En bref : En octobre 2025, le préfet des Pyrénées-Orientales lançait des « assises de la viticulture » dans un département où la crise frappe plus fort qu’ailleurs. Sept mois plus tard, le 5 juin 2026 à Perpignan, les conclusions tombent : 110 propositions, 14 mesures prioritaires, une charte de restructuration coopérative déjà signée par 10 caves sur 15. La feuille de route s’appelle « Nouvelle Fondation 2030 ». Elle peut sauver le 3e vignoble de France — ou rester un rapport de plus.
Un département en état d’urgence viticole
Le Roussillon est le troisième vignoble de France. Grenache, Carignan, Muscat de Rivesaltes, Maury, Collioure, Rivesaltes — ces AOC et IGP couvrent les reliefs et les plaines des Pyrénées-Orientales depuis des siècles. Mais depuis cinq ans, la région concentre toutes les plaies de la crise viticole française : sécheresses à répétition, effondrement des prix en vrac, coopératives sous-capitalisées, concurrence mondiale impitoyable.
C’est dans ce contexte que le préfet Pierre Régnault de la Mothe, arrivé en poste fin été 2025, a décidé de ne pas se contenter d’envoyer des chèques. En octobre 2025, il convoque tous les acteurs de la filière — caves coopératives, vignerons indépendants, négoce, collectivités territoriales, ODG — pour construire ensemble une feuille de route. Résultat : 6 groupes de travail, 6 ODG participants, 7 mois de concertation.
La restitution officielle a eu lieu le 5 juin 2026 à l’Université de Perpignan. Au programme : 110 propositions, dont 14 désignées « prioritaires » et transmises au gouvernement national pour obtenir des leviers réglementaires et budgétaires.
Premier axe : audits complets et charte de fusion des caves
La mesure la plus concrète — et la plus symbolique — concerne le tissu coopératif. Les Pyrénées-Orientales comptent 15 caves coopératives. Un nombre qui semble excessif pour une filière sous tension maximale. La solution retenue n’est pas la fermeture brutale, mais un processus en trois temps.
D’abord, des audits financiers complets de toutes les caves, pour « mesurer précisément leur situation et leurs perspectives ». Ces audits sont officiellement volontaires — mais 10 caves sur 15 ont déjà signé la charte, un signal fort. Ensuite, selon les résultats : mutualisation des équipements, partenariats commerciaux, ou fusions réelles. Enfin, une vision à 10 ans — baptisée « Nouvelle Fondation 2030 » par le vigneron Charles Pérez du Mas Becha — pour construire quelques structures viables plutôt que quinze caves fragiles.
📌 La même dynamique de restructuration est à l’œuvre à l’échelle nationale. À lire : Trop de caves, trop peu de revenus : la restructuration inévitable des coopératives viticoles françaises
Deuxième axe : l’eau, le foncier et la diversification

Le Roussillon est l’une des régions françaises les plus touchées par le stress hydrique. Chaque été brise des records. Sans eau, pas de vigne. Les assises recommandent deux projets concrets : la réalisation de retenues d’eau dans les Aspres (piémont pyrénéen) et l’extension du réseau d’irrigation de la plaine de l’Agly. Des travaux de cartographie stratégique du vignoble sont également prévus, pour identifier les zones à protéger en priorité — et celles à reconvertir.
Car « reconvertir » est le mot qui fâche — et qui s’impose. Les assises le nomment explicitement : diversification vers l’olivier et le pistachier, deux cultures méditerranéennes adaptées au climat catalan et à forte valeur ajoutée, dans les zones où la vigne est devenue économiquement insoutenable. Des mécanismes fonciers spécifiques sont prévus : procédures PAEN (Protection des Espaces Agricoles et Naturels) et outils SAFER pour faciliter l’installation de nouveaux porteurs de projets.
⚠️ Le plan d’arrachage national validé par Bruxelles offre jusqu’à 4 000 €/ha aux vignerons qui souhaitent abandonner la vigne. À lire : Bruxelles valide l’arrachage de 27 926 ha de vignes françaises
Troisième axe : vendre la mer, la montagne et la Catalogne
Le Roussillon souffre d’un paradoxe cruel : il produit certains des vins les plus originaux de France — un Banyuls Rimage, un Maury sec, un Collioure blanc en granit gneiss, un Muscat de Rivesaltes comme nulle part ailleurs — et peine à les faire connaître hors de ses frontières immédiates.
La feuille de route propose de capitaliser sur les atouts immatériels du territoire : la mer (Collioure, Port-Vendres, les Albères), les Pyrénées, la culture catalane et la gastronomie pour construire une « expérience Roussillon » cohérente et désirable. En clair : vendre Collioure avec sa bouteille, pas la bouteille seule.
L’œnotourisme est identifié comme levier de valorisation directe, couplé à un développement de la vente en bouteilles (contre le vrac dominant actuellement) et une montée en gamme vers les AOP. Un mouvement que certains domaines ont déjà amorcé depuis dix ans — le plan lui donne enfin un cadre collectif.
14 mesures prioritaires, un jalon au printemps 2027
Sur les 110 propositions remontées en 7 mois, 14 ont été désignées prioritaires et transmises au gouvernement national. Le préfet a insisté sur un point : « c’est un début d’exécution, pas une conclusion ». Un comité de suivi stratégique sera convoqué avant fin 2026, et un premier bilan est prévu au printemps 2027.
Est-ce suffisant ? La question reste entière. Les 15 caves coopératives du département emploient directement ou indirectement des milliers de personnes. Sans restructuration réelle — avec les frictions sociales et politiques que cela implique — les audits risquent de rester des diagnostics sans remède. Et la concurrence des vins espagnols, chiliens et sud-africains n’attend pas.
Mais pour la première fois depuis des années, le vignoble roussillonnais dispose d’une feuille de route écrite, partagée et soutenue par l’État. C’est déjà une étape. Le reste — les fusions, l’eau, le changement de marque — se jouera dans l’exécution. Rendez-vous au printemps 2027 pour le verdict.
Sources : Vitisphere (10 juin 2026) · Made in Perpignan (5 juin 2026) · ICI France Bleu/France 3 (5 juin 2026) · Réussir Vigne (5 juin 2026)
Questions fréquentes sur les assises de la viticulture du Roussillon
Qu’est-ce que les assises de la viticulture du Roussillon 2026 ?
Une concertation de 7 mois (octobre 2025 – juin 2026) lancée par le préfet des Pyrénées-Orientales pour construire une feuille de route de restructuration du vignoble roussillonnais. 6 groupes de travail, 6 ODG participants, 110 propositions dont 14 désignées prioritaires.
Quelles sont les mesures phares retenues ?
1) Audits financiers complets et charte de restructuration des caves coopératives (fusions/mutualisation) — 10/15 caves signataires. 2) Sécurisation hydrique : retenues d’eau Aspres + réseau irrigation Agly. 3) Diversification : olivier et pistachier dans les zones hors-viticulture. 4) Construction d’une marque territoriale « expérience Roussillon » appuyée sur mer, montagne, culture catalane et gastronomie.
Pourquoi le Roussillon est-il en crise viticole ?
Crise structurelle multi-facteurs : sécheresses récurrentes dues au changement climatique, effondrement des prix en vrac, coopératives sous-capitalisées, concurrence mondiale sur les vins de table, et baisse structurelle de la consommation de vin rouge en France et en Europe.
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