En 2019, Campari rachète Bisquit pour 52,5 millions d’euros, persuadé d’ajouter un cognac premium à son portefeuille de marques. Sept ans plus tard, la maison charentaise repart pour environ 30 millions d’euros — en emportant avec elle le Château Bisquit, les stocks de vieillissement et toute la propriété intellectuelle. Bilan minimum : 20 millions d’euros de perte nette, et 56 millions supplémentaires de dépréciations dans les comptes du groupe. Une sortie précipitée qui illustre, mieux que n’importe quel rapport de filière, la profondeur de la crise cognac mondiale.
Campari / Bisquit en bref
- 52,5 M€ : prix d’achat Bisquit en 2019 par Campari
- ~30 M€ : prix de revente estimé en 2026 (combiné Cabo Wabo)
- 20 M€ minimum : perte nette après 7 ans
- Cobblestone Brands (Dublin) : acheteur, finalisation avant le 31 octobre 2026
- Motif officiel : « optimisation du portefeuille » face au déclin cognac US + Chine
52,5 millions achetés, 30 millions revendus : sept ans de désillusion
L’accord a été signé le 24 juillet 2026. Campari cède Bisquit — propriété intellectuelle, stocks de produits finis et Château Bisquit (l’immobilier historique situé à Jarnac, en Charente) — à Cobblestone Brands Limited, un distributeur basé à Dublin. Le montant de la transaction n’a pas été communiqué séparément : Bisquit est vendu en même temps que Cabo Wabo, la tequila mexicaine également cédée par Campari, pour un total combiné estimé à environ 30 millions d’euros.
En 2019, Campari avait déboursé 52,5 millions d’euros pour mettre la main sur la maison, dont 33 millions rien que pour les stocks d’eaux-de-vie vieillissant en fût. Un pari sur la montée en gamme des spiritueux premium. Un pari perdu. Entre la perte sèche sur la revente et les 56 millions d’euros de dépréciations d’actifs liées au programme de cession global du groupe (qui atteint 82 millions d’euros de coûts totaux), la sortie Bisquit coûte très cher.
Bisquit, trop petite pour survivre dans un empire de 1,5 milliard
La maison de Jarnac pesait 6 millions d’euros de chiffre d’affaires au premier semestre 2026 — soit 0,4 % des ventes totales de Campari, qui affichait 1,5 milliard d’euros sur la même période. Pour comparaison, Courvoisier représentait 4 % du CA du groupe, tout comme Grand Marnier. Bisquit était une ligne dans un tableau de bord, trop petite pour justifier des investissements marketing, trop niche pour peser face aux géants du secteur.
C’est la logique implacable des grands portefeuilles de spiritueux : les marques qui ne peuvent pas atteindre une masse critique à l’échelle mondiale sont condamnées à être cédées ou liquidées. Bisquit, fondée en 1819, n’avait jamais réussi à s’imposer face aux Courvoisier, Martell, Rémy Martin ou Hennessy dans les marchés clés que sont la Chine et les États-Unis. Deux marchés qui, précisément, s’effondrent depuis 2022.
La crise cognac, toile de fond incontournable
Campari ne cache pas ses motivations. Le communiqué officiel parle d' »optimisation du portefeuille » sur des actifs « non stratégiques », tout en invoquant explicitement le déclin des marchés cognac en Amérique et en Chine depuis 2022. Une formule diplomatique pour dire que le cognac n’est plus vendeur à l’échelle que Campari espérait.
Ce contexte, les producteurs charentais le connaissent par cœur. En juillet 2026, la date limite de déclaration d’affectation des raisins et la clôture du sondage sur l’arrachage temporaire soulignaient un secteur en pleine contraction. L’effet domino sur les vins blancs de Charentes est bien documenté : moins de cognac vendu, c’est moins d’ugni blanc nécessaire, et donc des vignerons qui arrachent leurs pieds ou les diversifient à la hâte.
La cession Bisquit s’inscrit dans ce tableau. Mais elle illustre aussi une réalité que les spiritueux en général subissent depuis deux ans : la désaffection des marchés asiatiques, notamment chinois, qui pénalise aussi bien le cognac que l’armagnac, le whisky japonais ou les calvados premium. Même Rémy Cointreau, qui a affiché un rebond en Asie au dernier trimestre, reconnaît que le marché reste structurellement fragile.
Cobblestone Brands : qui reprend le flambeau ?
L’acheteur est un distributeur irlandais relativement discret. Cobblestone Brands Limited, basé à Dublin, reprend l’intégralité des actifs Bisquit : la marque, les stocks de produits finis et le Château Bisquit lui-même. La finalisation de l’opération est prévue avant le 31 octobre 2026, sous réserve des conditions habituelles (régulateurs, antitrust).
Pour l’acquéreur, le raisonnement est différent : à l’échelle d’un distributeur spécialisé, 30 millions d’euros pour une maison bicentenaire avec ses propres stocks de vieillissement et un château en Charente, c’est potentiellement une affaire. Là où Campari ne voyait qu’une ligne marginale dans un empire de 1,5 milliard, Cobblestone pourrait trouver une marque à revitaliser — à condition que le marché cognac retrouve de l’appétit à moyen terme.
Une chose est certaine : cette cession confirme que les grandes maisons de spiritueux font le ménage dans leurs portefeuilles. Ce mouvement de consolidation va probablement se poursuivre dans les prochains trimestres, au fur et à mesure que les stocks cognac accumulés depuis 2022 pèsent sur les bilans.
Questions fréquentes
Qui est Bisquit cognac ?
Bisquit est une maison de cognac fondée en 1819 à Jarnac (Charente), l’une des plus anciennes de la région. Rachetée par Campari en 2019, elle est désormais cédée à Cobblestone Brands Limited (Dublin). La maison produit des cognacs VSOP et XO, positionnés dans le segment premium.
Pourquoi le marché du cognac est-il en crise ?
Le cognac dépend à plus de 90 % de l’export, principalement vers les États-Unis et la Chine. Depuis 2022, les deux marchés ont décliné simultanément : ralentissement économique en Chine post-Covid, hausse des droits de douane américains sur les spiritueux français, et effet de destockage après une période de surcommandes. Résultat : des stocks qui s’accumulent dans les chais charentais et des producteurs qui cherchent à réduire la voilure.
Qu’est-ce que Cobblestone Brands ?
Cobblestone Brands Limited est un distributeur de spiritueux basé à Dublin (Irlande). Relativement discret, il reprend Bisquit et Cabo Wabo (tequila mexicaine) en même temps, dans le cadre d’une transaction globale avec Campari. Finalisation attendue avant le 31 octobre 2026.
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