⚡ En bref
- Auraïa : née le 1er juin 2026, fusion de Vivadour (Gers) et Terres du Sud (Périgord) — 9 000 agriculteurs, 1,1 milliard €, 1 915 salariés
- La crise viticole frappe dur : les volumes ont été divisés par deux en cinq ans (400 000 hl en 2020 → 200 000 hl estimés en 2026)
- Plan 2026-2027 : fermeture du chai de Gondrin, cession de 180 hectares de vignes
- Le pari : le vin sans alcool (Chai Sobre, marque Moderato) vise 15 000 hl/an d’ici 2030
Il y a quelque chose de vertigineux dans ce chiffre : 400 000 hectolitres en 2020. 200 000 estimés en 2026. En l’espace de cinq ans, la plus grande coopérative viticole du Sud-Ouest a vu ses volumes fondre de moitié. Et ce n’est pas fini.
Face à ce gouffre, les nouveaux dirigeants d’Auraïa — le géant coopératif né le 1er juin 2026 de la fusion de Vivadour et Terres du Sud — ont présenté mi-juin un plan de restructuration sans précédent : on ferme un chai, on cède 180 hectares de vignes, et on mise tout sur le vin sans alcool. Un virage à 180° qui en dit long sur l’état de la filière.

Auraïa, le géant coopératif du Sud-Ouest né dans la tourmente
Si vous n’avez pas encore entendu parler d’Auraïa, c’est normal : la marque est toute neuve. Depuis le 1er juin 2026, les coopératives Vivadour (4 800 adhérents dans le Gers, 558 millions € de CA) et Terres du Sud (6 000 adhérents en Périgord et Lot-et-Garonne, 592 millions €) ont fusionné pour ne former plus qu’un seul groupe. Au total : 9 000 agriculteurs, 1,1 milliard d’euros de chiffre d’affaires consolidé, 1 915 salariés répartis sur 40 sociétés.
La fusion elle-même n’est pas une surprise — elle était dans les tuyaux depuis deux ans. Ce qui surprend davantage, c’est la vélocité avec laquelle le nouveau groupe a présenté son plan d’action pour la filière vin. Quelques jours seulement après la naissance officielle d’Auraïa, les 16 et 17 juin, les chiffres tombaient. Et ils font froid dans le dos.
Quand le vin s’effondre : 400 000 hl → 200 000 hl en cinq ans
La déconsommation systémique du vin n’est pas un secret. On en parle depuis des années — mais les chiffres d’Auraïa donnent une échelle concrète à ce qu’on sait d’instinct. « Depuis plusieurs années, la filière vins enregistre des pertes structurelles et des baisses de volume conséquentes », reconnaît officiellement le groupe : 400 000 hectolitres en 2020, 200 000 hl estimés en 2026. La moitié, en cinq ans.
Les causes sont multiples et entremêlées : la crise de pouvoir d’achat qui pousse à arbitrer entre les plaisirs, les tensions géopolitiques qui pèsent sur les exports, les effets du dérèglement climatique sur la qualité perçue des petits millésimes, et surtout la montée d’une nouvelle génération de consommateurs qui ne boit tout simplement pas comme ses parents.
Pour replacer dans le contexte : Auraïa n’est pas un cas isolé. Rémy Martin vient de couper ses achats de raisins de 20 % pour la récolte 2026, après -25/45 % en 2025. Et Gérard Bertrand prévient qu’il faudra encore 3 à 5 ans pour sortir la tête de l’eau. La crise viticole n’est pas une vue de l’esprit.
Le plan de crise : fermer un chai, céder 180 hectares
Le plan annoncé par Sylvain Théon, le nouveau directeur général d’Auraïa, comporte trois axes.
Premier axe : restructuration industrielle. Le chai de Gondrin — spécialisé dans le pressurage et le stockage — fermera lors de la campagne 2026-2027. Ce n’est pas la première fermeture : le site de Cazaubon avait déjà été mis sous clé en 2024. Les activités de Gondrin seront redéployées vers les sites d’Eauze, Panjas et Vic-Fezensac.
Deuxième axe : cession des vignes. Auraïa va cesser l’exploitation directe de ses 180 hectares de domaines viticoles, avec l’objectif de les vendre ou de les louer d’ici 2026-2027. La coopérative abandonne son rôle de vigneron en propre pour se concentrer sur son cœur de métier : vinifier et vendre le raisin de ses adhérents.
La formulation de Sylvain Théon est nette : « améliorer la rentabilité de l’atelier vigne sur l’exploitation, réduire le foyer de perte que constitue cette filière vin et installer de la sérénité sur cette filière vin pour toutes nos parties prenantes. »
Troisième axe : Œnopole de Gascogne. La structure de service et de laboratoire du groupe cherche des partenaires extérieurs pour mutualiser ses coûts. Un modèle « prestataire de services » plutôt que filiale intégrée.
Chai Sobre : quand le vin sans alcool devient une bouée de sauvetage
Le volet le plus inattendu du plan, c’est peut-être celui-là. En juin 2025, Vivadour a lancé le Chai Sobre — une unité industrielle de désalcoolisation ouverte également aux vinificateurs tiers, avec un million d’euros d’investissement. La marque phare qui en est issue s’appelle Moderato.
Résultat de la première année : 10 000 hectolitres produits, soit le seuil de rentabilité de l’outil industriel. L’objectif fixé est de 15 000 hl en 2030, sur une capacité totale de 80 000 hl. Autrement dit, le Chai Sobre n’a même pas entamé son potentiel.
Ce n’est pas un hasard si cette branche est préservée et développée pendant que tout le reste est taillé à la serpe. La France a dépassé les 30 millions de litres de vins sans alcool en 2026, et la demande ne faiblit pas, notamment chez les moins de 35 ans. Pour une coopérative qui cherche à survivre, c’est le seul segment en croissance structurelle.
Auraïa : un symptôme, ou le début d’une réponse ?
Ce qui rend le cas Auraïa intéressant, c’est qu’il dépasse la simple histoire d’une coop en difficulté. Il illustre la mutation profonde d’un modèle vieux de plusieurs décennies. La coopérative viticole traditionnelle — qui vinifie tout, gère des domaines en propre, et distribue sur les circuits classiques — n’est peut-être plus viable dans sa forme actuelle.
La réponse d’Auraïa, c’est de concentrer les forces sur ce qui reste rentable (les vignerons adhérents, la vinification mutualisée, le désalcoolisé) et d’abandonner tout le reste. C’est brutal. C’est pragmatique. Et c’est peut-être exactement ce que d’autres coopératives feront dans les mois qui viennent.
En attendant, les millésimes des Côtes de Gascogne qu’Auraïa continuera à vinifier resteront dans les rayons. Juste en plus petits volumes.
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Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’Auraïa et d’où vient ce nom ?
Auraïa est une union coopérative née le 1er juin 2026 de la fusion de Vivadour (Gers, 4 800 adhérents) et Terres du Sud (Périgord et Lot-et-Garonne, 6 000 adhérents). Ensemble, elles forment un groupe de 9 000 agriculteurs pour 1,1 milliard d’euros de CA. Le nom « Auraïa » évoque le vent du Sud-Ouest (l’Aure en gascon) et l’identité du grand Sud-Ouest français.
Pourquoi Auraïa ferme-t-il le chai de Gondrin ?
Le chai de Gondrin, spécialisé dans le pressurage et le stockage, fait face à une utilisation sous-capacitaire liée à la chute des volumes viticoles (de 400 000 hl en 2020 à 200 000 hl estimés en 2026, soit -50 % en cinq ans). La fermeture vise à concentrer les outils sur trois sites restants (Eauze, Panjas, Vic-Fezensac) pour retrouver la rentabilité de la filière vin.
Qu’est-ce que le Chai Sobre et la marque Moderato ?
Lancé en juin 2025 par Vivadour avec 1 million d’euros d’investissement, le Chai Sobre est une unité industrielle de désalcoolisation qui opère également en prestataire de service pour des tiers. La marque Moderato est le premier vin désalcoolisé produit sur ce site. En 2025 (première année), 10 000 hectolitres ont été produits — soit le seuil de rentabilité de l’outil. L’objectif est d’atteindre 15 000 hl en 2030, sur une capacité totale de 80 000 hl.
Le vin des Côtes de Gascogne va-t-il disparaître ?
Non. Auraïa continue à vinifier le raisin de ses 9 000 adhérents agriculteurs — c’est son cœur de métier. Ce qui change, c’est qu’elle abandonne l’exploitation directe des domaines viticoles (180 hectares) et rationalise ses capacités industrielles. Les Côtes de Gascogne, l’Armagnac et le Floc de Gascogne restent au catalogue. Simplement en plus petits volumes, et avec une structure de coûts plus adaptée à la réalité du marché actuel.







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