins baissent souvent après leur mise en marché, rendant lachat en primeur moins intéressant quescompté. La règle des 20 % (un primeur doit être au moins 20 % moins cher quun millésime comparable livrable) est rarement respectée.
Quels châteaux ont vraiment joué le jeu des prix en 2025 ?
Selon lanalyse post-campagne de WineCap, les meilleurs élèves sont Lafite Rothschild (en dessous des 2016 et 2018), Léoville Las Cases (volontairement « laissé de la valeur sur la table » en se positionnant sous les 2018, 2019, 2020), ainsi que Margaux et Ducru-Beaucaillou. À linverse, Montrose (+21 %), Haut-Batailley (+10 %) et la majorité des propriétés ont proposé des prix peu attractifs.
Vaut-il mieux acheter un Bordeaux en primeur ou attendre ?
Pour la grande majorité des 130 vins analysés lors de la campagne 2025, la réponse est : attendre. Les millésimes achetés en primeur entre 2020 et 2024 ont en moyenne perdu 13 % de leur valeur sur le marché secondaire depuis leur sortie. Pour le 2025, sauf pour les quelques châteaux ayant vraiment joué le jeu des prix (Lafite, Léoville Las Cases, Margaux), lattente reste la stratégie la plus sûre.
Sources : WineCap (analyse post-campagne 130 vins, juin 2026) · The Drinks Business (Max Lalondrelle, Berry Bros. & Rudd, juin 2026) · Vitisphere (fin de campagne primeurs 2025)







Connexion rapide pour commenter :