Cadeaux & bons plans tous les mois — rejoins la newsletter Vinabox Je m'inscris
Vignoble de l AOC Montravel dans le Bergeracois, vitiforesterie

Vitiforesterie de l extrême : 4 000 arbres dans les vignes, retour d expérience de Bergerac

· par
REPLACED

À Lestignac, en Bergerac, Mathias et Camille Marquet ont pris une décision radicale il y a dix ans : planter des arbres dans leurs vignes. Beaucoup d’arbres. Plus de 4 000. Pour 5 000 pieds de vigne. Un pari fou — et des résultats qui transforment leur façon de faire du vin.

Ce qu'il faut retenir

  • 4 000 arbres plantés aux côtés de 5 000 pieds de vigne sur 9,5 hectares en Bergerac
  • Méthode : la syntropie, qui reproduit les conditions de fertilité naturelle de la forêt dans les vignes
  • Rendements tombés à 8–9 hl/ha au pic de la transition, remontés à 30 hl/ha après dix ans
  • Une tendance de fond : 2 à 5 % des vignobles français expérimentent la vitiforesterie
  • Des vins à la maturation plus douce, plus équilibrés, selon les premiers retours scientifiques

Publicité

Quand 4 000 arbres deviennent des vignerons invisibles

Le domaine de Mathias et Camille Marquet ne ressemble à aucune autre exploitation du vignoble français. Entre les rangées de ceps, des aubépines, des prunelliers greffés en poiriers, des fruitiers et des couverts végétaux côtoient les cépages. Pas de labour. Une biodiversité foisonnante. Et une conviction : imiter la forêt pour que la vigne se porte mieux.

Ce concept, c’est la syntropie — ou agriculture synergique. L’idée est simple à expliquer, complexe à mettre en œuvre : « remettre les plantes dans les conditions de lumière et de fertilité qu’elles auraient dans leur environnement naturel », comme le résume Mathias Marquet. En clair, laisser les arbres faire le travail que les agriculteurs font habituellement à coup d’engrais et de labours.

Résultat au bout de dix ans ? Un vignoble vivant, dense, parfois incontrôlable — et des vins que les amateurs de terroirs différenciés décrivent comme uniques, porteurs d’une identité que la viticulture conventionnelle peine à reproduire.

Un chantier de longue haleine : les chiffres de Lestignac

Lestignac, c’est 9,5 hectares répartis sur trois types de sols — marnes, argilo-calcaire et calcaire — au cœur du Bergeracois. Depuis 2016, les Marquet ont planté plus de 4 000 arbres en parallèle de leurs 5 000 pieds de vigne. Les espèces choisies : des aubépines et prunelliers greffés (qui servent d’abri et de tuteurs naturels tout en laissant la vigne s’élever), des arbres fruitiers, et une diversité de couverts végétaux permanents.

Les arbres agissent comme des régulateurs. Ils humidifient l’air et le sol par évapotranspiration, amortissent les pics de chaleur estivale, limitent le stress hydrique de la vigne. Dans un contexte où les vendanges 2026 s’annoncent précoces à cause du réchauffement climatique, cette régulation naturelle du microclimat constitue un avantage concret — pas une posture marketing.

Vitiforesterie vs viticulture conventionnelle

Critère Conventionnel Lestignac (vitiforesterie)
Rendement (hl/ha) 40–60 hl/ha 30 hl/ha (stabilisé)
Labour du sol Régulier Zéro labour
Biodiversité Faible à moyenne Très élevée (4 000 arbres)
Résistance à la chaleur Exposition directe Microclimat régulé
Profil du vin Variable selon l’année Maturation douce, équilibre accru

Des échecs honnêtes, une résilience exemplaire

L’honnêteté de Mathias Marquet force le respect : il ne vend pas un rêve. « On a passé la période difficile où la vigne souffre, les rendements chutent et tout le monde vous ignore », reconnaît-il. Et les difficultés ont été bien réelles.

Un paillage insuffisant dans les premières années a laissé les ronces envahir une parcelle entière, la rendant inexploitable. Une plantation de gamay, sans préparation suffisante du sol, a dû être abandonnée. Des gelées successives ont contraint les Marquet à développer une activité de négoce pour maintenir la trésorerie pendant les années de transition.

Mais c’est aussi cela, la viticulture « hors cadre » : apprendre, rater, recommencer. Et finalement stabiliser les rendements à 30 hl/ha après dix ans d’apprentissage. Un chiffre modeste par rapport aux standards du Bergeracois, mais cohérent avec un projet fondé sur la qualité et la singularité — et non sur le volume.

Vignoble de l AOC Haut-Montravel dans le Bergeracois — vignoble Bergerac
Vignoble dans le Bergeracois (AOC Haut-Montravel) · Pays de Bergerac, Vignoble & Bastides / Wikimedia Commons (CC BY-SA 2.0) — à titre d illustration
Publicité

Une tendance de fond pour les vignobles français

L’expérience des Marquet n’est pas isolée. Selon l’Association Française d’Agroforesterie, 2 à 5 % des surfaces viticoles françaises expérimentent aujourd’hui la vitiforesterie — une proportion encore minoritaire, mais en hausse régulière depuis 2018. Le changement climatique est le principal moteur : les étés plus chauds, les sécheresses plus fréquentes et les événements extrêmes (comme la grêle dévastatrice sur la Côte de Beaune en juin 2026) poussent de nombreux vignerons à chercher des systèmes plus résilients.

En Languedoc, où les vins blancs d’altitude du Massif de l’Avène intègrent déjà la biodiversité végétale dans leur philosophie de terroir, la vitiforesterie s’inscrit dans une même logique d’adaptation. En Bourgogne, en Rhône-Alpes, dans le Sud-Ouest — partout, des pionniers plantent des arbres, des haies, des couverts. Le premier retour sur les vins est prometteur : « maturation beaucoup plus douce, plus régulière, des vins beaucoup plus fins et équilibrés », selon l’Institut Français de la Vigne et du Vin.

Pour les amateurs, c’est une opportunité de découvrir des vins qui portent une philosophie. Les cuvées issues de domaines en vitiforesterie s’inscrivent naturellement dans les grandes tendances de consommation 2026 : sens du produit, traçabilité, connexion à la nature. Si vous voulez explorer cette nouvelle génération de vins engagés, commencez par une box de vins sélectionnés par des passionnés — c’est souvent là que se nichent ces découvertes.

Questions fréquentes sur la vitiforesterie

Qu’est-ce que la vitiforesterie exactement ?

La vitiforesterie est une forme d’agroforesterie appliquée à la viticulture : on plante des arbres (fruitiers, haies, essences forestières) au sein ou à la périphérie des vignes. L’objectif est de créer un système écologique complexe où les arbres régulent le microclimat, enrichissent le sol et améliorent la résilience de la vigne face aux aléas climatiques.

La vitiforesterie réduit-elle les rendements ?

Oui, au moins pendant la phase de transition (5 à 10 ans). Au Château Lestignac, les rendements sont tombés à 8–9 hl/ha avant de remonter à 30 hl/ha. C’est moins que la moyenne conventionnelle (40–60 hl/ha), mais la qualité et la régularité des vins produits compensent souvent la baisse de volume pour les domaines visant le haut de gamme.

Qu’est-ce que la syntropie appliquée à la vigne ?

La syntropie (ou agriculture synergique) vise à reproduire dans les cultures les conditions de fertilité naturelle d’un écosystème forestier. En viticulture : zéro labour, mélange d’espèces végétales, arbres greffés, couverts végétaux permanents. Le sol se régénère seul, comme dans une forêt — et la vigne en profite directement.

La vitiforesterie est-elle compatible avec les appellations AOC ?

C’est un point de vigilance réel. Certains cahiers des charges AOC imposent des contraintes sur la densité de plantation, le type de sols et les pratiques culturales. Les vignerons qui pratiquent la vitiforesterie doivent vérifier la réglementation de leur appellation et déclarer les arbres en agroforesterie auprès de FranceAgriMer pour éviter les problèmes lors des contrôles douaniers et PAC.

Sources : Vitisphere (Marion Bazireau, juin 2026), Association Française d’Agroforesterie, Institut Français de la Vigne et du Vin — rapport Agroforesterie. Crédits photos : Pays de Bergerac, Vignoble & Bastides / Wikimedia Commons (CC BY-SA 2.0) — à titre d’illustration.

Publicité
Jérémy Degryse

À propos de l'auteur

Jérémy Degryse

Grenoblois de 31 ans, passionné de vin depuis que je suis en âge d'en boire (et même un peu avant 🤫), j’adore chiner des pépites en ligne, déguster un bon Bo...

Voir le profil complet →

Laisser un commentaire

L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération. Vente interdite aux mineurs.