Ce qu'il faut retenir
- Thierry Sabon, vigneron du Clos du Mont-Olivet à Châteauneuf-du-Pape, est décédé le 6 septembre 2026.
- Personnage discret, il était considéré comme un vinificateur de génie et un ambassadeur du grenache.
- Il présida le syndicat des vignerons de Châteauneuf-du-Pape et co-fonda les Journées internationales du Grenache.
- Son départ survient en plein début des vendanges 2026, parmi les plus précoces et réduites jamais enregistrées.
- Le Clos du Mont-Olivet, domaine familial de référence, poursuit sans son passeur de flamme.
La filière viticole du Rhône méridional est en deuil. Thierry Sabon, vigneron du Clos du Mont-Olivet et figure discrète mais incontournable de Châteauneuf-du-Pape, est décédé brutalement dimanche 6 septembre 2026. Un départ foudroyant, survenu au tout début des vendanges qui, comme le confirme les chiffres officiels d’Agreste, s’annoncent parmi les plus faibles depuis des décennies dans la vallée du Rhône et dans toute la France.
Un vinificateur de génie dans l’une des caves les plus vénérables du Rhône
Le Clos du Mont-Olivet, domaine familial implanté de longue date sur les célèbres galets roulés de Châteauneuf-du-Pape, doit une large part de sa réputation à Thierry Sabon. Vinificateur de talent, l’homme avait le don rare de laisser parler le terroir sans le forcer : des vins gourmands, d’une profondeur sereine, portés par le grenache comme cépage de cœur. La famille a annoncé son décès en ces termes, relayés par Terre de Vins : « Il laisse le souvenir d’un vigneron de génie, animé par une sensibilité rare et une connaissance profonde de son terroir. »
Personnage discret, Thierry Sabon avait pourtant tout d’un homme de présence. Vitisphère le décrit comme un vigneron qui « tirait du travail de la vigne quelque chose qui tenait de la poésie », une façon de rendre compte d’une philosophie viticole aussi exigeante que sensible. Dans un milieu où les grandes déclarations tiennent souvent lieu de stratégie commerciale, cette discrétion était une forme de distinction.
Ambassadeur du grenache et fondateur des Journées internationales du Grenache
Au-delà des caves du Clos du Mont-Olivet, Thierry Sabon avait porté une vision plus large de ce que le grenache méridional pouvait être. Il avait co-fondé Slow Food Châteauneuf-du-Pape, réseau faisant le lien entre vignerons, cuisiniers et consommateurs autour d’une idée simple : que le bon et le juste sont indissociables. Surtout, il avait été à l’initiative des Journées internationales du Grenache, manifestation annuelle qui célèbre chaque troisième vendredi de septembre le cépage grenache dans le monde entier.
Le grenache doit beaucoup à des ambassadeurs comme lui. Cépage solaire, souvent sous-estimé face aux grandes variétés bordelaises ou bourguignonnes, il gagne en prestige international dès lors qu’un vigneron de son envergure lui consacre une vie entière. Thierry Sabon aimait travailler à maturité optimale, parfois au-delà de ce que d’autres domaines osent attendre : sa signature qualitative sur les millésimes du Clos du Mont-Olivet en témoigne.
Une voix professionnelle au service de la filière
La discrétion de Thierry Sabon n’empêchait pas l’engagement collectif. Il présida le syndicat des vignerons de Châteauneuf-du-Pape, puis en 2015 la Fédération des syndicats de producteurs, selon Terre de Vins. Deux responsabilités qui exigent autant de diplomatie que de conviction, dans une appellation où les traditions pèsent lourd et les positions divergent volontiers. Il s’en acquitta à sa manière : en restant lui-même, ancré dans le réel de la vigne plutôt que dans les salles de réunion.
La presse régionale et spécialisée, de La Provence à La Revue du Vin de France en passant par Vitisphère et Terre de Vins, a unanimement salué sa disparition avec des mots rares dans ce milieu : génie, poète, référence.
Un départ en plein début de vendanges, l’ironie du calendrier
Thierry Sabon aimait les vendanges plus que tout. C’est précisément là, au moment où la vigne livre ses fruits, qu’il nous a quittés. Et pas n’importe quelles vendanges : celles de 2026, confirmées comme les plus faibles depuis 1957 avec un volume national de 33,8 millions d’hectolitres, en recul de 6 % sur 2025. Châteauneuf-du-Pape est, dans ce tableau national, relativement épargnée comparée au Champagne ou à la Bourgogne. Mais la précocité est là : les vendanges précoces sont désormais la norme selon 672 ans de données viticoles.
Il reste ses vins. Et ses galets roulés, qui brillent encore dans la lumière du soir rhodanien.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le Clos du Mont-Olivet à Châteauneuf-du-Pape ?
Le Clos du Mont-Olivet est un domaine familial historique de Châteauneuf-du-Pape, planté sur les galets roulés emblématiques de l’appellation. Réputé pour ses vins de grenache à la fois gourmands et profonds, il est l’une des références incontournables de la vallée du Rhône méridionale.
Qu’est-ce que les Journées internationales du Grenache ?
Les Journées internationales du Grenache sont un événement annuel qui célèbre chaque troisième vendredi de septembre le cépage grenache à l’échelle mondiale. Co-fondées par Thierry Sabon, elles réunissent des producteurs de France, d’Espagne, d’Australie et d’ailleurs pour valoriser ce cépage souvent sous-estimé.
Pourquoi les vendanges 2026 sont-elles parmi les plus précoces de l’histoire ?
La précocité des vendanges 2026 résulte de températures élevées au printemps et en été, accélérant la maturation des raisins. Selon des analyses portant sur 672 ans de données, les vendanges françaises ont avancé de 15 jours en moyenne depuis 1987, un phénomène directement lié au dérèglement climatique.
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