CNAOC : les 4 revendications des vins AOC avant 2027
- 33,8 millions d’hectolitres en 2026 : l’une des plus faibles récoltes françaises depuis 30 ans
- 387 appellations représentées, du Muscadet au Châteauneuf-du-Pape
- Surface viticole en recul : de 800 000 à 750 000 hectares, stabilisation attendue vers 680 000-700 000 ha
- Quatre chantiers prioritaires : simplification administrative, maintien du cuivre, désalcoolisation souple et PAC post-2027
- Damien Gilles, président de la CNAOC : « J’ai toujours demandé la simplification, pas l’argent »
Réunis samedi matin au Domaine du Mas Carlot, dans les Costières de Nîmes, les représentants de 387 appellations françaises n’ont pas mâché leurs mots. Troisième récolte consécutive catastrophique, surface viticole en repli de 50 000 hectares en quelques années, réglementation jugée trop lourde pour des exploitations déjà fragilisées. La CNAOC veut tourner la page de la gestion de crise pour entrer dans le temps de la reconstruction. Et elle le fait maintenant, à deux ans de la présidentielle 2027.
La troisième mauvaise récolte comme point de bascule
Trois vendanges consécutives en dessous des moyennes habituelles : c’est le constat qui a ouvert la réunion. Dans le Gard, cinq vagues de chaleur ont marqué le millésime 2026. À l’échelle nationale, les 33,8 millions d’hectolitres attendus placent 2026 parmi les dix plus faibles récoltes des trois dernières décennies.
L’encépagement recule lui aussi. Le vignoble français est passé de 800 000 à 750 000 hectares, avec une projection de stabilisation autour de 680 000 à 700 000 hectares selon les projections sectorielles. Ces chiffres s’inscrivent dans la continuité du plan d’arrachage massif engagé depuis 2023, présenté comme une réponse aux surstocks accumulés pendant la crise de consommation.
« On s’adapte. Mais pour s’adapter, il faut de la liberté d’action. Moins de paperasse, moins de réglementations contradictoires », a résumé Damien Gilles, président de la CNAOC, lors de la rencontre. Son directeur général, Raphaël Fattier, a précisé que des avancées concrètes sont attendues en 2027, dans le cadre des discussions engagées avec la DGDDI et l’INAO.
« J’ai toujours demandé la simplification, pas l’argent »
La formule de Damien Gilles mérite d’être retenue. À rebours des habituelles demandes de subventions agricoles, la CNAOC choisit un positionnement clair : elle ne réclame pas davantage d’aides d’État, mais le droit de travailler sans entraves administratives excessives.
Le chantier de la simplification est déjà en marche, en lien avec la DGDDI (Direction générale des douanes) et l’INAO. Il porte sur les déclarations de récolte, les dérogations oenologiques, les procédures d’exportation et les certifications. Des premières mesures concrètes sont attendues pour 2027. En parallèle, la confédération prépare ses positions en vue de la campagne présidentielle française, afin de peser sur les programmes des candidats.
Cette approche tranche avec celle d’autres syndicats agricoles, qui ont davantage misé sur les plans d’urgence financiers comme le plan Casi d’un milliard d’euros. La CNAOC, qui représente les appellations et non les vignerons individuels, préfère jouer sur le cadre réglementaire à long terme.
Le cuivre : une bataille gagnée, mais pas terminée
Le sulfate de cuivre reste le principal fongicide naturel utilisé contre le mildiou, en particulier chez les vignerons en agriculture biologique ou en conversion. L’ANSES avait engagé des procédures restrictives ces dernières années pour en limiter l’usage. La CNAOC est allée en justice. Elle a obtenu gain de cause, avec une décision en référé qui a suspendu les restrictions les plus sévères.
Pour autant, la confédération ne range pas ses dossiers. La bataille juridique continue sur le fond, et la pression réglementaire reste forte à l’échelle européenne. La CNAOC demande que le cuivre reste disponible « pour maintenir des conditions de production stables », en soulignant le désavantage concurrentiel vis-à-vis des vignerons espagnols, italiens ou portugais soumis à des régimes moins contraignants.
L’enjeu est direct pour les régions comme les Costières de Nîmes, le Rhône ou Bordeaux, où le mildiou frappe chaque année. Perdre le cuivre sans alternative crédible, ce serait fragiliser en priorité les domaines qui ont fait le choix du bio.
Désalcooliser sans devenir distillateur
La désalcoolisation partielle des vins, autorisée depuis 2023 dans l’Union européenne pour les AOP et IGP, est en train de se démocratiser. Mais la réglementation française impose, dans certains cas, que les opérateurs disposent d’un statut de distillerie. La CNAOC juge cette contrainte disproportionnée.
Pour Damien Gilles, la désalcoolisation doit « rester soumise aux règles oenologiques classiques », sans nouvelle couche administrative. Un vigneron qui souhaite produire un vin à 8 % ou 10 % d’alcool ne devrait pas avoir à se transformer en distillateur agréé pour y parvenir.
L’enjeu commercial est réel. Le segment des vins à faible teneur en alcool progresse fortement en Europe du Nord, en Grande-Bretagne et en Scandinavie. Ne pas permettre aux appellations françaises de jouer à armes égales avec les vins espagnols ou italiens sur ce marché, c’est céder du terrain. La demande de la CNAOC rejoint ici les attentes de nombreux domaines qui cherchent à élargir leur gamme sans investir dans des équipements supplémentaires.
PAC post-2027 : les dés se jouent maintenant
La Politique agricole commune sera renégociée après 2027. La CNAOC entend s’assurer que la viticulture conserve son cadre européen spécifique, qui permet notamment de financer des programmes de promotion à l’export et des plans de restructuration du vignoble. Les discussions bruxelloises débuteront avant la présidentielle française.
La confédération prépare donc ses positions dès à présent, en dialogue avec ses homologues des autres pays producteurs. L’objectif : éviter que la viticulture ne soit noyée dans un cadre agricole généraliste qui ne tient pas compte de ses spécificités, notamment la diversité des appellations et la dimension patrimoniale des paysages viticoles.
Cette mobilisation précoce illustre la maturité politique de la filière AOC : face au changement climatique et à la crise de consommation, les appellations françaises ont compris qu’elles ne pouvaient plus attendre que les crises arrivent pour réagir. La récolte 2026 la plus faible depuis 1957 est peut-être le dernier signal d’alarme avant une transformation profonde du vignoble français.
Questions fréquentes sur la CNAOC et les vins AOC
Qu’est-ce que la CNAOC ?
La Confédération nationale des appellations d’origine contrôlées regroupe 387 appellations françaises, du Beaujolais au Sauternes en passant par le Muscadet ou le Bandol. Elle représente l’immense majorité des vins AOC produits en France et intervient auprès des pouvoirs publics sur les questions réglementaires, économiques et de promotion.
Pourquoi 2026 est-elle une si mauvaise récolte pour les vins français ?
C’est la troisième année consécutive en dessous des moyennes. La France devrait récolter environ 33,8 millions d’hectolitres en 2026, contre une moyenne de 40 à 42 millions sur les dix dernières années. Chaleur, sécheresse, épisodes de grêle locaux et arrachages massifs expliquent ce recul. Certaines régions, comme la Champagne, ont subi des baisses encore plus marquées.
Les vins AOC peuvent-ils être désalcoolisés ?
Depuis 2023, la réglementation européenne autorise la désalcoolisation partielle pour les AOP et IGP. La CNAOC demande que cette pratique reste dans le cadre des règles oenologiques habituelles, sans nouvelle contrainte administrative. L’objectif est de permettre aux domaines de proposer des cuvées à faible teneur en alcool sans avoir à obtenir un agrément de distillateur.
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